A une journée du scrutin, la situation dans l’espace politique thiessois est marquée par deux tendances très fortes. Les listes des deux coalitions Benno Bokk Yakaar et Bokk Gis Gis se positionnent en favorites et ce malgré la présence effective sur le terrain de plusieurs listes concurrentes comme celles du Pds et Bess du Nakk. Lesquelles n’entendent pas jouer les seconds rôles et sont loin d’avoir dit leur dernier mot. Toutefois et pour l’heure, les observateurs de la scène politique restent encore partagés sur les forces réelles et les faiblesses des dites premières listes.
(Correspondance) - Les deux listes Bokk Yakaar et Bokk Gis Gis présentent chacune des atouts réels mais traînent aussi des insuffisances et/ou des tares qui leur collent sur la peau au risque de peser lourdement sur la balance. La liste de la coalition Benno Bokk Yakaar semble, de prime abord, la mieux placée pour rafler la mise au niveau départemental. Une position que lui confère son adossement au parti au pouvoir mais aussi le fait qu’elle soit portée par le parti Rewmi, principale force politique du département de Thiès. Lequel parti a, depuis 2004 régné, de façon hégémonique, dans la localité y battant à plate couture, à chaque élection, tous ses adversaires. Aussi une liste conduite par des investis appartenant à une telle formation politique et soutenue par le parti au pouvoir peut, à juste titre, sembler disposer davantage certains par rapport à ses adversaires.
Mais, une lecture attentive de cette liste peut aussi amener à se poser la question de savoir si la coalition Benno Bokk Yakaar n’a pas péché dans ses investitures à Thiès. Garmy Fall et Mamadou Faye Dialang respectivement dans la commune et dans le département et secondés par le responsable des jeunes de l’Apr, Abdou Mbow. Choix ne pouvait-il pas être plus judicieux ? Idrissa Seck ne pouvait-il pas être investi ne serait-ce qu’à la dernière position de la liste nationale. Une investiture qui pouvait lui permettre de tirer à la remorque ses camarades de la liste départementale en leur faisant bénéficier de son aura qui, quoi qu’on dise, reste encore intacte dans la cité du rail. Une autre question non moins importante soulevée par certains observateurs est celle de savoir si la donne à Thiessoise qui prévalait jusqu’à la dernière présidentielle n’a pas changé avec la chute de Wade et son régime. Ce d’autant plus que la lutte qui l’opposait au dit président sortant et qui lui valait, à lui Idrissa Seck, l’adhésion, l’élan de sympathie, l’accompagnement et l’appui des Thiessois a connu son terme avec la chute du régime libéral et de son président.
La coalition Bokk Gis Gis a, quant à elle, l’avantage de présenter au niveau départemental une liste avec des investis au leadership avéré. Abdou Fall dans la commune de Thiès, Diya Bâ conseillère rurale à Touba Toul dans le département et Ndeye Mané Diop de Khombole, l’ancien parlementaire Abdoulaye Dramé, et le maire Kayar Lamine Dramé sur la liste nationale. Lesquels battent campagne en équipe avec un discours jugé porteur parce qu’en phase avec la dynamique de rupture enclenchée dans le pays depuis le mois de mars dernier. A cet avantage vient s’ajouter le fait que la coalition Bokk Gis Gis a fini de rallier à sa cause l’essentiel de ce qui constituait la force du parti démocratique à Thiès. Une force qui avait permis au Pds de ravir la vedette au Rewmi dans le département de Thiès lors des dernières élections locales en remportant la presque totalité des communautés rurales en plus des trois communes rurales de Pout, Kayar et Khombole. Et n’eut été le fort poids électoral de la commune de Thiès, l’édile de la cité du rail allait à l’occasion perdre la face.
Tous ces atouts butent cependant sur la question de savoir si le casque ne sent toujours pas le hareng. Car, en effet, tous ces leaders investis sur la liste sont des libéraux de pure souche qui, à l’exception d’Abdou Fall qui a quitté la barque avant le naufrage, ont bu la coupe libérale jusqu’à la lie et ont tous été l’objet de la «sanction-rejet» exprimée par la population lors de la dernière présidentielle. Lequel état de fait pourrait ainsi représenter un désavantage à ladite liste. Aussi, compte tenu de tous ces avantages et insuffisances relevés de part et d’autre des dites forces en présence, la sagesse voudrait qu’on ne se fie qu’au verdict des urnes pour savoir laquelle de ces listes va faire pencher le cœur des Thiessois vers elle pour porter leurs préoccupations au sein de l’hémicycle pendant les cinq prochaines années.
Sidy DIENG