Parce que nul ne peut être à l’abri de poursuites, Souleymane Ndèné Ndiaye se dit prêt à voter pour la levée de son immunité ou de celui de ses collègues, si le gouvernement venait à enclencher des poursuites. Entretien avec l’ancien Premier ministre que nous avons accroché, hier, à l’hémicycle.
Wal Fadjri : Quelle a été votre réaction en apprenant le vote lors de l’installation du bureau de l’Assemblée d’une militante de Benno Bokk Yakaar qui n’était pas élue ?
Souleymane Ndéné NDIAYE : C’est un fait insolite. Et nous sommes en train de réfléchir pour savoir réellement si tous les actes issus de ce vote du bureau de l’Assemblée nationale sont conformes à la loi. Ou s’ils (ces actes) pourraient donner lieu à une sanction. En tout cas, j’ai été trop surpris d’apprendre qu’une personne, qui n’est pas député, a pu s’infiltrer et participer au vote.
Que comptez-vous faire à ce propos ? Pensez-vous déposer un recours devant les autorités compétentes ?
On ne s’est pas encore concerté sur la question au sein de notre groupe parlementaire. Mais un recours doit obéir à des principes et à un délai. Il ne s’agit pas simplement d’avoir raison en droit. Il s’agit également de passer par les procédures prévues par la loi.
L’élection à l’Assemblée nationale de certains pontes de l’ancien régime n’est-elle pas aussi un moyen d’échapper à des poursuites judiciaires enclenchées dans le cadre des audits ?
Un député bénéficie d’une immunité parlementaire. Mais s’il arrivait, par exemple, que des poursuites soient engagées contre moi, une demande de levée de mon immunité parlementaire sera posée sur la table de l’Assemblée nationale. Et en ce moment, je voterai ce projet, car nul ne peut être à l’abri de poursuites. Alors ceux qui pensent que nous sommes là (Assemblée nationale : Ndlr) pour nous réfugier, se trompent. Si ce gouvernement trouvait demain ou après demain, de la matière pour enclencher des poursuites, contre moi-même ou un de mes collègues, je voterais pour la levée de mon ou de son immunité parlementaire.
Comment avez-vous (groupe parlementaire libéraux et démocrates, ndlr) décroché la commission Sécurité et Défense ?
A l’issue des élections législatives du 1er juillet, notre parti a eu 12 députés. Au terme de la loi, un groupe de 10 députés peut construire un groupe parlementaire. Nous en avions eu 12, donc nous étions en droit de constituer un groupe parlementaire. Pour déterminer la commission dont dispose notre groupe, il fallait prendre le nombre total de députés (150) et le diviser par les onze commissions. Le quotient trouvé permettait à notre groupe de disposer autant de commissions. Il se trouve que le chiffre 12 se rapprochait d’une seule commission que de plusieurs commissions. C’est ainsi que nous tenons de la loi de la possibilité de disposer d’une commission à l’Assemblée nationale. Mais, c’est le groupe de la majorité qui nous a affecté la commission Sécurité et Défense. Parce que dans la pratique, l’opposition disposait d’une commission qui concernait la commission de contrôle qui est un peu anodine et ne travaille pas beaucoup. Pour cette législature, c’est la commission Défense et Sécurité qui a été affectée à l’opposition. Nous avons ainsi choisi notre sœur Aïda Mbodj pour la diriger. Elle aura comme vice-président, notre frère Mamadou Cissé.
Aussi après les concertations issues de la rencontre entre le Président de notre groupe parlementaire et celle de la coalition de la majorité, il est ressorti que les 12 députés de notre groupe pouvaient participer au fonctionnement de toutes les commissions à raison de deux commissions pour chaque député. Nous nous sommes ainsi répartis dans les onze commissions. Par exemple, moi je suis membre de la commission des Lois et des Affaires étrangères. Mes autres collègues sont également membres dans d’autres commissions.
Comment comptez-vous conduire la commission Défense et Sécurité qui vous a été attribuée ?
Il ne faut pas se tromper sur le rôle qui est le nôtre à l’Assemblée nationale. Il n’appartient pas aux députés de définir les stratégies de défense ou de sécurité de la République. Ce travail incombe au gouvernement. Mais, les problèmes d’insécurité ou de défense du Sénégal peuvent être posés au gouvernement qui décide. Lorsqu’un député constate quelque part sur l’étendue du territoire national des failles dans la sécurité des personnes et des biens, ce député aura donc la latitude d’exposer ses préoccupations à la tribune de l’Assemblée nationale. Mais, lorsqu’il s’agit de l’ouverture d’une brigade de gendarmerie ou de police, il n’appartient pas à l’Assemblée nationale d’en décider. Il appartient au contraire au gouvernement de donner la réponse adéquate. Dans la saisine des députés, le gouvernement peut être amené à agir pour renforcer la défense du territoire ou la sécurité de nos compatriotes. Nous jouerons notre rôle, nous nous battrons et ferons tout pour mériter la confiance des Sénégalais.
Propos recueillis par Magib GAYE