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L’idylle entre Saint-Louis et le festival international de jazz dure depuis 20 ans. Mais, jusque-là , ce mariage est demeuré stérile. Aucune infrastructure culturelle n’est sortie de terre depuis 1992, année de lancement de ce grand évènement, qui ne profite qu’aux hôteliers et à certains privilégiés. Â
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(Correspondance) - Le festival international de jazz de Saint-Louis souffle ses vingt bougies ce soir. Pour cette édition, le pianiste français René Urtreger et l’Ensemble lyrique de Sorano ouvrent le bal à la Place Faidherbe. Et comme chaque année, les groupes feront leurs spectacles et s’en iront. Créé en 1992, Saint-Louis jazz a su résister aux vicissitudes et devenir un rendez-vous culturel incontournable au fil des ans. Cette notoriété a-t-elle réellement profité à cette ville et à ses habitants qui l’ont porté depuis sa naissance ? Que nenni, rétorque ce férus des sonorités jazzistes. Pour Babacar Niang, ce festival de jazz est juste célèbre. Enseignant de son état, qui suit depuis plusieurs années les activités de la manifestation, ne voit aucune réalisation palpable.
«Que des concerts !» Des spectacles qui, selon lui, n’attirent pas le grand public Saint-Louisien. «Les populations ne se retrouvent pas dans ce festival. La majeure partie des artistes sont des Blancs et très souvent méconnus des Sénégalais», indique-t-il. La trentaine, un autre mélomane souligne que ce festival n’est d’aucun apport pour la ville de Saint-Louis. Après vingt années d’organisation, fait-il remarquer, il n’y a aucune infrastructure créée par l’association porteuse. Pour lui, ce festival devait être une vitrine pour la promotion de la vieille ville et permettre aux jeunes talents de se former. «La ville de Saint-Louis ne bénéficie véritablement pas des retombées de ce festival», fait-il savoir. D’après lui, cette rencontre profite juste à un petit groupe qui s’active en Suisse.  …Les hôteliers par contre se frottent les mains
L’écrivain Louis Camara pense que seuls les hôteliers tirent profit de ce festival. Intervenant dans les hôtels et diplômé d’étude touristique, Charles Ndiaye confirme les propos de l’auteur. Il croit que le festival engrange d’énormes atouts pour la ville qui sont transversaux. «La ville de Saint-Louis tire un bénéfice du festival, car les artistes, restaurateurs et hôteliers affichent le plein pendant cette période et en gagnent beaucoup». Ndiaye n’avance aucun chiffre pour mesurer l’impact. Il prône pour une professionnalisation du festival surtout dans l’organisation.  Alex Tendeng lui vante le label que constitue Saint-Louis jazz. Mais reconnaît que le festival n’a pas créé d’infrastructures pour la ville. Selon la comédienne Marie Madeleine Diallo, ancienne présidente de l’association Saint-Louis Jazz de 1994 à 2003, le festival a formé des jeunes en ingénierie et techniciens son et lumière et autres métiers de la musique lors des masters class.
Saint-Louis jazz - c’est également sa foire artisanale. Une opportunité offerte aux artisans. Les intéressés peinent à décrocher la timbale. «La location des places est onéreuse», se plaint l’artisan Salif Samb. Car les stands sont passés de 25 000 à 70 000 francs Cfa pour la location. Pour lui, il est difficile de faire des bénéfices dans ces conditions. Ceci n’est guère une motivation pour les commerçants et artisans désireux d’y laisser leur empreinte. Le commerçant, Mamadou Diagne dénonce «un détournement d’objectif de la foire artisanale». Quelques années plus tôt, l’organisation était confiée à la Chambre des métiers, qui faisait la promotion les produits artisanaux locaux. «Maintenant, elle est en train de filer un mauvais coton et fait plus la promotion des produits chinois», se plaint-il. L’association organisatrice du festival de Jazz n’est pas mieux lotie que les populations. Elle ne dispose même pas de siège après vingt ans d’existence. Elle est hébergée dans l’immeuble de la gouvernance de Saint-Louis.
Aïda Coumba DIOP
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