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BARGNY ET ALENTOURS : Plus de 600 ha destinés au maraîchage menacés d’expropriation

L’agglomération Bargny-Sendou fait l’objet de convoitises, pour différents projets de l’Etat. Mais les habitants n’y trouvent pas leurs comptes. 

A la périphérie de Dakar, le territoire de Bargny est le lieu de différents projets consommateurs d’espaces : centrale à charbon, pôle urbain de Diamniadio, port minéralier et vraquier… C’est désormais le futur port minéralier qui risque de leur faire perdre 600 ha utilisés jusque-là pour le maraîchage. Selon le coordonnateur du Collectif de défense des terres de Bargny, c’est arrivé alors qu’ils ne s’y attendaient pas. «Nous nous sommes réveillées un beau jour et avons vu que les bulldozers sont entrés dans les champs. Et ils disent que le terrassement va commencer ce week-end, alors que les récoltes viennent à peine de démarrer (…). Il n’y a pas encore d’études d’impact environnemental et sociétal (…). Nous n’avons jamais été conviés à une concertation», déclare Fadel Wade du Réseau des associations pour la protection de l’environnement et de la nature (Rapen).

L’agglomération Bargny-Sendou fait l’objet de nombreuses convoitises pour différents projets de l’Etat. L’ennui est que les habitants de cette localité n’y trouvent pas leurs comptes. Pour eux, la centrale à charbon hypothèque leur santé et la vie de leur progéniture. Mais en plus, le pôle urbain de Diamniadio a rogné leur espace vital, tandis que le futur port minéralier a conduit l’Etat à détruire des habitations et des espaces de culture. Sans aucune contrepartie. «Plusieurs cabanons et hôtels dans la zone de Miname ont été détruits», rappelle le défenseur de l’environnement.

Les agriculteurs de Bargny opérant à l’entrée de la commune de Sendou se sont levés pour protester contre ce qu’ils considèrent comme étant «l’estocade finale dans le processus d’accaparement des terres» de la localité par l’Etat. Après la centrale à charbon et la partie sur laquelle est implantée une bonne partie du pôle urbain de Diamniadio, c’est au tour du port minéralier et vraquier de bouffer ce qui leur restait comme espace. «Bargny est persécutée, il ne reste plus rien. Les 3/4 du foncier sont pris. Bargny souffre de l’érosion côtière, de l’érection de la centrale à charbon et du pôle urbain de Diamniadio qui a pris toutes ses terres. Aujourd’hui, cette portion de terre qui nous restait est déjà entre les mains de l’Etat qui veut en faire un port minéralier et vraquier», s’est plaint, lors d’une grande mobilisation, Issa Guèye, coordonnateur du Collectif de défense des terres de Bargny.
«Nous avons engagé des prêts pour la culture et risquons de tout perdre»

La zone en question est d’une superficie de 600 hectares mise à profit depuis des siècles pour la culture maraîchère. «Depuis des générations, les populations tirent leur subsistance de l’agriculture sur ces terres. Nous avons engagé des prêts pour mener nos activités, principalement la culture du gombo. Et là, nous risquons de tout perdre», s’est désolé Rokhaya Kébé qui espérait récolter ses gombos et bissap avant les casses. Hélas, le fruit de son labeur risque tout bonnement d’être emporté. «Nous nous sommes réveillées un beau matin et avions  vu que les bulldozers sont entrés dans les champs. Ils ont commencé le terrassement alors que les récoltes veinaient à peine de démarrer», s’est scandalisé le coordonnateur qui ne comprend pas l’empressement des autorités dans cette affaire. «Nous n’avions jamais été conviés à une concertation», dit M. Guèye. Ces habitants de Miname,  entre  Bargny et Sendou  soutiennent leur ferme volonté de résister face à la destruction de leurs champs.

Les populations de Bargny, de Sendou et de Minam ne savent plus à quel saint se vouer. Voilà des mois déjà qu’elles ont été expropriées de leurs champs pour les besoins de l’érection du port minéralier et vraquier et de la centrale à charbon. Malgré les promesses du chef de l’Etat, elles attendent toujours d’être dédommagées. Le spectacle est désolant : des concessions sont démolies après la destruction de plus d’une trentaine de cabanes au bord de la mer.

«Nous ne pouvons pas vivre à côté de cette centrale»

Minam est le village le plus proche de la centrale. C’est dans cette localité qu’est installée la centrale à charbon et une partie du port minéralier et vraquier. Déjà victimes de l’érosion côtière, les populations se trouvent à moins de 500 mètres de la centrale à charbon. Avec l’arrivée du port, nombre d’entre-elles ont perdu leurs champs, décrétés d’utilité publique par l’État pour sa construction. Pourtant, les populations dépendaient de cette ressource, la pêche,  pour subvenir à leur besoin. «Nous ne pouvons pas vivre à côté de cette centrale», déplore Cheikh Amadou Bèye, un habitant de Minam.

Le 12 janvier 2015, le président de la République, M. Macky Sall, avait pris deux décrets mettant en place deux pôles urbains : Daga Kholpa et Yène qui s’étendent sur une superficie globale de 3 292 ha, dont 1 186 ha dans l’espace communal de Yène. À l’intérieur de cet espace, l’État a décidé de la création d’une Zone d’aménagement concertée (Zac). Les populations se sont, par la suite, soulevées contre les services de l’État. Cependant, des affectations de terres à des promoteurs se poursuivent.

A Yène, Imams, notables, autorités politiques, société civile, pêcheurs, agriculteurs, et autres, ont bravé la chaleur, le temps d’un week-end, pour exprimer leur colère dans les rues, jusqu’au site litigieux pour défendre leurs terres. D’après le porte-parole de la Commission domaniale, ce regain d’activités sur le foncier s’explique par la levée de l’interdiction de l’arrêté du sous-préfet de Bambilor. Aussi, population et élus locaux de Yène exigent l’arbitrage du président de la République

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