Mor Dieng, membre de Benno Bokk Yaakaar : Macky Sall nous a trahis

L’ancien candidat à la présidentielle Mor Dieng ne décolère pas contre son allié Macky Sall et son camp. Le leader du parti Yakaar, qui espérait un siège de député, à lui promis par le patron de Benno Bokk Yaakaar lui a joué un tour qu’il assimile à de la trahison. D’ailleurs Mor Dieng estime qu’il y a deux Benno : Celui d’en haut qui va de Macky Sall à Cheikh Bamba Dièye et celui d’en bas où l’on retrouve les candidats malheureux ayant obtenu moins de 1 % au premier tour allant de Gadio à Diouma Dieng Diakhaté. 

 

 

Wal fadjri : Le débat actuel tourne autour de la confection des listes aux élections législatives. Votre parti a-t-il un représentant dans la coalition Benno Bokk Yaakaar ?

Mor DIENG : Dans cette affaire, nous avons été très surpris parce qu’il était prévu que notre parti ait un représentant à un poste d’éligibilité sur la liste nationale de Benno Bokk Yaakaar. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle nous ne sommes pas allés à ces élections sous notre propre bannière. Nous n’avions pas non plus jugé utile d’aller avec une autre coalition. En effet, au cours d’une séance de travail avec le conseiller du président Macky Sall, je veux nommer Mahmouth Saleh, en présence de Amsatou Sow Sidibé, Oumar Khassimou Dia, il m’avait été demandé de fournir un dossier pour les législatives car Macky Sall souhaitait que je sois investi à une position d’éligibilité. Et que pour les autres partis, on allait leur réserver autre chose. C’est sur cette base que j’ai déposé un dossier de candidature. Mais à ma grande surprise, c’est Benoît Sambou qui m’appelle le 1er mai pour me dire que mon dossier était perdu.

Donc, j’allais vers une forclusion. Je ne sais pas si c’était fait exprès ou pas. Heureusement que j’avais gardé une autre copie de mon dossier à mon bureau. C’est ainsi que je leur ai dit que je vais apporter un autre dossier le même jour. Et voilà que nous constatons que notre nom ne figure pas sur la liste de Benno Bokk Yaakaar. Sur le plan politique, l’éthique et la morale voudraient qu’on ait un autre comportement vis-à-vis de son allié. Donc je considère que nous avons été poignardés par nos alliés parce qu’on nous a injustement empêché d’être à l‘Assemblée nationale. Si on nous avait clairement et honnêtement signifié les choses, on se serait organisé autrement et nous serions présents à l’hémicycle.

Parce que les élections législatives sont moins coûteuses et moins compliquées que la présidentielle à laquelle nous avons participé. Maintenant notre parti va évaluer cette situation et nous allons prendre nos responsabilités par rapport à de tels actes. Nous considérons que le partenariat en politique, c’est le respect réciproque. Au second tour, avec Macky Sall, il était entendu qu’on devait se battre ensemble, gagner ensemble et gérer ensemble. Mais ce que nous voyons actuellement ne nous rassure pas. Maintenant, nous ne connaissons pas encore ce qui peut justifier ce comportement de nos alliés. Nous allons mener des investigations pour savoir ce qu’il en est réellement.

Donc vous vous sentez trahis par Macky Sall ?

En tout cas, nous nous sentons trahis par son camp. On n’a pas à jouer du cache-cache. Si ces gens de Macky Sall nous avaient dit clairement que nous ne serions pas sur les listes de Benno Bokk Yaakaar, nous aurions exploré d’autres voies car ce n’était pas les coalitions qui manquaient. On pouvait bien former une coalition avec Oumar Khassimou Dia, Diouma Dieng et Amsatou Sow Sidibé et je suis sûr que nous aurions pu obtenir plus de cinq députés. Si nous avons tenu à rester avec Macky Sall, c’est que nous avons voulu être cohérents avec nous-mêmes. Nous nous sentons trahis parce qu’on nous avait promis ce poste de député et voilà qu’à l’arrivée, notre nom ne figure pas sur les listes. C’est de la trahison. C’est irresponsable comme acte. Si on s’est engagé avec Macky Sall, c’est parce qu’on nous avait dit que Macky Sall, est un homme de parole, de valeur etc.

Vous n’êtes pas le seul absent de la liste nationale de Benno Bokk Yaakaar. Il y a aussi d’autres candidats souteneurs comme Khassimou Dia, Amsatou Sow Sidibé, Doudou Ndoye, Diouma Dieng Diakhaté etc  qui n’y sont pas.

Si on m’avait dit de façon très claire que notre parti ne serait pas sur les listes, il n y aurait aucun problème. D’ailleurs c’est comme ça que Mahmouth Saleh a dit à Amsatou Sow Sidibé et Oumar Khassimou Dia en leur signifiant qu’on leur réservait autre chose que le gouvernement et l’Assemblée nationale. Je ne trouve pas un autre mot sinon que c’est de la trahison. Mes résultats à moi tout seul me permettent d’avoir au moins un député, (Il a obtenu 11 402 voix, soit 0,42 %n Ndlr). Nous étions dans une logique de rester dans cette coalition Benno Bokk Yaakaar et nous y sommes toujours, mais si on ne veut plus de nous, qu’on nous le dise et on va voir ailleurs. On ne va pas perdre du temps dans une coalition où on ne nous respecte pas. Donc nous allons évaluer tout cela et en tirer les conséquences.

«Le Benno d’en haut qui va de Macky Sall à Cheikh Bamba Dièye c’est-à-dire ceux qui ont obtenu 1 % et un peu plus et le Benno d’en bas composé par nous autres qui avons moins de 1 %».

On constate que d’autres alliés de Macky Sall l’ont quitté. Ne pensez-vous pas les frustrations au sein de la Coalition Benno Bokk Yaakaar sonneront la fin de votre compagnonnage ?

Je ne sais pas pourquoi certains alliés ont préféré quitter Benno Bokk Yaakaar car il n’a jamais été tenue une réunion de cette coalition avec la présence de tous les alliés. Peut-être que du côté de nos alliés, ils considèrent que la coalition Benno Bokk Yaakaar n’a plus sa raison d’être, qu’elle a atteint son objectif qui était l’élection de Macky Sall et que chacun peut maintenant retourner à ses préoccupations antérieures. Si tel est le cas, qu’on ait quand même le courage et l’honnêteté de nous le dire. La relation doit être claire et honnête.

Au fait, comment fonctionne cette coalition Benno Bokk Yaakaar ?

En réalité, depuis que nous avons mis sur pied cette coalition au Radison, je n’ai jamais assisté à une réunion où tous les leaders de Benno Bokk Yaakaar sont présents. C’est pourquoi d’aucuns estiment qu’il y a deux Benno : Le Benno d’en haut qui va de Macky Sall à Cheikh Bamba Dièye c’est-à-dire ceux qui ont obtenu 1 % et un peu plus et le Benno d’en bas composé par nous autres qui avons moins de 1 %. C’est ça la réalité. Et c’est dangereux d’installer ce clivage dans une coalition. C’est une erreur de considérer que nous ne représentons pas grand-chose. Vous pensez que Macky Sall serait élu si tous les candidats qui ont eu moins de 1 % avaient choisi d’aller soutenir Wade ? Je ne le crois pas. Les choses auraient pu se passer autrement pour lui.

C’est pourquoi je demande à Macky Sall d’avoir le même respect pour tous les alliés. Entre les deux tours, il a fait le tour de tous les alliés pour demander soutien. Il a fait des propositions aux uns et aux autres. Il a promis de gagner ensemble et de gérer ensemble. Donc une fois élu, il ne doit pas les oublier. En tous cas 2017, c’est pour bientôt. Et il ne faudrait pas attendre cette date pour se souvenir de ceux qui l’ont soutenu. Et s’il croit qu’il doit gérer avec un camp et laisser l’autre, on verra bien.

Pour revenir au fonctionnement, de Benno, je vous affirme que je n’y connais rien. La seule fois que nous avons rencontré Macky Sall, je lui avais dit que pour une bonne marche de cette coalition, il faut un coordonnateur. Ça n’a pas été fait. Aujourd’hui on ne sait pas qui est qui et qui fait quoi. On a l’impression que Benno, c’est comme au cinéma. Il y  a le Benno d’en haut qui peut rencontrer Macky Sall quand il veut et nous autres, nous sommes le Benno Getu Bèy (seconde zone, Ndlr), exposé à tous les risques et déception. Et si on n’organise pas ce Benno, je crois que cette coalition volera en éclats avant 2017.

«Les gens se focalisent sur les 60 millions de la caution alors que nous avons dépensé plus de 300 millions de francs pour ces élections»

Quels enseignements tirez-vous de la dernière présidentielle ?

L’objectif global qui était de faire partir Wade et de mettre en place un nouveau régime a été atteint. En tant que parti politique, nous avions aussi des objectifs. C’était de faire connaître notre parti et avoir notre place sur l’échiquier. Avant la présidentielle, beaucoup de gens faisaient la confusion entre Apr de Macky Sall et notre parti Yakaar. Nous pensons que cela a été réglé. Les Sénégalais savent maintenant qu’il y a un parti qui s’appelle Apr et un autre qui se nomme Yakaar. En plus, les gens connaissent maintenant Mor Dieng. Nous avons aussi beaucoup appris par rapport aux forces et faiblesses de notre parti. En ce qui concerne les faiblesses, nous sommes un parti qui n’a jamais participé à l’exercice du pouvoir ni en tant que maire, député ou ministre.

`Par rapport aussi à notre position, il y a eu satisfaction parce qu’à part Wade, tous les autres candidats (Macky Sall, Niasse, Idrissa Seck, Ndlr) qui sont arrivés avant nous sont des anciens Premiers ministres. Et le quatrième a été ministre sous Abdou Diouf (Ousmane Tanor Dieng, Ndlr). Les autres, Dièye, Fall et Gadio ont tous occupé des postes de responsabilité. Nous venons tous derrière ces gens et nous avons devancé des fortes personnalités. Pour une première expérience, c’est encourageant. C’est ce qu’on pourrait tirer comme enseignements au premier tour.

Au second tour de cette élection, comme tous les autres candidats, nous avons fait une alliance avec Macky Sall. Et comme vous le savez, au début, il y a certains candidats qui n’ont pas bénéficié d’un appui de la presse. Par exemple, on ne m’a jamais invité à certaines émissions et certains débats. Et pourtant, il y a certains qui ont déclaré leur candidature et qui n’ont jamais été candidats et qui ont pourtant été invités. Et là aussi, on n’a pas compris du tout les critères d’analyse et de choix de ces médias. Nous sommes un parti organisé qui a des permanences à Guédiawaye et à Mbacké, qui paie l’eau, l’électricité. Mais à notre grande surprise, il y avait des gens qui n’avaient ni local ni adresse et qui étaient toujours au niveau des médias. D’autres nous ont également fait mauvaise presse en disant que nous étions financés par Wade.

Justement, est-ce que cet état de fait ne vous a pas pénalisé ?

Bien, sûr, ça nous a beaucoup pénalisé. Mais quel que soit le mensonge, la vérité finit toujours par triompher. D’autres ont fait de l’intox et on a appris que cela venait de certains concurrents. Mais étant donné que nous n’avons aucune preuve, ce qui est important c’est la finalité. Et si nous voulions être avec Wade on l’aurait assumer parce que tous ces gens qui ont participé à la compétition sont d’anciens collaborateurs de Wade. Et si on devait se poser des questions par rapport à l’origine des ressources, ces questions devraient être posées à ceux qui étaient dans le système. Nous avons été toujours dans le privé. On se bat pour développer nos activités et c’est avec ça que nous vivons et que nous faisons fonctionner nos partis.

Si certains sénégalais ont cru que Wade avaient financé certains candidats, c’est par rapport à la caution de 65 millions qui n’était pas à la portée de n’importe qui.

Je travaille depuis 1980. En 1991 déjà, j’étais chef comptable à la Sonatel. J’ai occupé d’importants postes financiers, directeur financier, etc. Je suis expert-comptable de métier. Les experts-comptables sont là, vous voyez un immeuble en ville, on vous dit qu’il appartient à un expert-comptable. Des experts-comptables pauvres, j’en ne connais pas. Comme des médecins et des notaires pauvres également. C’est une question de choix. Ceux qui devaient justifier l’origine de leurs ressources ce sont ces candidats qui n’ont travaillé que dans l’administration. Les travailleurs de la Sonatel en dehors de la privatisation étaient des actionnaires. Même ceux qui avaient 500 actions, si une action coûte maintenant sur le marché 150 mille c’est 75 millions. Ensuite, certains dans le parti sont prêts à donner 200 000, d’autres 500 mille francs pour payer une caution. Donc 130 personnes, à raison de 500 000 chacune, peuvent donner une caution de 65 millions.

C’est ce que vous avez fait ?

Je ne dis pas le montage qu’on a fait. Aujourd’hui par exemple, nous sommes en 2012,  des gens qui veulent aller aux élections en 2017, dans cinq ans, 130 personnes peuvent cotiser 100 000  francs par an. Mais l’essentiel c’est de savoir où l’on va et comment y aller et s’organiser en conséquence. Dès fois quand j’entends des gens parler de 65 millions je rigole. Une élection présidentielle dépasse cette somme. Il y a les véhicules, le carburant, la communication, la restauration. Il y a également avant, pendant et après la campagne. Nous avons dépensé plus de 300 millions de francs. Les gens se focalisent sur la caution.

Si vous aviez à analyser votre score, qu’est ce qui n’a pas fonctionné ?

D’abord on n a pas été bien connu. Deuxièmement, la politique n’est pas une course de vitesse. Le président Senghor n’avait pas des moyens importants, mais il a gagné le président Lamine Guèye parce qu’il avait une stratégie : faire le tour du pays, aller dans les localités, village après village et dans les coins les plus reculés. Et c’est ce que Macky Sall a fait à partir de 2009. Nous ne l’avons pas fait. Si je prends par exemple le cas du département de Mbacké, j’étais juste dix jours dans cette ville et j’ai été sanctionné. Mes parents m’ont reproché de n’être pas venu les voir. Ils considèrent que je n’ai pas de respect pour eux. Celui qui veut être élu doit aller à la rencontre des gens. C’est très simple. C’est pourquoi, j’étais beaucoup plus présent au second tour. Je ne vais pas réclamer la victoire de la coalition Benno Bokk Yaakaar à Mbacké, mais j’ai rencontré des gens et le taux de participation a été amélioré.

Le résultat de la coalition Benno Bokk Yaakaar a été aussi amélioré par rapport au résultat de l’ensemble au premier tour. C’est une question de présence sur le terrain. Et la préparation se fait dans le temps et dans l’espace. Ce n’est pas une question de 21 jours, et nous avons tiré les leçons. Nous avons aussi noté que parmi les 12 000 personnes qui ont voté pour nous, beaucoup d’entre eux ne nous connaissent pas. C’est la raison pour laquelle c’est une satisfaction pour nous. Si vous faites une analyse des élections présidentielles passées, vous verrez qu’il y a des gens qui étaient beaucoup mieux connus que nous et qui n’ont pas enregistré de meilleurs résultats que notre parti. Et nous pensons que Yakaar est un parti d’avenir.

Propos recueillis par Georges Nesta DIOP

 

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