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Le cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambéty fait l’objet d’une rétrospective à l’Institut français Léopold Sédar Senghor de Dakar. Depuis longtemps considéré par ses pairs comme l’un des plus grands cinéastes africains, le réalisateur de Touki bouki (1973) et de La Petite vendeuse de soleil (1999) s’offre à cette occasion une reconnaissance posthume auprès du grand public.
Djibril Diop Mambéty aimait à dire qu’il était griot, un simple dépositaire de la tradition orale, un conteur mystique. Certainement, il le fut. Mais ses pairs s’accordent également à dire qu’il fut aussi un poète, un humaniste et, surtout, un immense génie. Les plus grands cinéastes reconnaissent l’influence qu’a eue Mambéty sur le cinéma. Le légendaire cinéaste allemand Werner Herzog le décrivait notamment comme ayant eu «une influence décisive sur l’ensemble du 7e art de tous les continents». Pourtant Djibril Diop Mambéty, originaire de la commune de Colobane, à Dakar, n’a jamais vécu dans la gloire ou l’opulence. Né d’un père imam, le Dakarois a grandi au Sénégal où il a appris et pratiqué le théâtre. Il n’a débuté sa carrière cinématographique qu’à 24 ans, en 1969, sans formation quelconque dans le domaine. Il le répétera d’ailleurs souvent au fil de son œuvre : c’est son autodidaxie qui a fait sa force, son originalité.
On perdrait son temps à chercher des traces d’influences dans les films de Mambéty. Le réalisateur est pourtant cinéphile. Il a vu et aimé Fellini, Pasolini, Truffaut, Godard et les autres mais son œuvre lui appartient tout entière. «Je suis parti de l’intérieur», martelait-il comme une litanie. Car pour Mambéty, quiconque prétend faire un film doit commencer par fermer les yeux. «C’est seulement lorsque l’on a oublié comment est le monde qu’apparaissent nos propres images.», soutient le frangin du musicien Wasis Diop. Le résultat est un ensemble complexe, surréaliste et truffé de symboles. Les évocations sont africaines, occidentales, coloniales ou tout cela à la fois. Plutôt que de chercher à renier les influences de l’Occident et les restes de la période coloniale, c’est dans cet enchevêtrement de ces symboles que Mambéty voyait le salut du continent africain.
«De son temps, le public n’a pas compris», assure Catherine Ruelle, critique de cinéma pour Rfi dans le documentaire Mambéty for ever de Aïssatou Bah projeté mardi à l’Institut. Mais Djibril ne leur en a jamais tenu gré. Le public comprendrait plus tard, il le savait. Le propre de l’avant-garde a toujours été de produire des œuvres dont les clés ne seront comprises qu’à posteriori. L’institut français diffuse aujourd’hui à 16 h 30 La petite vendeuse de soleil, dernier film qu’a réalisé Mambéty avant sa mort en 1998. Cette projection entre dans le cadre d’une rétrospective en hommage à l’œuvre du cinéaste de Colobane débuté depuis le 3 juillet dernier. Y seront notamment diffusés La petite vendeuse de soleil le 29 août à 16 h 3 0 et Hyènes le 9 août à la même heure.
Damien LANSADE
(Stagiaire)