Le 6 mai prochain, c'est François Hollande et Nicolas Sarkozy qui s'affronteront au second tour de la présidentielle française. Marine Le Pen s'est arrogée la troisième place, créant, du coup, la surprise de ce premier tour.
(Correspondant permanent à Paris) - Le second tour de l'élection présidentielle du 6 mai prochain opposera François Hollande à Nicolas Sarkozy. Le candidat socialiste, comme prévu par les sondages, arrive en tête avec un peu plus de 28 %, suivi de Nicolas Sarkozy, 26 %. C'est la première fois, depuis le début de la Cinquième République, qu'un président sortant n'occupe pas la première place au premier tour de la présidentielle française. Ce n'est pas une surprise d'autant que les Français attendaient ces résultats. Depuis le démarrage de la pré-campagne et de la campagne, le socialiste a été toujours désigné comme favori du premier tour. Nicolas Sarkozy occupait la deuxième place.
Le candidat de l'Ump a fait une campagne électorale parfois violente. A l'image de celle de Abdoulaye Wade, Sarkozy a été populiste, arrogant dans ses propos et vantard à souhait. A cela, Sarkozy a dit, comme Abdoulaye Wade, qu'il y aurait le chaos s'il n'est pas élu. Que la France serait la Grèce si c'est le candidat socialiste qui gagnait les élections. A ce propos, François Hollande a raillé le candidat de la droite républicaine française. D'abord le socialiste s'est attaqué au bilan de Nicolas Sarkozy, qu'il a présenté comme «catastrophique». Quand Sarkozy a commencé à rendre public son programme en énonçant une mesure par jour, alors le socialiste a déjà fait état de 60 mesures qu'il allait appliquer s'il est élu. Hollande a qualifié son principal rival de «candidat pochette-surprise».
Sarkozy comme Wade
Comme si cela ne suffisait pas, aux cris de détresse de Sarkozy qui demandait qu'on l'aidât, Hollande a répliqué : «Il vous a demandé de l'aider ? Aidez-le, aidez-le à partir.» A la suite, Sarkozy parla de «vague» pour indiquer que sa campagne est en train de prendre une autre allure. Mais là aussi la réplique fut cinglante : «Sarkozy dit sentir la vague. La vague arrive ; elle monte ; Il va la prendre de face.» Et le président sortant semble avoir pris de face la vague du premier tour. Il doit compter certainement sur Marine Le Pen qui a récolté un peu moins de 20 % des résultats. Un coup de tonnerre quand on sait que c'est le meilleur score depuis la création de Front national.
Ce résultat est une surprise parce qu'on attendait Mélenchon à cette place du fait de sa bonne campagne électorale. En tout cas, le Front national se positionne comme la troisième force politique de la France sur laquelle il faudra compter désormais. Mais, ce n'est pas une surprise parce que lors d'un sondage de Tns Sofres réalisé pour Le Monde, Canal+ et France Info et publié jeudi 12 janvier 2012, «31 % des personnes interrogées se disent +d'accord avec les idées+ du parti d'extrême droite contre 22 % en janvier 2011». Ce qui montre, au moins, la progression des idées du Front national au sein de l'opinion française. De là à franchir le pas en disant que les Français deviennent de plus en plus racistes, c'est un pas que les observateurs et les analystes politiques n'ont pas franchi. Mais qui s'est révélé dans cette élection du premier tour.
La France raciste ?
Si Nicolas Sarkozy refuse de faire appel explicitement aux électeurs de Marine Le Pen, il ne les exclut pas non plus puisqu'il dit s'adresser à toute la France. Tout le contraire de la Gauche française. Devant des milliers de ses partisans réunis place Stalingrad, à Paris, Jean-Luc Mélenchon a appelé à «faire battre Sarkozy au second tour». Les écologistes ne sont pas en reste. Leur candidate, Mme Eva Joly, estime que le score du Front national, qui est crédité de près de 18,5 %, est une «tache indélébile sur les valeurs de notre démocratie, une menace pour notre République».
Du côté de François Bayrou qui se retrouve à la cinquième place avec 8,8 % alors qu'il était troisième en 2007, c'est l'expectative. «L'inquiétude que nous pouvions ressentir, sur la situation du pays, est ce soir brûlante. L'extrême droite a 20 % en France, c'est la gravité de la crise étalée devant tous les yeux : crise du chômage, crise économique, crise sociale, crise morale», a analysé François Bayrou lors de son intervention après la publication des résultats estimés. Il admet que ce score est «en dessous des attentes» et promet de prendre ses «responsabilités» après avoir écouté les deux candidats. Pour lui, il faut «construire d'urgence une force d'équilibre au centre qui résiste aux extrêmes et aux démagogies».
Dans tous les cas, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont entamé déjà la campagne du second tour. Le candidat de droite propose trois débats alors que celui des socialistes s'en tient au débat traditionnel organisé à chaque présidentielle. Si rien n'est joué entre les deux candidats, Nicolas Sarkozy ne pense plus, tous les matins en se rasant, être réélu aussi facilement, comme il l'avait dit à Alain Duhamel durant la précampagne de 2007.
Moustapha BARRY