L’Etat du Sénégal met fin aux autorisations de pêche à compter de ce 30 Avril. Selon des sources concordantes, le ministre des Affaires maritimes, Pape Diouf, l’a déjà notifié aux armateurs et devrait l’officialiser aujourd’hui à l’issue de sa visite à la Direction de la protection et de la surveillance des pêches (Dpsp).
Ouf de soulagement dans le secteur de pêche. Le nouveau ministre des Affaires maritimes et de la Pêche a décidé de mettre fin aux autorisations de pêche qui ont tant fait parler dans le secteur ces deux dernières années. Selon des sources sûres, très proches des armateurs, le ministre l’a déjà notifié à ces derniers et devrait l’officialiser, aujourd’hui, lors d’une conférence de presse après sa première sortie officielle à la Direction de la protection et de la surveillance des pêches (Dpsp).
Selon nos sources, Pape Diouf a notifié, par courriers, aux quatre armateurs la décision du gouvernement de mettre un terme à ces autorisations de pêche. Cela, après près de 3 ans d’exercice, même si l’activité n’a été officialisée qu’en mars 2011 contre l’avis de la commission chargée d’étudier les demandes d’autorisations que présidait le directeur des pêches maritimes de l’époque, Ousmane Ndiaye. Le ministre de l’Economie maritime d’alors, Khouraïchy Thiam, avait, en effet, décidé de prendre le contrepied de cette commission pour autoriser ces navires à capturer, disait-il, «des espèces migratrices qui quittaient le Maroc pour aller jusqu’en Guinée Bissau». Il estimait que le Trésor public devrait bénéficier d’une manne financière importante puisque chaque kilogramme de poisson pêché rapportait au Sénégal 17 francs Cfa. Ce que le Groupement des armateurs et industriels de la pêche au Sénégal (Gaipes) réfutait en qualifiant la position du gouvernement de «bradage de nos mers».
Il s’en était suivi des journées «sans poisson» et un bras de fer entre le ministre et son chef de gouvernement qui n’était pas favorable à cette décision. Autorisés pour une pêche pélagique hauturière à 20 miles au nord et 35 au sud, ces navires n’hésitaient pas à s’incruster en zones interdites pour capturer des espèces dites «nobles», jusqu’ici réservées à la pêche artisanale et industrielle. Ce qui avait valu à certains d’entre eux un arraisonnement avant de se voir infliger de fortes amendes. Des amendes qui, finalement, ne seront pas payées puisque le ministre avait décidé purement et simplement d’annuler ces amendes que des professionnels du secteur estimaient à 405 millions de francs Cfa.
Contacté par Wal Fadjri, Fouad Nasser, l’un des armateurs, n’a pas voulu se prononcer sur la question.De son côté, le Secrétaire général du Gaipes, Dougoutigui Coulibaly, estime que les nouveaux tenants du pouvoir ont tardé à prendre une telle mesure. «Les autorités devraient y mettre fin le premier jour de leur prise de fonction. C’est un crime économique qui ne repose sur rien. Il y avait sur nos eaux 40 bateaux qui pêchaient chacun 250 tonnes par jour. C’est un désastre économique», fustige Coulibaly. Qui pense que ces navires ne se sont pas limités à pêcher les pélagiques. «Ils capturaient tout, même les espèces démersales côtières et profondes», regrette-t-il. Le secrétaire général du Gaipes pense, en outre, que le Sénégal a été mille fois perdant dans cette affaire. Ce qui n’était pas le cas, selon lui, d’une poignée de personnes qui étaient dans le «deal». «Ils doivent tous être punis. On doit les poursuivre pour qu’on n’ait plus jamais ça au Sénégal», soutient-il.
Seyni DIOP