La période de transition d’après coup d’Etat est en marche en Guinée-Bissau. Au Mali, elle est dans l’impasse vu que la junte ne veut pas du renouvellement du bail avec le gouvernement par intérim.
La durée de la transition et la personne qui doit la présider placent le Mali dans un dilemme. Hier, au cours d’une conférence de presse à Bamako, le chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo, a confirmé l’échec de la médiation de la Cedeao. Il a proposé l’organisation d’une convention nationale pour désigner la personne qui dirigera le Mali jusqu'à la tenue prochaine d'élections. «C’est une solution à la malienne», a-t-il déclaré. Tout en précisant que la convention serait dirigée par l'actuel président par intérim, Dioncounda Traoré, dont le mandat prend fin le 22 mai.
Mais, cette sortie de crise du capitaine Sanogo ne rencontre pas l’assentiment de l’organisation sous-régionale d’intégration. «La Commission de la Cedeao suit de près la situation et ne tolérera pas que certains groupes ou individus prennent la transition en otage», a fait savoir l’organisation sous-régionale dans un communiqué (Voir par ailleurs). La Cedeao a, par ailleurs, menacé hier, d’imposer de nouveau des sanctions aux putschistes maliens et à leurs alliés civils. Elle les accuse d’empêcher le bon déroulement de la transition. Un processus qui doit déboucher sur le retour d’un pouvoir civil.
Le nom du futur président intérimaire constitue la pomme de discorde entre la Cedeao et le Comité national pour la restauration de la démocratie et le redressement de l’Etat (Cnrdre). L’ex-junte souhaite voir son leader, le capitane Sanogo, succéder à l’actuel président par intérim, Dioncounda Traoré. L’ancien président de l’Assemblée nationale du Mali est présenté comme le favori de la Cedeao. L’absence de consensus autour de la question a provoqué le départ des médiateurs ouest-africains présents à Bamako depuis mardi dernier. Le ministre ivoirien de l'Intégration africaine Adama Bictogo et celui des Affaires étrangères du Faso, Djibril Bassolé, ont quitté la capitale malienne samedi dernier.
Si l’armée malienne traîne le pas pour une sortie de crise, ce n’est pas le cas pour son homologue bissau-guinéenne. A Bissau, les militaires et la Cedeao se sont entendus vendredi dernier, pour que le président de l’Assemblée nationale, Manuel Serifo Nhamadjo, dirige la transition pour un an. Autre avancée significative de la transition à Bissau, l’armée a donné son accord pour le déploiement de la force ouest-africaine. Avec pour mission d’assurer la sécurité de la transition et de garantir le retrait de la mission angolaise (Missang), à l’origine du coup d’Etat du 12 avril dernier.
Les chefs d’Etat-major d'Afrique de la Cedeao se sont d’ailleurs retrouvés à Abuja (Nigeria) pour envisager les modalités de déploiement de troupes en Guinée-Bissau et au Mali. Si l’acte ne pose aucun problème à Bissau, ce n’est pas le cas au Mali. Selon l’Agence France presse (Afp), le Nigeria a décidé d’envoyer, d'ici vendredi prochain, les troupes en Guinée-Bissau. La Cedeao compte déployer une force de 500 à 600 hommes en Guinée-Bissau. Par contre, à Bamako, la junte s’est opposée vigoureusement à la venue d’une telle force.
Donald NDEBEKA
SITUATION DE BLOCAGE AU MALI : La Cedeao menace la junte et ses alliés de nouvelles sanctions
La Commission de la Cedeao observe, avec une profonde préoccupation, les actions inquiétantes des membres du Comité national pour la restauration de la démocratie et le redressement de l’Etat (Cnrdre), ex-junte au Mali et de leurs associés civils ces derniers jours. Des actions qui tendent visiblement à interrompre la transition politique et à déstabiliser davantage la situation au Mali.
Dans un communiqué parvenu à la rédaction de Wal Fadjri, la Cedeao signale «qu’au moment où le nord du pays est encore occupé par les rebelles, le refus persistant du capitaine Amadou Sanago et de la junte de concentrer leurs efforts sur le rétablissement de l’intégrité territoriale de la Nation et de leur interférence continue dans la transition, en particulier leur tentative de marginaliser le gouvernement de transition, sont extrêmement regrettables.»
La Commission condamne fermement ces actes qui vont à l’encontre des dispositions de la constitution du Mali, ainsi que de «l’engagement solennel» pris par le Cnrdre le 1e avril 2012, et de «l’accord cadre» du 6 avril. Ils témoignent également du non-respect des décisions prises par les chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao sur le Mali depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012.
La Commission de la Cedeao suit de très près la situation et ne permettra à quiconque (individus ou groupes) de prendre la transition en otage. Elle prévient encore une fois que si «le Cnrdre et ses alliés civils ne réaffirment pas clairement, au cours des prochains jours, leur engagement envers la transition et ne s’y abstiennent de toute ingérence future, ils s’exposeront au rétablissement immédiat des sanctions ciblées qui avaient été prises à leur encontre par la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement le 2 avril 2012, mais levées après la signature de l’accord cadre du 6 avril.» La Commission de la Cedeao collabore étroitement avec l’Union africaine sur cette question.
Enfin, la Cedeao réitère «son engagement ferme pour le rétablissement rapide de l’unité et de l’intégrité territoriale du Mali.» A cet égard, la Commission se dit prête, dès qu’une demande formelle sera faite par le gouvernement, à déployer la force en attente de la Cedeao. Ce, afin de protéger les couloirs humanitaires et d’apporter une assistance aux efforts de rétablissement de l’intégrité territoriale du Mali.
D. NDEBEKA & C.h. G. DIENE