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En cette année olympique, la médaille d’or du grand écart musical revient sans conteste à Sékouba Bambino avec ses albums Innovation et Diatiguiya qui le poussent à évoluer sur des terrains presque opposés, mais répondent à une logique inhérente à son double statut de chanteur populaire et de griot.
Rfi Musique : Pourquoi avoir pris le risque de sortir deux albums au même moment, alors que le marché du disque ne cesse de se contracter depuis une décennie ?
Sékouba BAMBINO : J’ai fêté mon anniversaire, il y a quelques mois : 20 ans de carrière. Et je me suis dit qu’il fallait sortir un album ou plutôt deux, parce que ce sont des styles très différents. Sur l’album Innovation, ce sont les titres qui ont fait mon succès depuis 1989-90, comme Bambou (rebaptisé Berce-moi, ndlr) ou Ouba Cisse, et que j’ai repris à 100 % en zouk. De l’autre côté, pour le second album, en tant que griot, il fallait aussi remercier certaines personnes qui ont été à mes côtés pendant ces vingt années. On appelle ça les diatiguiya, ce sont mes tuteurs.
Comment vous est venue l’idée de cuisiner à la sauce zouk vos anciennes chansons que l’on retrouve sur le CD Innovation ?
Quand je fais des concerts, il y a certains titres que j’ai souvent essayé de transformer, pour voir ce que ça donne. Comme ça a beaucoup plu quand on les a joués en zouk, j’ai pensé qu’il fallait faire un album en suivant ce cap-là et voir où ça allait nous emmener. C’est pour ça qu’on a pensé au Capverdien Manu Lima, un bon arrangeur qui a donné sa couleur à ce disque. J’avais déjà travaillé avec lui mais pas sur un projet personnel. C’était pour l’album Kouyate & Kouyate de Kabine Kandia Kouyate, fils de Sory Kandia Kouyate, qui m’avait invité.
Et sur l’autre album, Diatiguiya, qui sont ces "tuteurs" auxquels vous consacrez des chansons ?
Chaque diatigui a contribué à sa façon à ces vingt ans de carrière. Je prends l’exemple du morceau Kaba Mousso, pour Fatoumata Kaba : c’est une sœur, une maman. Elle a tout fait pour moi. Chaque fois que je quitte la France et que je vais en Guinée, tous les jours, elle me fait apporter mes plats pour que je ne sois pas affamé : ça veut dire le petit déjeuner le matin, le déjeuner à midi et le dîner le soir. Et elle assure mon transport, m’envoie une voiture pour que je ne marche pas à pied durant tout le temps que je passe là-bas. Elle s’occupe de cela depuis des années. Dans la chanson, je dis que c’est quelqu’un assis à côté de moi depuis longtemps. Habiba, c’est une Touarègue, une Malienne qui a toujours été à côté de moi chaque fois que je viens au Mali. Une femme sans défaut. En tant que griot, si je n’avais pas fait de carrière dans la musique, j’aurais vécu avec mes diatiguiya.
Ces vingt ans de carrière solo que vous célébrez ne font pas oublier que vous aviez auparavant débuté au sein du Bembeya Jazz National. Qu’est-ce qui vous avait amené à sortir des rangs de cet orchestre de référence en Guinée ?
Lorsque le président Sekou Touré est décédé, quatre ans après m’avoir fait venir dans le groupe, il avait déjà privatisé tous les orchestres nationaux. Et quand on est revenu d’une tournée en Europe avec le Bembeya, on a fait deux ans de silence parce qu’il n’y avait plus de matériels de musique. On ne travaillait plus. Donc j’ai demandé au chef d’orchestre, Asken Kaba, s’il était possible que je fasse un album au nom de l’orchestre avec mes idées. Tout le monde a donné son accord et j’ai donc enregistré Sama.
Avec le groupe Africando, vous défendez la salsa africaine depuis plus de 15 ans. Quelle est votre histoire personnelle avec cette musique ?
Il faut dire la vérité : je n’ai jamais interprété un titre de salsa jusqu’à ce que je fasse partie d’Africando en 1996. Le seul salsero que j’aie écouté dans mon enfance, c’est Gnonnas Pedro. Beaucoup d’artistes guinéens ont été influencés par cette musique : Balla et ses Balladins, Keletigui… Mais moi, j’ai grandi dans un village de Guinée à la frontière du Mali. Dans mon enfance, je venais souvent à Bamako, à 260 km, alors que Conakry est à plus de 600 km. Et chez moi on captait plus facilement la radio malienne que la radio guinéenne. Mes chanteurs, c’était Salif Keita, Mory Kanté, Kassé Mady Diabaté. Pas des artistes qui ont vraiment fait de la salsa. En 1996, alors que j’étais en tournée en Allemagne, Bongana Maïga (arrangeur malien très réputé, Ndlr) m’a téléphoné, pour me dire qu’il avait besoin de moi dans Africando parce qu’il cherchait une voix mandingue. Il voulait prendre Kassé Mady Diabaté mais il n’arrivait pas à le trouver et entre temps on lui avait parlé de moi. C’est comme ça que ça a débuté. Je suis rentré en Guinée et ils m’ont envoyé un billet pour New York afin de rejoindre Africando.
(Rfi.fr)