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Cafouillage au sommet : Aly Ngouille NDIAYE prend le nord, Me Malick SALL fonce vers le sud

 Le saccage du Tribunal de Louga survenu, mercredi dernier, n’a pas encore livré tous ses secrets. Cet incident prend une autre tournure, mettant en scène les contradictions des autorités publiques.

En effet, Me Malick Sall, Garde de Sceaux et son collègue de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye n’émettent pas sur la même longueur d’ondes sur cette affaire dont  le délibéré est prévu le 04 décembre prochain. Quand le ministre de la Justice affirme qu’il y a eu saccage du tribunal de Louga et que les auteurs seront sanctionnés, son collègue de l’Intérieur qui était avant-hier à l’Assemblée nationale, affirme le contraire. 

L’incident survenu au tribunal de Louga lors du procès du maitre coranique, Serigne Cheikhouna Guèye et ses présumés complices poursuivis pour «mise en danger de la vie d’autrui, violence et voie de fait et complicité», risque de créer un malaise au sommet. Malgré les dégâts matériels constatés de visu par tout le monde, l’affaire a réussi à installer une cacophonie au sommet de l’Etat. En moins d’une semaine, l’opinion a eu droit à deux versions contradictoires au sujet du saccage de ce temple de Thémis. Le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Me Malick Sall et Aly Ngouille Ndiaye, ministre de l’Intérieur ne parlent pas le même langage. Chacun y va de sa version.  Quand le patron de la Chancellerie avoue l’existence d’un saccage allant jusqu’à annoncer des poursuites contre les auteurs qui viendront répondre tôt ou tard de leurs actes devant la Justice, son collègue de l’Intérieur prend son contrepied. «Les auteurs de ces méfaits, c’est-à-dire ceux qui ont saccagé le tribunal seront identifiés et sanctionnés à la hauteur de leurs actes. La Justice prendra les mesures qu’il faut à leur encontre», avait déclaré Me Malick Sall, lors de la conférence annuelle de chefs de Parquet, tenue la semaine dernière, au lendemain du vote du budget de son ministère.

Plus loin, dans son discours d’ouverture de la cérémonie officielle de ladite conférence annuelle, le chef de la chancellerie déplorait par la même occasion ce qui s’était passé à Ndiagne, une localité de Koki où les talibés ont été retrouvés enchainés par leurs maîtres coraniques. D’après lui, en tant que ministre de la Justice et père de famille, il a été scandalisé. «J’ai été talibé avant d’être quoi que ce soit dans la vie. C’est la raison pour laquelle nous avions pris toutes les dispositions nécessaires pour que les responsables de ses actes soient mis à la disposition de la Justice», avait-t-il laissé entendre.

Mais c’est une toute autre version que son collègue de l’Intérieur, Aly Ngoulle Ndiaye a livré avant-hier face aux députés. Parti défendre le vote du budget de son département à l’Assemblée nationale, le chef de la sécurité nationale défend mordicus que rien ne s’est passé au Tribunal de grande instance de Louga, à l’exception d’un procès qui s’est bien déroulé. Contrairement à tout le monde, lui, voit des bousculades qui ont occasionné la défenestration des portes de la salle d’audience, des casses de vitres et autres objets. A l’en croire, lorsque l’audience s’est soldée par le refus de la liberté provisoire des prévenus prononcé par le Tribunal et le délibéré de leur verdict fixé au 4 décembre certains talibés qui ne comprenaient peut-être même pas le sens de ce message, sont sortis formant ainsi une foule. «C’est dans la bousculade que deux portes en verre ont été cassées et ont blessé des agents de sécurité de proximité qui sont sortis hier d’hôpital», retrace-t-il. Ne se limitant pas en si bon chemin, Aly Ngouille Ndiaye appuie son argumentaire sur ses sources judiciaires. Pour lui, plus de 500 personnes ne peuvent pas se retrouver quelque part sans qu’un incident ne survienne. «Il n’y ait pas une seule grenade lacrymogène lancée. Aucun avocat et aucun juge n’a dit avoir été agressé. Il y a quand même exagération dans ce dossier. Les journalistes en ont parlé, c’est vrai qu’une personne a été blessée, mais il n’y a pas eu de saccage», déclare le ministre de l’Intérieur devant les parlementaires. A l’image d’un journaliste qui fait face à des enquêteurs, l’autorité de la sécurité publique soutient : «Je le tiens de mes services avec des rapports bien précis et de source judiciaire».

Au demeurant, cette sortie du ministre de l’Intérieur frôle le démenti d’autant plus que le bureau de l’Union des magistrats sénégalais (Ums) et l’ordre des avocats avaient sorti des communiqués, outre la déclaration du ministre de la Justice, pour déplorer cet état de fait. A-t-il vraiment tenté de se rapprocher des juges et autres acteurs de la justice avant de tirer une telle conclusion qui remet en question son collègue, Me Malick Sall ?

 

 

 

 

 

 

 

Salif KA

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