Depuis l’enlisement, mercredi dernier, du bateau Aline Sitoé Diatta, une question taraude les gens à Ziguinchor. Faut-il continuer à assurer dans ces conditions la liaison maritime entre Dakar et Ziguinchor ? Une question qui devient plus pertinente encore lorsqu’on se rend dans le secteur de Diogué où le pire a failli arriver. Sur place, on comprend mieux pourquoi le navire a eu des ennuis. Reportage.
(Correspondance) - Dimanche, 4 mai 2012. Le soleil de 13 heures exerce une réelle pression sur la place de Gnikine, village situé à 120 kilomètres de Ziguinchor, dans le département d’Oussouye, non loin de Diembéring. C’est sous cette température qui annonce l’hivernage en Casamance que nous sommes arrivés sur les lieux. Sur place, quelques touristes s’adonnaient à la pêche tandis que d’autres savouraient les délices de leurs prises, bien préparés par deux ou trois domestiques qui s’affairaient autour du repas en face de la mer. Cette mer témoin de la détresse d’Aline Sitoé Diatta mercredi dernier.
Parmi ces Occidentaux qui ne cachent pas leur attachement à cette belle région, des témoins de l’incident à l’image de Jean Claude Rabbia. Ce ressortissant français qui vit là depuis une dizaine d’années revient avec émotion sur ce qu’il a vu ce jour-là. «J’étais comme d’habitude en face de la mer lorsque j’ai vu le navire immobilisé». Sur le coup, Jean Claude ne pouvait se douter de ce qui se passait, mais imaginait que c’était grave et pour cause : «Le bateau était statique et incliné.» Après quelques heures d’hésitation, il décide d’alerter les villageois.
Ces derniers organiseront une expédition pour aller secourir les passagers qui se trouvaient dans Aline Sitoé Diatta, à quelques centaines de mètres de la plage. De sa position, le ressortissant Français observait la scène. «Des chalutiers ont volé au secours du navire et un avion survolait la zone. Ce n’est que quelques heures plus tard, à la faveur de la marée haute, que Aline Sitoé Diatta a été sorti de là avant de poursuivre son chemin», raconte Jean Claude Rabbia, selon qui, «le pire a été évité».
Mais, aujourd’hui encore, certains se posent des questions sur les véritables raisons de cet incident qui a eu le mérite de faire ressurgir le spectre du Joola avec ses deux mille morts. Certains parlent d’erreurs de pilotage, d’autres d’ensablement du fleuve Casamance, mais personne ou presque n’a soulevé la problématique du balisage. Et pourtant, cette question pourrait être la raison principale de l’évènement de mercredi dernier quand Aline Sitoé Diatta est resté enlisé dans le sable pendant quatre heures.
Certes, les balises existent, mais, en parcourant la plage, du Cap Skirring à Gnikine, on serait amené à conjuguer cette réalité au passé. Dans l’eau comme sur la terre ferme, on retrouve des balises en détresse qui devaient pourtant servir à guider le navire. Quand certains ont dérivé, d’autres ont tout simplement échoué sur la plage. C’est ce triste spectacle qui s’offre au visiteur sur cette plage longue de plus de cinq kilomètres.
«Ces balises, leur place se trouve loin d’ici, sur le passage du bateau», font remarquer certains gérants de campements et autres touristes qui pensent que si le bateau a eu des ennuis, c’est parce que ces signalisations qui indiquent la voie aux navires ne sont plus là, la plupart en tout cas. Et cela, depuis plus d’un mois. Et c’est justement cela qui intrigue aujourd’hui. Pourquoi pendant tout ce temps, les autorités maritimes n’ont pas récupéré ces balises pour les remettre à leur place, s’interrogent les villageois rencontrés au Cap-Skirring, à Diembéring comme à Gnikine.
Si l’unanimité est faite autour des mesures sécuritaires performantes d’Aline Sitoé Diatta, il se trouve que la sécurité doit aller au-delà du navire et les autorités doivent tout faire pour qu’aucun élément ne manque à la chaîne de sécurité. C’est pourquoi, aujourd’hui, les nouvelles autorités sont interpellées par des populations dont certaines ne cachent pas leur souhait de voir Aline Sitoé Diatta suspendre ses rotations jusqu’à ce que, au moins, la question du balisage soit réglée. «Il y va de la sécurité des usagers», défendent-elles du côté de Gnikine.
Mamadou Papo MANE