PACTE DE STABILITE SOCIALE : Une «utopie», selon les inspecteurs du travail

on .

Le monde du travail fait face à de nombreux défis qui freinent l’émergence économique du pays dans un climat social apaisé. En marge d’un atelier axé sur la feuille de route sociale, le secrétaire général du syndicat des inspecteurs et contrôleurs du travail a fustigé le traitement fait par le gouvernement à l’administration du travail. 

Le Sénégal est en passe d’adopter une feuille de route sociale dans les années à venir. La matérialisation d’un tel objectif permettra  de faire face  aux multiples défis qui touchent l’entreprise, le monde du travail, la compétitivité et la cohésion sociale. Toutefois, des inspecteurs et contrôleurs du travail estiment qu’il y a des préalables afin que cette mesure soit effective. Ils étaient hier en atelier restreint tripartite de finalisation de la feuille de route sociale et de validation du plan d’action du pacte national de stabilité sociale et d’émergence économique ouvert à Saly.

 

Pour ces inspecteurs, le renforcement de l’administration du travail constitue une priorité. «Il est impensable de vouloir mettre en route le pacte de stabilité sociale si on n’a pas une administration du travail forte. Il faut renforcer  l’administration  sur le plan de la logistique et des moyens financiers», a laissé entendre Mansour Fall, secrétaire général du syndicat des inspecteurs et contrôleurs du travail  de la sécurité sociale.

Pour ces inspecteurs du travail, c’est un paradoxe de voir mettre de l’argent pour former les inspecteurs et contrôleurs et ne pas mettre de mécanismes pour les retenir. «Il est illusoire de vouloir mettre les gens dans le pacte de stabilité sociale s’il n’y a pas un travail décent c'est-à-dire un salaire conforme à la législation, une protection sociale au niveau des entreprises», indique Fall. Pour cet inspecteur du travail, pour l’effectivité du pacte national de stabilité sociale, il faut aller au-delà des effets d’annonce. Selon lui, il faut faire de l’action la sœur du rêve. «Il est clair que lorsqu’on a de l’ambition, il y a des préalables. La volonté ne suffit pas. On est en train de rêver avec le pacte de stabilité sociale, mais le rêve doit être le levier de l’action comme le disait Lénine», font savoir les participants à l’atelier. Prenant l’exemple de l’inspection de travail de Dakar où si l’on doit contrôler plus de six mille entreprises, ni les moyens humains ni de locomotion ne sont insuffisants. «A chaque fois, on enregistre des départs de collègues qui nous quittent faute de moyens et de traitement salarial adéquat. Nous nous considérons comme des soldats de la paix sociale. Un soldat on ne peut lui demander d’aller en guerre contre un fléau sans lui donner les armes nécessaires», a ajouté M. Fall.

Le ministre du Travail, du Dialogue social, des Organisations professionnelles et des Relations avec les Institutions Mansour Sy, pour sa part a reconnu que de meilleures perspectives impliquent un renforcement des missions et moyens des services d’intervention de l’administration du travail. «La situation du dialogue social au Sénégal est une préoccupation permanente de tous les acteurs sociaux. Faire donc son état des lieux et en dresser ses meilleures perspectives consiste à revisiter dans son ensemble le socle ou le fondement qui sous-tend toutes les relations professionnelles dans notre pays. C’est cet exercice que vous serez amenés à faire durant vos trois jours de travaux », a souligné Mansour Sy.

 «Nous avons pensé utile qu’après avoir signé le pacte national de stabilité sociale et d’émergence économique de l’adosser à un plan d’action structuré autour de seize mesures et trente-huit objectifs spécifiques sur lesquels nous aurons à travailler durant ces trois jours», indique le représentant du secteur privé, Aristide Tino Adediran. Selon lui, la participation à cet exercice va redonner confiance à l’ensemble des acteurs particulièrement ceux du secteur privé.

Alassane DIALLO