On rapporte que ces cimetières ont été tracés par Cheikh Ahmadou Bamba lui-même, quand la population était d’environ 500 personnes. Il aurait tracé les grands axes de la ville sainte et l'organisation de l'espace. En 1930, les Français, maîtres du Sénégal, avaient accordé à la famille de Serigne Touba un titre foncier qui englobait la mosquée et s’étendait sur 400 ha autour. (Signalons que Thiendella Fall, maréchal des logis dans l’armée coloniale puis chef de canton, avait aussi obtenu un titre foncier de 100 ha à Ngathie Naoudé, dans le département de Gossas.) Le président Diouf avait refusé d’élargir le titre foncier de Touba, Me Wade l’a fait. Avec un vertigineux taux de croissance démographique, Touba est actuellement la deuxième ville du Sénégal. Une population estimée à plus de deux millions d’habitants et une superficie qui dépasse les 12 000 ha. Reste à savoir quelles sont les limites de la terre bénite.Si la sainteté suit l’extension spatiale de la ville, pourquoi ne pas créer de nouveaux cimetières et encourager les gens à y aller ? (Il y en a un, mais nombreux sont ceux qui ignorent son existence ou sont sceptiques, doutant peut-être de sa proximité avec le paradis parce qu’il n’a pas été tracé par le Grand Marabout ou parce qu’il est trop éloigné de la Grande Mosquée.) Rappelons que le premier cimetière créé par Serigne Bamba se trouve à Darou Salam, village qu’il a fondé en 1884 et qui est devenu un quartier de Touba.
Idrissa Seck avait émis une idée qui mérite réflexion : la transformation des cimetières en nécropole moderne avec, j’imagine, un logiciel permettant d’identifier les personnes inhumées et surtout d’éviter le «surpeuplement» et le désordre. Mais si le but est juste d’aller au paradis, nous avons des privilèges considérables. Chaque taalibe a son marabout qui, dans les croyances populaires, est son espoir voire son protecteur ici-bas et dans l’au-delà. Quiconque voit le khassida «Minal haqqi» ira au paradis. Quiconque peut réciter le khassida «Diawartou» ou est enterré avec ira au paradis. Et l’on entend dire que quiconque voit Cheikh Béthio ira au paradis… Ne pouvons-nous alors pas, en ces temps difficiles, nous procurer ces textes sacrés et ensevelir plus souvent nos morts dans leurs villages ou villes de résidence, près de leurs familles, sachant que leur entrée au paradis est déjà garantie ?
Bathie Ngoye THIAM