A cet égard, l’opinion d’un dinosaure politique qui en a vu d’autres, est implacable : «Il y a un seul monsieur qui est élu président de la République [Macky Sall]. Ce n’est pas un banc. C’est un fauteuil présidentiel (…) On ne gère jamais ensemble un pays (…) Il n’y a pas de démocratie en co-gestion. Une gestion collégiale fait peur. Ce que je vois aujourd’hui me rappelle la Yougoslavie» . Il appartient donc au président Macky Sall d’avoir davantage de poigne et de faire preuve d’un surcroît de fermeté pour ne pas se laisser déborder sur les flancs par ces lobbies collés à ses basques et qui n’arrêtent pas de lui faire la pression dans une sorte de trafic d’influence aussi abjecte qu’inacceptable.
Passe encore si on pousse la prétention jusqu’à faire revêtir le cachet «nationales» à des Assises qui sont, avant et après tout, une initiative d’opposants et de militants de la Société civile qui ont en commun l’aversion sans limites pour le régime de Wade. Mais, de là à vouloir se substituer à l’Etat du Sénégal et à intimer l’ordre au président de la République d’appliquer les Conclusions issues de ces travaux, nous semble présomptueux et exagéré de la part de Sénégalais(es), certes valeureux(ses), mais qui n’ont reçu aucun mandat officiel de la République du Sénégal. C’est donc impropre de parler d’«Assises nationales». Même si le candidat Macky Sall avait paraphé la fameuse «Charte des Assises», qui plus est, avec quelques réserves, cela ne l’autorise pas à la substituer à la Charte fondamentale de notre pays, qu’est la Constitution de la République du Sénégal. Comme l’a rappelé, avec pertinence, Mouhamadou Mbodj, coordonnateur du Forum Civil : «(…) Les Conclusions des Assises n’ont pas une valeur normative pour notre République. Elles n’ont pas la valeur de notre Constitution».
Et même si les deux candidats issus du Benno Siggil Senegaal originel, Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng, qui avaient battu campagne en faisant des Conclusions des «Assises nationales» leur programme de gouvernance, se retrouvent aujourd’hui en position d’alliés de Macky Sall, cela ne signifie point une légalisation de la «Charte de la bonne gouvernance» chère aux amis du président Amadou Makhtar Mbow. Ce qui est plus rageant maintenant, c’est que le président Macky Sall semble céder devant la pression des «Assisards» en leur concédant la mise en place d’une «Commission consultative et de suivi de la mise en œuvre des Conclusions des Assises nationales» avec des moyens de travail conséquents, aux frais du contribuable sénégalais.
Les mêmes considérations valent aussi pour le «M23», un mouvement qui devait dépérir et mourir de sa belle mort au lendemain de l’atteinte de ses objectifs, initiaux et finals, à savoir le retrait des projets de lois sur le ticket Président - Vice-Président ainsi que sur l’élection du président de la République avec 25 % des suffrages (objectif initial), mais aussi sur le départ du président Abdoulaye Wade à travers le cri de ralliement «Wade dégage !» (objectif final). Assurément, le maintien en vie de ce mouvement, pour des raisons obscures, et même l’invitation de son porte-parole, Abdou Aziz Diop, au banquet du pouvoir, puent à mille lieux le sordide retour d’ascenseur au profit d’un mouvement qui se disait citoyen et désintéressé.
In fine, le président Macky Sall a un grand rendez-vous avec l’Histoire, au regard des nombreux défis qu’il doit relever, et dont l’issue heureuse dépendra de sa capacité à se hisser au-dessus des contingences partisanes, sa propension à tenir un langage de vérité à ses alliés de circonstance ainsi qu’au peuple sénégalais, enfin et surtout, sa détermination à faire vite et mieux que son prédécesseur.
Pape SAMB
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2 L’Observateur n° 2669 des samedi 11 & dimanche 12 août 2012, p. 9