Un des acteurs majeurs de la manifestation du 23 juin à la Place Soweto, Abdou Aziz Diop nous retrace les différentes péripéties qui ont conduit au rassemblement devant l’Assemblée nationale pour empêcher le vote du projet de loi instituant le ticket à l’élection présidentielle.
Tout est parti le 16 juin 2011 quand le président Abdoulaye Wade avait fini, tard le soir, de concocter son projet de loi instituant le ticket président-vice-président pouvant être élu dès le premier tour du scrutin avec seulement 25 % des suffrages exprimés. «Lorsque Alioune Tine, le président de la Raddho, a été informé de l’intention du président de la République, Abdoulaye Wade, il a écourté son voyage à Genève et est rentré immédiatement sur Dakar», se souvient Abdou Aziz Diop. Le 17 juin Alioune Tine convoque au siège de son organisation quelques-uns de ses amis et des personnalités de la société civile très engagées dans le combat pour la défense des droits de l’Homme et pour la démocratie dont en particuliers l’avocat et président de la Ligue sénégalaise des droits de l’Homme Assane Dioma Ndiaye.
Cette réunion restreinte à une dizaine voire une douzaine de personnalités s’est transformée en une conférence de presse, se remémore le politologue, ajoutant que tous les participants à cette rencontre restreinte estimaient que le président Wade venait de déclarer la guerre au peuple souverain. Et que les Sénégalais n’avaient d’autre choix que de faire la guerre pour défendre la démocratie en défendant la Constitution. Maintenant, du 17 jusqu’au 22 juin, date à laquelle il y a eu cette grande assemblée générale constitutive du Mouvement du 23 juin à la salle Daniel Brothier non loin de la Place de l’Indépendance, le rappel des troupes s’est accentué. De sorte que le 22 la salle Daniel Brothier a refusé du monde, selon le politologue qui souligne que l’organisation de cette grande réunion qui s’est transformée en une assemblée générale a failli capoter.
En effet, d’après lui, c’est parce que la tournure que certains ont voulu donner à la rencontre en prononçant des discours structurés n’a pas plu à tout le monde. Mais, tout est rentré dans l’ordre lorsque Alioune Tine a pris la parole. «En effet, il a posé trois questions aux participants. Souhaitez-vous que cette réunion se transforme en assemblée générale constitutive du mouvement du 23 juin ? La salle a répondu positivement. Seconde question posée par Tine : Etes-vous pour ou contre le projet de loi instituant le ticket présidentiel ? Naturellement, la salle a manifesté son opposition. Et dernière question : êtes-vous prêts à manifester demain à la Place Soweto, devant les grilles de l’Assemblée nationale, pour empêcher que les députés adoptent ce projet de loi ? Là également, tous ont manifesté leur désir à manifester pour arrêter cette fois-ci le président Abdoulaye Wade», rappelle Abdou Aziz Diop.
De sorte que le lendemain, 23 juin, ils n’ont éprouvé aucune difficulté Place Soweto à massifier autour de l’idée que ce projet de loi ne pouvait pas passer. A l’en croire, si le projet passait beaucoup de Sénégalais seraient délestés de leur souveraineté. C’est pourquoi, dit-il, tout le monde s’est retrouvé à la Place Soweto. «Car les Sénégalais étaient déterminés à faire respecter la Constitution et la forme républicaine de l’Etat», conclut Abdou Aziz Diop.
Charles Gaïky DIENE