Initialement prévue hier, la rencontre des avocats de Mme Viviane Wade avec les journalistes a été annulée. Le bâtonnier de l’Ordre des avocats est passé par là. Me Alioune Badara Fall interdit à ses confrères toutes sorties médiatiques concernant des affaires pendantes en justice.
La conférence de presse du collectif des avocats de Mme Viviane Wade (Mes François Sarr, Issa Diop et autres), prévues hier, n’a finalement pas eu lieu. Le face-à-face des conseils de l’ex-Première dame du Sénégal avec les journalistes a été annulée suite à une interdiction du bâtonnier de l’Ordre des avocats. Du moins, c’est l’explication que le porte-parole du cabinet de Me Abdoulaye Wade, Serigne Mbacké Ndiaye, a donnée pour justifier cette annulation. «Le bâtonnier de l’Ordre des avocats a interdit la tenue de cette rencontre. Il semble que l’Ordre des avocats ne permet pas à ses membres de parler d’un dossier pendant devant la justice». Il a ensuite refusé de répondre aux questions des journalistes «parce qu’il ne devait que rapporter ce que les avocats lui ont dit». Serigne Mbacké Ndiaye a tout de même annoncé que le collectif va trouver «une autre forme de communication» pour informer les Sénégalais sur les accusations portées sur Mme Viviane Wade.
En effet, cette interdiction de la conférence de presse des avocats de Mme Viviane Wade entre dans le cadre de la fameuse circulaire du bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Alioune Badara Fall, adressée à l’ensemble des cabinets d’avocats. Il avait alors fait montre de sa volonté de mettre fin aux récurrentes sorties médiatiques de certains de ses confrères, sans respect de l’éthique et de la déontologie qui régissent la profession. «Depuis quelque temps, des sorties médiatiques de certains confrères dans les médias entachent sérieusement la dignité de l’avocat et l’honorabilité de cette profession. A tous les confrères, je rappelle que toute forme de communication publique, sur des affaires en cours, leur est formellement interdite, sauf autorisation préalable du Bâtonnier (article 20 du règlement intérieur)».
L’Ordre des avocats fait obligation à ses membres de solliciter l’autorisation pour faire des déclarations dans la presse, en ce qui concerne les autres sujets : «Une telle communication ne pouvant avoir qu’un caractère exceptionnel, le cas échéant, l’avocat habilité à en user doit se conformer aux observations, mises en garde ou injonctions de son Bâtonnier. A l’occasion, lorsqu’il s’exprime sur des questions générales en rapport avec son activité professionnelle, l’avocat doit faire preuve d’une délicatesse et d’une vigilance particulières». Tout avocat qui tenterait d’outrepasser cette décision du Bâtonnier s’expose, du coup, à des sanctions. «J’attire l’attention de tous les confrères sur l’impérieuse obligation de respect de nos règles de déontologie et les informe de ma ferme décision de faire suivre l’application des sanctions prévues en cas de violation», note le bâtonnier dans sa circulaire.
Certains avocats avaient mal perçu cette donne qu’ils qualifiaient de «coup d’épée dans l’eau». Réagissant par rapport à cette nouvelle mesure imposée aux membres du Barreau, les robes noires estimaient que l’interdiction de sortie médiatique doit être dirigée, en premier, aux ténors du Barreau qui s’adonnent à cette pratique depuis des décennies. Ils soutenaient, en outre, que si les dossiers auxquels ils sont appelés à diligenter exigent une sortie médiatique, rien ne les empêchera de le faire, comme cela est de tradition au sein de leur corporation.
Yacine CISSE & Papa NDIAYE