La parité, ce gagne-pain des poules (Suite)

Le Sénégal doit célébrer Ndaté Yalla Mbodj. Il faut réparer cette faute nationale. L’une des images les plus anciennes d’une souveraine de l’époque précoloniale existante est celle de cette Linguère. Le Royaume du Waalo comme peuple autonome avait pour chef une seule femme, qui non seulement gouvernait, mais savait discipliner son armée. Installée le 1er octobre 1846, Ndaté Yalla Mbodj était cette femme, (l’une des) la première force de résistance que les Français rencontrèrent dans leur politique de colonisation du Sénégal, en 1855. Elle se prenait pour la seule souveraine du Waalo. Son courage, son sens du leadership finit par reléguer le Brack et les autres dignitaires au quai. Cette Linguère est à élever rapidement au rang d’héroïne nationale. Qu’on n’hachure pas l’histoire monumentale des mamans. Qu’on n’invente pas des voies violées et voilées. Dans le souterrain, on salit et finit par saler tout un vaste village de violeurs de vérité. De tout temps, le témoignage du temps est têtu. On ne peut pas le taire ou le soustraire. Si la terre ne le déterrait pas, il tomberait en syncope et s’abattrait sur nos têtes. Les juifs ne jurent que par Jules Soury pour rien, en souris, les races ont compris de lui qu’on ne doit pas accoutumer les esprits à des courants souterrains.    

Les femmes de la Côte-d’Ivoire aussi donnèrent le plus probant de leur maturité politique et de leur combativité le 22 décembre 1949. 4000 Amazones (dont l’héroïne Marie Koré) marchèrent (40 kilomètres) sur Grand-Bassam pour réclamer de vive voix la libération des dirigeants de leur parti qui y étaient emprisonnés (parmi eux Bernard Dadié). Les forces de l’ordre étaient intervenues avec brutalité. Donc la marche n’a pas été triomphante comme on peut l’imaginer. Elle était d’une avancée pénible dans le sable, en ordre dispersé, à travers les cocoteraies ou le long de la plage. Toutes firent preuve d’un courage et d’une foi dans l’action de masse dont certains hommes à l’époque auraient pu s’inspirer. Ces forces agissantes, persuadées d’avoir remplacé les hommes, conscientes des dangers de l’engagement, organisèrent la résistance à l’oppression arbitraire et injuste. Elles avaient fait preuve de bravoure et d’intelligence dans des initiatives de militantes combatives et efficaces. Si leur portée ne fut pas immédiate, leur combat a attiré partout l’attention sur la situation politique pourrie en Côte-d’Ivoire. Ces Amazones passèrent aussi comme pionnières des premières manifestations politiques courageuses en Afrique de l’Ouest, à l’époque coloniale. Elles s’offraient en exemple.

Toujours au détriment des hommes réputés capables et incontournables, Maman Ellen Johnson Serlif est choisie par des hommes et des femmes pour être la première femme démocratiquement élue présidente d’un Etat en Afrique : le Libéria. N’est-ce pas président est synonyme de guide, de chef, de père, d’homme ? Les femmes sont de retour et s’accaparent des toisons d’or réservées jusque-là aux hommes qui ne sont plus des moyens pour fabriquer des bébés mais des ponts pour le pouvoir. Tajudeen Abdul-Raheen avertit que les femmes ne sont plus que des mères, des sœurs, des filles et des épouses. Leur rôle n’est plus négligeable pour l’avenir du monde. Désormais, dit-il, «l’ambition politique d’une femme africaine ne sera jamais reléguée au second rang, comme une sorte d’accessoire politique pour présidents et partis politiques en quête de voix et de rectitude politique. Ce n’est pas seulement en politique que les femmes font des pas de géant – Ces réussites ne sont pas le fait d’hommes magnanimes qui détiennent encore et toujours la majeure partie du pouvoir dans des sociétés largement patriarcales.»

Assez pour dire qu’on n’a pas besoin de tirer les femmes des manches pour les responsabiliser. La démocratie n’a pas de sexe. Chacun doit se dire qu’il ne doit pas accepter qu’on l’accorde un droit qu’il est en mesure d’enlever de force. Combien sommes-nous encore à être victime de cette mentalité de l’homme-devant, de la femme-derrière ? C’est la façon dont nous planifions nos sociétés qui conduit à la confusion et à la croix sur les femmes. Or l’espèce continue à faire ce qui lui est naturel de faire. Elle sert juste la volonté plastique et sabre son asthénie. Le discours paritaire aurait pu juste recouvrir celui du combat pour le bien de toutes les populations de la terre. Il s’appuierait sur des questions de genre pour mieux défendre les droits humains et de surcroît la lutte démocratique pour un monde de dignité, de solidarité et d’égalité des chances. Il serait un écran derrière lequel se joue la bataille pour la justice. Le plaidoyer serait commun. Il consisterait à sortir les masses de leur sommeil dogmatique. Nos femmes avaient une bonne lecture de ces enjeux sociopolitiques et comprenaient que Gorgua n’était pas à caresser dans le sens du poil. Sa parité ou son pari politique sera un coup d’épée dans l’eau. Il s’est trompé de pari, de patrie et de femme. Le trompeur sera trompé par son anachronisme. La passion du cœur et la reconnaissance féminine sont mortes. Des femmes galantes de Corinthe, il n’y a pas dans la fierté des Sénégalaises. Dans leur indifférence, le patronage tacite est resté lettre morte et Gorgua déchu passe du gentil gardien du grenier au geignard et glouton gourou.

La politique de notre pays n’a rien à voir avec celle de l’Ouganda même si Gorgua aurait les mêmes manies masculines que ce Museveni qui parle des femmes comme si elles lui appartenaient. La femme a cessé d’être pauvre et banale. Elle n’est plus dans ce symbolisme du double ou du second, des vices en X et des adjointes en Y à n’en plus finir. Elle est juste orfèvre de la politique. Leur valeur et leur dignité ne dépendent plus d’une aptitude à gérer un fourneau incandescent ou une «sauce bonne ou épicée». Laissons-les gouverner, avait dit Praxagora. Qui enverrait plus vite et mieux des vivres aux populations qu’une mère ? Qui nourrit les enfants et les hommes ? Sans témoin, on les voit tous les jours échanger de l’argent et de l’or, et rendent toutes ces emprunts au lieu de les voler. N’est-ce pas là une éducation politique d’éthique dont la bande à Gorgua a souffert ? Il faut livrer aux femmes la cité. Car elles ont longtemps appris à être surveillantes et gouvernantes. N’est-ce pas l’essence de la politique ? Je ne sais pas ! Je n’en sais rien du tout !

N’écoutez plus cette idéologie du ressentiment de Praxagora. Ne suivez plus ces courants de pensées des réactionnaires qui s’en nourrissent et qui veulent vous voir habiller en uniforme, ils asservissent et robotisent. Avez-vous encore besoin d’être à l’écart, de vous auto-exclure, de vous renfoncer de cette idéologie du rejet ? Vous êtes à l’Assemblée. Ne parlez surtout plus en femme et des femmes, encore moins de la parité, ce gagne-pain des poules. L’erreur, avait dit le philosophe, est que la femme s’explique sur son propre compte. Ce mulier taceat de muliere serait une perte de temps, une injure à l’intelligence qui est la chose du monde la mieux partagée. N’oubliez pas que vous êtes juste des orfèvres de la politique et que le rang n’est juste qu’une question de mérite et d’épée. Occupez-vous alors de démocratie. Soyez tout juste parmi les soldats du droit et de l’idéal démocratique. (Fin)

Ndéné MBODJI

Pourquoi suis-je un illettré ?

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Journaux

Dernière minute

  • 1
  • 2
  • 3
Prev Next

ALGERIE - POLEMIQUE SUR LA SANTE DU…

ALGERIE - POLEMIQUE SUR LA SANTE DU PRESIDENT : Bouteflika poursuit sa convalescence à Paris

Le président algérien, qui était hospitalisé depuis le 27 avril au Val-de-Grâce, a été conduit vers un autre établissement militaire.

ETATS-UNIS D’AMERIQUE : Une tornade…

ETATS-UNIS D’AMERIQUE : Une tornade fait 91 morts dans l'Oklahoma

Scènes de désolation dans le Midwest. Une puissante tornade, avec des vents allant jusqu'à 320 km/h, a semé la destruction lundi dans...

MALGRE L’INTERDICTION DE SORTIE FAI…

MALGRE L’INTERDICTION DE SORTIE FAITE AUX LIBERAUX : Oumar Sarr se paie la tête des policiers de l’aéroport

Oumar Sarr a réussi son pari hier : quitter le territoire national et y revenir sans anicroches malgré l’interdiction de sortie du...

MASSIFICATION DE L’APR A MBOUR : M…

 MASSIFICATION DE L’APR A MBOUR : Macky recrute chez Tanor

Les velléités de massification de l’Alliance pour la République (Apr) dans le  département de Mbour se précisent de jour en jour. Les...

ENTRETIEN AVEC…HAMIDOU DIALLO, COO…

 ENTRETIEN AVEC…HAMIDOU DIALLO, COORDONNATEUR DE LA CONVERGENCE DES CADRES REPUBLICAINS : «Les cadres de Bakel  attendent toujours d’être appelés à la gestion de l’Etat»

S’il y a une région qui attend toujours d’être servie à la table, c’est Tambacounda. Même s’il n’en fait pas une exigence,...

RETRAIT DES PASSEPORTS DIPLOMATIQUE…

RETRAIT DES PASSEPORTS DIPLOMATIQUES DES ANCIENS DIGNITAIRES DU PDS : Aminata Lô prend son tour chez le coiffeur

Aminata Lô, ancienne ministre des Sénégalais de l’Extérieur s’est vu refuser, hier,  le renouvellement de son passeport diplomatique. Une mesure qui fait...

DETOURNEMENT, ESCROQUERIE SUR DES D…

DETOURNEMENT, ESCROQUERIE SUR DES DENIERS PUBLICS, FAUX, USAGE DE FAUX… : Procès spécial pour Diop Aser et ses «complices»

Modibo Diop et Cie repassent le 4 juin prochain pour répondre de chefs d’inculpation ayant trait au détournement de deniers publics. Ils...

MALI - RESPECT DU CALENDRIER ELECTO…

MALI - RESPECT DU CALENDRIER ELECTORAL : Hollande prend des risques

Lors de sa conférence de presse tenue jeudi, le chef de l'Etat français a insisté pour que les élections maliennes se déroulent...

TUNISIE - DIVERGENCE DANS LA COALI…

 TUNISIE - DIVERGENCE DANS LA COALITION GOUVERNEMENTALE : Les islamistes se déchirent

Le mouvement Ennahda, qui dirige la coalition gouvernementale en Tunisie, est décidé à contrer les extrémistes salafistes.

INTERDICTION DES MARCHES EN BANLIE…

 INTERDICTION DES MARCHES EN BANLIEUE : Le préfet de Pikine brandit ses bulletins de renseignements

Pikine n’a pas de grandes artères pour abriter des marches. Et les rues étroites sont occupées quotidiennement pas les populations qui y...

VISITE AU SENEGAL : Barack Obama à …

VISITE AU SENEGAL : Barack Obama à Dakar en fin juin

C’est maintenant officiel, Barack Obama sera l’hôte de Macky Sall. L’annonce a été faite hier en Conseil des ministres par le chef...

SAMUEL SARR ENTENDU PAR LA DIC : L…

 SAMUEL SARR ENTENDU PAR LA DIC : Le nouveau procureur ouvre «ses» grands dossiers

 Alors que l’on croyait que le dossier de la Société africaine de raffinage (Sar) avait subi un enterrement de première classe, le...