Les femmes de la Côte-d’Ivoire aussi donnèrent le plus probant de leur maturité politique et de leur combativité le 22 décembre 1949. 4000 Amazones (dont l’héroïne Marie Koré) marchèrent (40 kilomètres) sur Grand-Bassam pour réclamer de vive voix la libération des dirigeants de leur parti qui y étaient emprisonnés (parmi eux Bernard Dadié). Les forces de l’ordre étaient intervenues avec brutalité. Donc la marche n’a pas été triomphante comme on peut l’imaginer. Elle était d’une avancée pénible dans le sable, en ordre dispersé, à travers les cocoteraies ou le long de la plage. Toutes firent preuve d’un courage et d’une foi dans l’action de masse dont certains hommes à l’époque auraient pu s’inspirer. Ces forces agissantes, persuadées d’avoir remplacé les hommes, conscientes des dangers de l’engagement, organisèrent la résistance à l’oppression arbitraire et injuste. Elles avaient fait preuve de bravoure et d’intelligence dans des initiatives de militantes combatives et efficaces. Si leur portée ne fut pas immédiate, leur combat a attiré partout l’attention sur la situation politique pourrie en Côte-d’Ivoire. Ces Amazones passèrent aussi comme pionnières des premières manifestations politiques courageuses en Afrique de l’Ouest, à l’époque coloniale. Elles s’offraient en exemple.
Toujours au détriment des hommes réputés capables et incontournables, Maman Ellen Johnson Serlif est choisie par des hommes et des femmes pour être la première femme démocratiquement élue présidente d’un Etat en Afrique : le Libéria. N’est-ce pas président est synonyme de guide, de chef, de père, d’homme ? Les femmes sont de retour et s’accaparent des toisons d’or réservées jusque-là aux hommes qui ne sont plus des moyens pour fabriquer des bébés mais des ponts pour le pouvoir. Tajudeen Abdul-Raheen avertit que les femmes ne sont plus que des mères, des sœurs, des filles et des épouses. Leur rôle n’est plus négligeable pour l’avenir du monde. Désormais, dit-il, «l’ambition politique d’une femme africaine ne sera jamais reléguée au second rang, comme une sorte d’accessoire politique pour présidents et partis politiques en quête de voix et de rectitude politique. Ce n’est pas seulement en politique que les femmes font des pas de géant – Ces réussites ne sont pas le fait d’hommes magnanimes qui détiennent encore et toujours la majeure partie du pouvoir dans des sociétés largement patriarcales.»
Assez pour dire qu’on n’a pas besoin de tirer les femmes des manches pour les responsabiliser. La démocratie n’a pas de sexe. Chacun doit se dire qu’il ne doit pas accepter qu’on l’accorde un droit qu’il est en mesure d’enlever de force. Combien sommes-nous encore à être victime de cette mentalité de l’homme-devant, de la femme-derrière ? C’est la façon dont nous planifions nos sociétés qui conduit à la confusion et à la croix sur les femmes. Or l’espèce continue à faire ce qui lui est naturel de faire. Elle sert juste la volonté plastique et sabre son asthénie. Le discours paritaire aurait pu juste recouvrir celui du combat pour le bien de toutes les populations de la terre. Il s’appuierait sur des questions de genre pour mieux défendre les droits humains et de surcroît la lutte démocratique pour un monde de dignité, de solidarité et d’égalité des chances. Il serait un écran derrière lequel se joue la bataille pour la justice. Le plaidoyer serait commun. Il consisterait à sortir les masses de leur sommeil dogmatique. Nos femmes avaient une bonne lecture de ces enjeux sociopolitiques et comprenaient que Gorgua n’était pas à caresser dans le sens du poil. Sa parité ou son pari politique sera un coup d’épée dans l’eau. Il s’est trompé de pari, de patrie et de femme. Le trompeur sera trompé par son anachronisme. La passion du cœur et la reconnaissance féminine sont mortes. Des femmes galantes de Corinthe, il n’y a pas dans la fierté des Sénégalaises. Dans leur indifférence, le patronage tacite est resté lettre morte et Gorgua déchu passe du gentil gardien du grenier au geignard et glouton gourou.
La politique de notre pays n’a rien à voir avec celle de l’Ouganda même si Gorgua aurait les mêmes manies masculines que ce Museveni qui parle des femmes comme si elles lui appartenaient. La femme a cessé d’être pauvre et banale. Elle n’est plus dans ce symbolisme du double ou du second, des vices en X et des adjointes en Y à n’en plus finir. Elle est juste orfèvre de la politique. Leur valeur et leur dignité ne dépendent plus d’une aptitude à gérer un fourneau incandescent ou une «sauce bonne ou épicée». Laissons-les gouverner, avait dit Praxagora. Qui enverrait plus vite et mieux des vivres aux populations qu’une mère ? Qui nourrit les enfants et les hommes ? Sans témoin, on les voit tous les jours échanger de l’argent et de l’or, et rendent toutes ces emprunts au lieu de les voler. N’est-ce pas là une éducation politique d’éthique dont la bande à Gorgua a souffert ? Il faut livrer aux femmes la cité. Car elles ont longtemps appris à être surveillantes et gouvernantes. N’est-ce pas l’essence de la politique ? Je ne sais pas ! Je n’en sais rien du tout !
N’écoutez plus cette idéologie du ressentiment de Praxagora. Ne suivez plus ces courants de pensées des réactionnaires qui s’en nourrissent et qui veulent vous voir habiller en uniforme, ils asservissent et robotisent. Avez-vous encore besoin d’être à l’écart, de vous auto-exclure, de vous renfoncer de cette idéologie du rejet ? Vous êtes à l’Assemblée. Ne parlez surtout plus en femme et des femmes, encore moins de la parité, ce gagne-pain des poules. L’erreur, avait dit le philosophe, est que la femme s’explique sur son propre compte. Ce mulier taceat de muliere serait une perte de temps, une injure à l’intelligence qui est la chose du monde la mieux partagée. N’oubliez pas que vous êtes juste des orfèvres de la politique et que le rang n’est juste qu’une question de mérite et d’épée. Occupez-vous alors de démocratie. Soyez tout juste parmi les soldats du droit et de l’idéal démocratique. (Fin)
Ndéné MBODJI
Pourquoi suis-je un illettré ?
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.