En voulant geler les importations de triple concentré, l’Etat va conduire certaines industries locales à réviser leur stratégie de développement dans la filière. Ces dernières, qui ont pourtant enlevé et traité les 40 mille tonnes produites dans la vallée, devraient ainsi attendre huit mois avant de fonctionner à nouveau alors que la production locale ne couvre que 30 % des besoins du pays en double concentré. Un coût social et financier insupportable pour certaines unités qui vont arrêter leurs activités si l’Etat confirme cette décision n’arrangeant que l’une de ces trois sociétés du pays.
Remous dans la filière tomate. Après une campagne sauvée en 2010-2011, la filière tomate se dirige inéluctablement vers de grandes difficultés. La faute, aux décisions que l’Etat est en train de prendre dans la filière. En effet, avoir contraint les industriels que sont la Socas et Agroline d’enlever les 40 mille tonnes de tomate fraîches l’année dernière, le gouvernement s’apprête à interdire l’importation de triple concentré nécessaire pour combler le gap des besoins en double concentré du marché national.
Si cette mesure semble satisfaire les exigences de la Socas, qui menace de ne pas acheter la production locale sous prétexte d’une mévente de ses produits, elle risque de sceller le sort de ses deux concurrents qui viennent de se lancer dans la phase agro-industrielle. Agroline qui a remonté la filière cette année en achetant 11 205 tonnes, et Takamoul, qui doit remonter la filière cette année, risquent d’être asphyxiées. Elles seraient en effet obligées d’attendre la prochaine campagne, autrement dit dans 8 mois, pour fonctionner de nouveau alors que la production nationale est loin d’être suffisante pour couvrir les besoins du marché.La campagne est terminée depuis le 15 mai et la ressource n’étant donc plus disponible, les unités industrielles attendent toujours les autorisations de l’Etat, qui lors de la réunion du comité tomate, ne s’est toujours pas prononcé. Des tergiversations qui poussent certains à penser que l’Etat veut soutenir la position de la Socas.
Joint au téléphone, hier, dans la soirée, Hassan Attieh, le Directeur général de Agroline explique que les nombreuses rencontres sur la question n’ont pas permis d’avancer. Et c’est pour indexer directement la Socas. «A chaque réunion, on revient à la case départ. On avait demandé un état des lieux des stocks et Socas a remis en doute les résultats des agents assermentés de l’Etat. Du coup, on doit le refaire. Je me demande si Socas a un droit de veto ? On ne peut pas continuer à rester sous son contrôle au niveau du comité. Si Socas décide d’importer du triple concentré, on autorise à tout le monde ; si elle n’en veut pas, on bloque toutes les autres unités», regrette Attieh. Qui s’interroge : «quelle est cette rationalité économique qui voudrait que l’interdiction porte en priorité sur le triple concentré et non sur le double concentré (produit fini) qui n’apporte aucune valeur ajoutée ? Quelle est cette rationalité économique qui peut accepter que des usines restent fermées 8 mois mettant en chômage tout son personnel et que toute la tomate fraîche disponible a été enlevée et même entièrement payée par son entreprise ? Quelle est cette rationalité économique qui entrave le libre jeu de la concurrence puisque basé sur l’état des stocks d’un concurrent ?».
Hassan Attieh dénonce ce «jeu de yoyo» et accuse des forces tapies dans l’ombre qui veulent freiner l’élan de son usine. Pour lui, le jeu de la concurrence a permis depuis plus de 5 ans une remarquable stabilité du prix du concentré durant de grandes fluctuations des produits de grande consommation. Du côté de l’Agence de régulation des marchés, on minimise cette menace sur la prochaine campagne et sur la fermeture de cette unité de production. Mbaye Kébé, président de cette structure, que nous avons également joint au téléphone, confirme ces tergiversations de l’Etat sur un éventuel gel des importations. Il soutient que la Socas n’y est pas favorable, pour des problèmes de défauts de vente. Mais, il assure que les autres usines vont continuer à travailler car l’Etat va tout faire pour sauvegarder les emplois. «Compte tenu des investissements, rien n’interdit l’approvisionnement du marché en triple pour faire du double», dit Kébé.
Seyni DIOP