Les magistrats commencent à dérouler leur plan de guerre pour contraindre le gouvernement à maintenir les acquis du défunt régime. Hier lundi, la justice s’est administrée au ralenti. Ces actions concertées en vue de paralyser le système judiciaire sont perçues comme une «grève voilée».
Que le ministre de la Justice, Aminata Touré, se le tienne pour dit ! Les magistrats ne comptent pas un seul instant permettre au gouvernement de revenir sur les acquis obtenus sous le règne du président Wade. Lors d’un conclave tenu, hier, dans les locaux du palais de justice de Dakar où il a été question de rendre compte sur l’audience avec leur ministre de tutelle, les magistrats ont affiché leur engagement et détermination à lutter ferme pour le maintien des acquis. «La Garde des Sceaux est dans une dynamique de revenir sur les acquis. Il fallait informer les collègues de cette situation pour voir quelle conduite tenir», informe-t-on. En effet, lors de la rencontre, mardi dernier, entre les magistrats et le ministre de la Justice, Aminata Touré, cette dernière leur avait manifesté sa volonté de retirer des privilèges accordés par le défunt régime. Notamment le décret portant création du fonds commun des magistrats. Ainsi, à l’issue de la réunion d’hier, ces hommes de loi sont unanimes à considérer qu’«il est hors de question de revenir sur les acquis».
L’autre doléance sur la plate-forme revendicative des magistrats est relative aux congés de 45 jours qui ne seraient pas du goût de leur ministre de tutelle. Avec notamment les 30 jours en temps normal, et les 15 jours dans le cadre des vacances judiciaires. Aujourd’hui, ces hommes de loi sont déterminés à engager le bras de fer pour que cet acquis soit maintenu, quoi qu’il puisse advenir. Pour informer la tutelle de cette nouvelle donne, une correspondance administrative sera adressée au ministre Aminata Touré dans les prochains jours. Objectif ? L’informer de l’opposition des magistrats de remettre en cause leurs privilèges. Les autres revendications tournent autour du statut des magistrats et de la formation continue pour être à niveau par rapport à l'évolution du droit et aux cas de type nouveau à travers un renforcement de capacité. Le problème des affectations à caractère punitif que certains de leurs collègues subissent dans le cadre de l'exercice de leur travail fait également partie des doléances des magistrats. Il s’y ajoute l'indépendance de la justice : Les magistrats ne veulent plus être les affidés de l’Exécutif. Les mauvaises conditions de travail ont aussi été passées au peigne fin. Hier lundi, toutes les audiences ont été suspendues au palais de justice de Dakar dans la matinée pour reprendre en début d’après midi. Le fonctionnement des juridictions civiles et pénales a été ainsi au ralenti.
Pape NDIAYE