Sali Mané, 28 ans, teint clair. Jeune femme de 1 mètre 70 environ, a quitté Bignona, un département de la Région de Ziguinchor où elle est née pour poser ses baluchons à Dakar à la quête d’une vie meilleure. Cette mère d’une fille qui n’a pas fait des études poussées et sans qualification professionnelle, se confine dans les travaux domestiques. Femme de ménage, elle l’est depuis bientôt un an dans un appartement situé au quatrième étage d’un immeuble à Nord Foire. «Je suis affranchie. Donc, je ne dois pas tendre la main pour manger ou satisfaire mes besoins particuliers», lance Sali, toute fière.
Pour rester digne, Sali doit arriver à son «bureau», chaque jour, excepté le dimanche, avant 07 heures trente minutes. «Parfois, c’est lorsque que je toque à la porte, que la famille se réveille», explique-t-elle. Voilà le début d’une journée marathon pour cette femme de ménage. A peine qu’elle enfile son pantalon satin noir et un tee-shirt jaune qui constituent sa tenue de travail, Sali aménage la salle à manger. Tissu bien étalé sur la table au dessus duquel doivent figurer tasses de café, eau chaude, mies de pain, lait, fromage, beurre, pot de chocolat et tant d’autres choses brillantes, Sali s’en occupe. «Minutieusement même», précise-t-elle.
Sinon ? «Ma patronne me réprimande», s’empresse-t-elle de dire. Avant huit heures, elle doit conduire l’unique enfant du couple familial à l’école maternelle, éloignée de quatre kilomètres, de l’autre côté de l’autoroute. Au retour, elle s’enferme dans la cuisine : «En rinçant les ustensiles de cuisine, je ferme la porte pour ne pas déranger les membres de la famille qui sont encore au lit». Même s’ils ne dorment plus, c’est l’une des règles de bonne conduite imposée à la native de Bignona. Prochaine étape après avoir fait le ménage dans la cuisine : balayer le couloir et les escaliers au dehors. C’est à ce stade que le bruit des balais réveille les derniers couche-tard de la famille.
«Les jeunes sont obligés de se lever car je dois refaire leurs chambres. C’est la consigne du chef de famille», dit-elle. Il faut ensuite poser la serpillière imbibée d’eau de javel et de détergent sur les carreaux jusqu’à ce qu’ils brillent avant de balayer les trois chambres, au-delà de refaire les lits et nettoyer les deux toilettes de l’appartement. Mais, avant cela, elle a déjà posé la marmite sur le gaz ardent, pour que le repas soit servi avant 14 heures. S’il y a un manque ou un excès de condiment, Sali doit subir les remontrances de sa patronne. «Ils disent que j’ai gâté le repas», murmure la domestique. Heureusement, le repas de Sali était bien apprécié ce jour.
Le Smig ?
Bientôt 17 heures. Sali enjambe les escaliers puis emprunte les ruelles sablonneuses pour aller récupérer l’enfant qui a passé la journée à l’école. Au retour, elle se charge de son bain avant de lui changer les habits et lui donner à manger. Le diner déjà préparé, Sali s’empresse de se doucher avant de rentrer. Au bout de la rue, elle confie que son salaire s’élève à 40 000 francs Cfa. «J’envoie dix mille francs à ma maman qui vit à Bignona. Je paye aussi dix mille francs pour la formation en couture de ma fille. Le restant de mon salaire est partagé entre les factures d’eau, d’électricité, et la location», dit-elle en comptant ses doigts.
Ne surtout pas parler de Smig (Salaire minimum interprofessionnel garanti) à Sali. «C’est quoi ça», lance-t-elle, surprise. Elle n’en sait rien. Il est difficile d’avancer dans la conversation qu’elle juge réservée aux intellectuels. Sali Mané qui ne vit que pour sa maman et sa fille, se passe de tout ce qui est superflu pour économiser quelques sous. En dépit de ses sacrifices, elle ne parvient toujours pas à satisfaire ses besoins, même parfois les plus vitaux, c’est-à-dire manger, et à plus forte raison, ceux de sa fille qui veut, à tout prix, ressembler à ses paires à l’atelier où elle est formée. Le 1er mai n’existe pas chez cette jeune femme de ménage. S’il ne coïncide pas avec le dimanche, c’est un jour de boulot pour elle. Ni plus, ni moins.
Baba MBALLO