Mame Astou Mbacké, ’la femme imaginaire’ de l’actuel khalife général des mourides, et Cheikh Mbacké Tall vont passer le Magal en prison. Ils sont reconnus coupables d’usurpation de titre et de tentative d’escroquerie au préjudice de Pape Samba Mboup, le chef de cabinet du président de la République, et condamnés à quatre mois ferme. Ils ont comparu, hier, devant le tribunal des flagrants délits de Dakar.
Partis pour soutirer de l’argent au ministre-chef de cabinet du président de la République, Pape Samba Mboup, dans l’optique de bien préparer le Magal, la ’fausse femme’ de l’actuel khalife général des mourides, Mame Astou Mbacké, et son chambellan Cheikh Mbacké Tall passeront finalement ce grand rendez-vous religieux à Rebeuss. Dimanche dernier, vers 23 h, Mame Astou Mbacké, femme de Serigne Moustapha Mbacké et, de surcroît, fille de Serigne Abou Mbacké, et Cheikh Moustapha Mbacké se sont introduits au domicile de Pape Samba Mboup. Au portail, le chambellan fait passer la dame comme étant la femme du khalife général des mourides. Ce qui leur permet d’accéder à l’intérieur de la maison. Ils y trouvent le maître des lieux et lui exposent leurs doléances. La présence à cette heure indue et tardive d’une personne se faisant passer pour la ‘femme du khalife’ et loin de son domicile conjugal, suscite des interrogations. Ils seront, par la suite, démasqués et conduits au commissariat de police le plus proche.
Lors des débats d’audience, les mis en cause nient avec la dernière énergie les faits qui leur sont reprochés. Cheikh Mbacké Tall témoigne qu’il n’a jamais fait passer la dame comme étant celle du guide religieux de la cité sainte de Touba. Mais il révèle tout de même les circonstances peu catholiques dans lesquelles ils ont trouvé le chef de cabinet du président de la République sans plus de précision. Des circonstances qui pourraient faire dire à M. Mboup le contraire de ce qui lui a été dit. Leurs propos sont corroborés par Me Souleymane Diagne, un des avocats de la défense.
Ce dernier déclare devant la barre où sont attraits ses clients, qu’ils ne sont pas en mesure de révéler les conditions dans lesquelles ils ont trouvé M. Mboup pour des questions d’éthique. ‘Mais moi, en tant qu’avocat et défenseur des prévenus, je suis dans l’obligation de dire les choses telles qu’elles’, a insisté Me Diagne. ’Etait-il ivre ? Personne ne saurait le dire. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’était plus en mesure de comprendre et de se rendre compte de ce qui lui a été dit ce jour-là’, a-t-il poursuivi. C’est pourquoi, à titre principal et subsidiaire, Me Diagne a sollicité la clémence du tribunal pour relaxer purement et simplement ses clients pour ‘leur permettre de recouvrer la liberté et de passer le Magal avec les siens et ce ne sera que justice’. ‘Car du point de vue du droit, je ne crois pas qu’il y ait escroquerie dans ce dossier’, a-t-il dit.
A sa suite, Me Aly Sarr s’indigne en tant que mouride et talibé de surcroît qu’un dossier dans lequel est cité le nom du khalife général des mourides et qui n’est impliqué ni de près ni de loin, soit traduit en justice. Toutefois, se justifie-t-il, ’le chef de cabinet du président de la République préférant garder son honneur a porté plainte contre les prévenus sans essayer de régler le problème à l’amiable’. Poursuivant, Me Sarr affirme que la dame ’Mbacké - Mbacké’ pur sang depuis des générations n’a pas besoin de se faire passer pour la femme d’un quelconque religieux. Dans sa plaidoirie, il a demandé l’application de la loi.
La partie civile n’a pas comparu et n’a pas commis d’avocat. Et le parquet s’est rapporté à la décision du tribunal.
Aujourd’hui, loin de Touba et du Magal, Mame Astou Mbacké et Cheikh Mbacké Tall vont devoir rester dans les liens de la détention pour une durée de quatre mois ; une sentence prononcée par le tribunal des flagrants délits de Dakar.
Gaston MANSALY (Stagiaire)