GESTION DES TERRES Un forum mondial de six jours à Dakar

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Durant presqu’une semaine, six cents personnes venues du monde entier vont se pencher sur le problème du foncier en Afrique et ailleurs. Ensemble, les participants à la rencontre essayeront de trouver un accord sur la gestion des terres entre les pouvoirs politiques et les gouvernés.

 

A chaque pays, ses problèmes de terres. Au Sénégal, une étude publiée en 2013 par la Cicodev-Afrique, une organisation de la société civile, a montré que 650 mille hectares de terres ont été octroyés à 17 privés nationaux et à des étrangers entre 2000 et 2010, dont dix Sénégalais. «Les étrangers étaient représentés par des structures espagnoles et italiennes qui ont exploité les terres de manière très opaque», s’insurge Amadou Kanouté, directeur exécutif de Cicodev-Afrique. Pour lui, l’accord de cession des terres trouvé entre l’Etat et ces entreprises nationales et internationales a mis à l’écart les populations des zones concernées. «Souvent, on leur a promis des choses qui n’ont pas été réalisées. Souvent, on leur a tordu le bras et les collectivités, elles-mêmes n’avaient pas résisté aux pratiques extrêmement opaques de cession de terres», a constaté le directeur exécutif de Cicodev. Il y a quelques années, des populations de Fanaye, nord du Sénégal s’étaient soulevées contre l’octroi de terres par le précédent régime à des Italiens pour l’exploitation de biocarburants. Des personnes avaient été tuées au cours des affrontements les opposant aux forces de l’ordre.

L’Ouganda a connu le même phénomène, avec moins de violence, selon Charles Taylor directeur du secrétariat de l'International Land Coalition au Fida. Citoyen du Botswanais, Taylor a travaillé pendant 20 ans sur la gestion et les terres et sera parmi les panélistes du Forum mondial sur le foncier prévu à Dakar du 11 au 17 mai 2015. Il explique que, lors du premier forum africain sur le foncier tenu en Ouganda en 2009, le gouvernement a reculé dans son projet d’accaparement d’une partie des terres de la forêt du pays au détriment des populations locales. Au Botswana, Michael Taylor indique que plus de 90 % des terres sont arides et que la majorité de la population vit de l’agriculture. «Le gouvernement a voulu déplacer des populations pour explorer des sites de mines. Mais, elles se sont opposées. Donc, il y a eu un conflit», a expliqué le Botswanais.

 «On ne veut plus que les expériences du Sénégal et de l’Ouganda ou du Botswana se reproduisent. On ne peut plus octroyer des terres sans que les populations concernées y trouvent leur compte», met en garde Amadou Kanouté.D’où l’objet du forum foncier mondial qui a pour thème «Une gouvernance foncière inclusive et juste pour un développement durable: le temps de l’action».

Selon les organisateurs, 600 personnes sont annoncées parmi lesquels, Moustapha Sourang, président de la Commission nationale de réforme foncière au Sénégal, Ibrahima Coulibaly, agriculteur malien, fondateur de la Coordination nationale des organisations paysannes du Mali (Cnop), Papa Abdoulaye Seck, ministre sénégalais de l’Agriculture et de l’Equipement rural ou Mirna Cunningham, ancienne présidente de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones.

Baba MBALLO