Hormis les quotidiens du jour qui en font leurs choux gras, le transfèrement de l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, à la Cour pénale internationale, mercredi, est sans commentaire dans la rue. Les Ivoiriens gardent le silence sur ce dossier.
(Envoyée spéciale à Abidjan) - Le sujet est presque tabou dans la rue. C’est à peine s’ils vous répondent, si vous leur demandez leurs avis sur le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale (Cpi) de la Haye. Les Abidjanais préfèrent se taire et changer de sujet dès qu’on aborde une telle question. Mais, l’information les intéresse à plus d’un titre. Car au Forum par exemple, un maquis situé non loin de la Tour E en plein cœur du Plateau, les populations s’attardent devant les kiosques des journaux pour s’informer sur l’actualité. La presse nationale dans sa majorité, Fraternité matin, Le Patriote, L’Inter, etc., a titré sur le transfèrement de l’ancien président ivoirien. La livraison de Le Patriote ironise en montrant la prison de Gbagbo : ‘Une cellule Vip de 15 mètres carrés avec Internet et téléphone’, titre le quotidien pro Ouattara.
Tous craignent un retour des événements postélectoraux dont les stigmates restent visibles sur les mûrs d’immeubles brûlés, où au niveau de ces vitres en pleine rénovation. Le décor est aussi marqué par la présence de nombreux agents de sécurité dans la ville.
Pour cet étudiant en réalisation qui préfère garder l’anonymat, ‘le silence s’explique par le fait que les gens sont fatigués des politiques’. Selon lui, les Ivoiriens taisent leurs avis parce qu’ils sont convaincus que rien ne peut changer. ‘Tant que Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara sont ensemble, la paix est possible et rien ne peut se passer’, soutient N’dri, comédien. Pour lui, les pro Gbagbo étant dispersés un peu partout, il est difficile de rassembler les gens. Il estime que ‘la paix n’est pas menacée’.
Ce qui est sûr pour les Ivoiriens rencontrés au Plateau dans les Tours E et C, le transfèrement de l’ancien président à la Cpi risque d’avoir des conséquences sur les prochaines élections législatives prévues le 11 décembre prochain. Pour ce journaliste Alex Raymond, ‘ce fait plombe la concorde nationale et le processus de réconciliation’. Le Front populaire ivoirien se déclare non partant aux prochaines élections ; et même les candidats libres qui avaient pris le contre-pied du parti se sont désistés.
Fatou K. SENE