L’hivernage rime avec pénurie de poisson et de viande au Sénégal. Au marché Castors, comme dans la plupart des autres points de vente, la viande reste plus attrayante malgré le coût exorbitant (2 500 francs Cfa le kilogramme) car le poisson est presque introuvable.
Au marché de Castors, les vendeurs et ménagères partagent, tous, les mêmes difficultés. Le poisson se raréfie dès qu’il commence à pleuvoir. Fama Sène, vendeuse de «Sëd» (Barracuda), prisé par les ménagères pour le riz au poisson, de «Ngate» (Capitaine), bon pour le «Yassa» ou le «Caldou» mais aussi du «domoda» et de «cacc», meilleur en thiébou dieune, nous raconte son train-train quotidien. Elle quitte tôt le matin Keur Mbaye Fall pour Yarakh. Là-bas, elle attend l’arrivée des pêcheurs qui lui vendent du poisson entre 2 mille et 10 mille francs Cfa qu’elle cherche à écouler à son tour au marché de Castors. Aujourd’hui, les pêcheurs lui ont vendu la caisse à 12 mille francs Cfa. Elle arrive à son lieu de vente entre 9 heures et 9 h 30 mn. La dame, quadragénaire, partage les poissons et propose le tas de trois «Sëd» à 2 mille francs Cfa. «J’attendais 2 mille francs Cfa de revenus. Mais si je n’arrive pas à le vendre à ce prix, je me contenterai de monnayer la pièce à 500 francs. Ce qui entraînera un gain de 1 500 francs au lieu des 2 mille escomptés». Elle présente les 10 «Ngatte» à 500 francs et à côté la masse de «cacc» entre 200 et 500 francs. Elle peut gagner jusqu’à 5 mille Cfa par jour.
Elle explique qu’en saison sèche elle pouvait trouver du poisson à tous les prix. Mais quand ils se font rares, pour des raisons qu’elle ignore, elle les vend à n’importe quel prix. Ce qui coûte la peau des fesses aux clients. Si Fama Séne n’arrive pas à écouler la marchandise à cause de la cherté des prix, elle la frigorifie puis la garde jusqu’au lendemain pour l’écouler. Comme tous les commerçants, Fama subit la loi du marché. Tantôt elle gagne bien, tantôt elle renonce au bénéfice pour vendre.Comme le poisson, la viande se fait rare dans le marché et coûte cher du coup. Les bouchers se plaignent en ce mois de juillet de la rareté du bétail. Ils expliquent qu’en cette période, les pluies ne sont pas encore abondantes. On note la raréfaction de l’herbe, leur principale nourriture. Omar Tine est vendeur de viande rouge. Il révèle que le bétail vient de Dahra Djolof, de Bambey et du Mali. En cette période, ce sont des zones qui connaissent la sécheresse. Le bétail n’arrive pas à bien se nourrir. Les seuls bestiaux qu’ils arrivent à acheter sont nourris à cet effet pour combler le manque. A cet obstacle, s’ajoute le problème du Mali (les rebelles occupent le Nord du Pays : Ndlr). Aujourd’hui, sa frontière avec le Sénégal est fermée. Fort de tous ce remue-ménage, le prix du kilo de la viande est vendu à 2 500 francs Cfa. Contrairement à la saison sèche, période à laquelle il revient à 2 200 francs, voire 2 mille francs. «Même à 3 mille francs le kilogramme, les clients achèteront la viande, puisque le poisson se fait encore rare», confient Tine et ses camarades.
Le calvaire des ménagères
Les ménagères se contentent de faire avec les échos du marché. Kanioul Samoura est femme au foyer. Trouvée devant les vendeuses de poissons, elle explique que durant la saison des pluies, les femmes trouvent beaucoup de difficultés à joindre les bouts. Les denrées se font rares et les coûts montent. A la question de savoir comment elle se débrouille durant cette saison, elle répond qu’elle préfère préparer son plat préféré, en bon bambara : la sauce à la patte d’arachide (le mafé). «Seulement, je ne peux pas m’empêcher de faire du riz au poisson car c’est la préférence des enfants», dit Samoura. Qui marchandait chez Khady Ngom, vendeuse de gros poisson, le «Ngot», le beur et la dorade. Elle vend le «beur» entier à 3 mille francs Cfa et une part à 800 francs. A côté de Khady se trouve Nakhé Ndiaye qui cherchait à l’attirer dans ses filets. Elle présente à son tour le Thon, très prisé pour le «farcie», le riz au poisson et les brochettes. En plus du Thon, elle avait le «sompaat» et le «xaan» bons à frire et pour préparer le plat national.
La dame Samoura finit par prendre congé des deux femmes pour leur donner rendez-vous une prochaine fois. Seynabou Guèye, une autre ménagère, s’arrête devant l’étalage des vendeuses de poisson. Quand les poissons se font rares durant l’hivernage, elle dit se rabattre sur du poisson séché avec quoi elle prépare du «ceebu keccax». Et lorsqu’elle trouve du poisson, elle prépare du riz au poisson blanc ou «ceebbu weex» avec de l’oseille (bëgêc). «La saison des pluies, l’oseille devient accessible dans les marchés. Du coup, je prépare que des plats qui peuvent le contenir comme le +yassa+ ou encore le +C’est bon+. Sinon j’achète de la viande», martèle Seynabou Guèye. Même scénario pour Awa Thiam qui est élève en classe de troisième. Aujourd’hui, sa maman fait la lessive et c’est à elle de faire les courses à la descente. Trouvée au marché Castors, elle confie que lorsque les denrées comme le poisson et la viande se font rares, elle trouve toujours une alternative. Soit elle achète du poisson séché pour faire du «ceebu keccax» : soit elle se replie sur du rognon qu’elle achète pour préparer de la sauce à la pâte d’arachide. Lorsqu’elle trouve du poisson, Awa Thiam ne s’empêche pas d’acheter du «Giss» ou du «Jay» pour préparer du bon riz au poisson, son plat préféré. Sinon elle se procure des «yaboy» pour frire. Le poisson et la viande sont en ce moment précieux mais les ménagères trouvent peu d’issues pour les remplacer. Du coup, elles tiennent en compte les aléas du marché pour se tourner vers d’autres plats durant l’hivernage.
Aïda SAKHO
(Stagiaire)