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Chapitre 18 : Révélations

 CHRONIQUE DE MAREME

  Aicha : entre deux feux

Comment cet homme est arrivé à briser mes barrières en un claquement de doigt ? Cette question, je me suis la posée au moins 1 000 fois depuis ce matin. Je n’ai pas de mot pour décrire ce qui s’est passé cette nuit. J’avais l’impression de le connaitre depuis des lustres et il a réussi facilement à me mettre à l’aise. Rien que de penser à la façon à la fois douce et sauvage qu’il avait de me faire l’amour, m’émoustille. Malick m’a parlé de son repli spirituel à la Mecque après qu’il a abandonné les recherches. Des problèmes qu’il a commencé à rencontrer au bureau et de son mal être qui font qu’il n’arrivait pas à relever la pente. Il mangeait, bougeait, respirait mais ne vivait plus.  Même si je ne me rappelle rien de nous, le fait de sentir et de voir autant d’émotion dans son regard et ses paroles m’ont donné la certitude que j’ai vécu amoureusement avec cet homme. J’ai arrêté de réfléchir et je me suis laissée aller à la félicité du moment. J’ai passé une nuit merveilleuse dans ses bras et nous nous sommes endormis qu’à l’aube.

Il faut se l’avouer, c’est un As du lit et peut – être parce que nous avons partagé un amour passionnel cela ajoute un plus. Ce n’était pas pareil avec Jonathan même si….

– A quoi tu penses ? Je sursaute et me tourne vers cette voix coquine près de moi. J’ouvre la bouche et la referme. Ce n’est pas le moment pour lui en parler, pas aujourd’hui.

– Je me demandais si tu n’avais pas un ancêtre sorcier car tu m’as complétement envouté depuis hier. Il me sourit grandement et fait une grimace en s’approchant dangereusement de moi. Je cours rapidement vers la sortie sachant ce qui allait se passer.

– Ne me touche surtout pas Malick, on est vraiment en retard.

– Raison de plus, une heure de plus n’y changera rien, dit – il en ricanant. Je ne l’écoute même pas et continue mon chemin.

– Tu es un obsédé toi. Tu ne me toucheras pas jusqu’à ton retour de voyage.

– Dans tes rêves bébé, déjà que je regrette fortement l’invitation de ma mère alors n’en rajoute pas. Shippp.

– Comme toi, ils veulent rattraper le temps perdu, ne soit pas égoïste.

– Je pars ce soir Aicha, et toi, tu ne veux pas venir avec moi alors ils n’avaient qu’à me laisser savourer ma journée avec toi. Je te préviens, on ne restera pas longtemps. J’acquiesce juste de la tête vu comment son visage s’est décomposé de plis colériques. Il est fâché que je ne l’accompagne pas mais j’ai envie de connaitre ma fille et de retrouver aussi mes siens. Mais surtout, je voulais fuir un peu cet homme dont l’appétit sexuel me fait peur.

Quand Malick s’est garé devant le domicile de sa mère, il n’avait pas encore décoléré vu commet sa mâchoire se crispe.

– Je me trompe ou tu es naturellement égoïste ?

– Avec toi oui, je n’aime pas te partager, répond – il en me regardant intensément. Je frisonne et détache ma ceinture pour descendre. Il me retient par le bras, détache sa ceinture et me tire vers lui. Son baiser est doux, très doux. Je t’aime tellement murmure t- il en posant son front sur le mien. J’ai envie de lui dire moi aussi mais c’est trop tôt. Pourtant je ressens pleins d’émotion depuis que je suis avec lui.

Dès que nous sommes entrés dans la maison, nous sommes accueillis par un brouhaha de voix super excitées de me voir. Je les reconnais pratiquement tous car ils étaient là hier. Ma mère est la première à me prendre dans ses bras pour me serrer très fort. Contrairement à hier, je réponds chaleureusement à son accolade. Ensuite s’en suit ma belle – mère, mon père, Abi ma coépouse ainsi de suite.  Celui qui se dit être mon frère taquine mon mari et n’arrête pas de faire rire toute l’assistance. Contrairement à hier, l’atmosphère était plus détendue et j’ai même commencé à parler avec ma coépouse. Elle semblait si heureuse de me revoir que j’ai fini par me détendre avec elle. Nous avons passé un après-midi merveilleux et ma fille a enfin accepté que je l’a prenne dans mes bras. J’ai vraiment adoré ce moment.

Vers 16 h, mon mari a commencé à regarder sa montre et me faire des signes. J’ai fait semblant de ne pas comprendre et je l’ai fui du regard. Sa sœur s’est approchée de moi en ricanant.

– Mon frère commence à s’impatienter.

Moi : J’ai vu, il veut me tuer avant de partir. Nous avons toutes les deux éclatées de rire attirant l’attention de tout le monde. J’eu honte et baissa les yeux. C’est   ce moment que choisit Malick pour se lever.

Malick : Bon, il est temps que l’on prenne congé car j’ai un avion à prendre et j’ai envie de profiter encore un peu de ma femme. J’ai failli cracher mon verre.

Belle – mère : Toi aussi mon fils, pourquoi autant d’empressement, laisse…

Malick (bien décidé) : Je t’attends dehors, dit – il en s’adressant à moi et se tournant vers mes parents pour leur dire au revoir. Choquée par son attitude autoritaire, je croise les mains et lui montre carrément que je ne suis pas d’accord. Quand il se retourne vers moi et me lance son regard de braise je me surprends à lui sourire. Hé ma fille qu’est – ce qui t’arrive. Dans un dernier élan de rebelle, j’essaye de combattre ce sentiment de domination qu’il commence à m’imposer. Mais quand je le vois tourner les talons et sortir du salon pour m’attendre dehors, je sais au plus profond de moi qu’il a gagné. Je promets à ma mère de passer la journée de demain chez eux et dis au revoir aux autres. D’un pas trainant, je le rejoins dehors hyper énervée. Il était au téléphone et parlait tout bas, ce qui me parut bizarre. Dès qu’il me vit, il prit rapidement congé avec la personne et raccroche.

Moi (fronçant les cils) : C’était qui ?

Malick (un peu gêné) : Personne. Sa réponse évasive me fit monter de suite les griffes.

Moi (haussant le ton) : C’est quoi cette réponse évasive ? Serais – tu ces genres d’hommes avec des maitresses à gauche et à droite ?

Malick (ouvrant les yeux) : Non, quand j’aime je suis fidèle.

Moi : Qu’est-ce que je dois comprendre par là.

Malick (énervé) : Que je ne te tromperais jamais. C’est tout ce dont tu dois savoir. Des femmes qui me courtisent, il y’en a dans tous les coins de rue. A toi de me faire confiance c’est tout. Il monte dans la voiture sans m’ouvrir la porte comme ce matin. Je fais de même et m’emmure  dans le silence comme lui. Je n’aime vraiment pas ce côté dictateur qu’il a. Après cinq minutes de trajet, il brise enfin le silence.

Malick (voix douce) : Excuse-moi bébé ! Je suis un peu énervé de te quitter si tôt alors qu’on vient juste de se retrouver.

Je n’ai pas répondu puisque je n’avais pas encore décoléré. Je ne m’excuse jamais Aicha, je fais vraiment un effort là dit – il agacé.  

Moi : Je ne vais pas faire semblant Malick alors que je bous de l’intérieur.

Malick (cajoleur) : Ah bon ? Je connais un moyen de très efficace de t’adoucir. Ces yeux sont emprunts de désir, je détourne le regard pour ne pas flancher. Mais arrivé à l’appartement, il m’a vite fait capitulé. Cet homme est un danger pour moi. Avec lui, je ne me reconnais pas, je deviens hyper docile.

Par deux fois, il a voulu reporter son voyage mais je l’ai forcé à le faire même si au fond je ne le voulais pas. Un jour seulement et j’ai cet homme dans la peau, ç’est flippant. Après l’avoir accompagné à l’aéroport, je rejoins Bianca à l’hôtel. Dès que j’entre dans sa chambre, elle attaque.

Elle (toute excitée) : Alors ? C’était comment ? Est – il aussi bon que beau ? As-tu…

Moi (mettant ma main sur sa bouche) : Tu vas te calmer ?

Elle (me prenant la main en riant) : Hé ma go, s’il te plait, je meurs de curiosité.

Moi (sérieuse) : je ne te dirais rien, ne te fatigue pas.

Elle (suppliant avec les mains) : S’il te plait Folami, tu…

Moi (sourire) : C’est Aicha maintenant ou Mme Kane. Elle recule d’un pas et me regarde de haut en bas.

Elle (moqueuse) : Waw le gars a fait fort, eh. De un à dix, tu lui donnes combien ?

Moi (sans hésiter) : 20.

Elle (criant) : What ? Tu blagues ?

Moi (pensant à la nuit que je viens de passer) : Oh que non.

Elle (se tapant les mains) : Ekié, hé ma go, c’est le jackpot. Hé Allah, il m’a oublié ou quoi. D’abord Jonathan maintenant Malick. Mon cœur fait boom et je ne peux m’empêcher de faire une grimace en allant m’assoir.

Je lui ai raconté la soirée hyper glamour que j’ai passée avec mon mari. Comment il a réussi à briser mes barrières et à quel point j’ai pris le pied avec lui. Je lui ai aussi raconté ma journée d’aujourd’hui, le fait que mon mari est très autoritaire et macho. Ensuite, j’ai fini par lui raconter ma rencontre avec le reste de la famille. Quand j’eu fini, elle était aux anges.

Elle (reprenant son sérieux) : Je suis vraiment heureuse pour toi ma belle. Tu es une femme merveilleuse et je ne le dis pas parce que tu es mon amie. Tu mérites le meilleur et j’espère profondément que cet homme ne va pas te décevoir.

Moi (inquiète) : Je dois te dire que j’ai vraiment peur de cette attraction si forte que je ressens pour lui. En moins de 24 h, cet homme me domine littéralement.

Elle (ricanant) : Alors c’est ton homme car tu es une vraie rebelle Folami. Oups Aicha je veux dire ha ha ha. Bref soyons sérieux, Jonathan a appelé deux fois aujourd’hui.

Moi : Et ?

Elle : Comment ça et ? Votre histoire n’est pas terminée et tu le connais assez bien pour savoir que si tu ne lui parles pas, il va débarquer.

Moi (paniquée) : Ho que non. Tu lui as dit quoi ?

Elle : Ne compte pas sur moi pour le lui dire, c’est à toi de le faire

Moi (me prenant la tête) : Je n’aurais jamais dû accepter de sortir avec lui. C’est à cause de toi tout ça.

Elle (sur la défensive) : Je ne t’ai pas trop forcé la main que je sache.

Moi (fermant les yeux un instant) : Je l’appelle demain Inchalla. De toute façon, ce n’est pas comme si nous sortions ensemble. Plus vite je tourne cette page et mieux ce sera. Maintenant allons manger, j’ai trop faim.

 

Partie Dibore (mère d’Aicha) : L’héritage

Ma fille sera là d’une minute à l’autre. Je me dépêche de finir le ménage avant son arrivée. Depuis son retour, je ne vais pas à la boutique car je veux la voir  presque chaque jour. Par contre, elle m’a appelée ce matin pour me dire qu’elle allait passer l’après-midi car elle avait une surprise pour nous. J’ai essayé de mon mieux de savoir ce que s’était mais impossible, mademoiselle n’a rien voulu dire. Quand elle est venue nous voir, elle a été surprise de notre pauvreté. Cela avait un peu vexé son père qui le remit rapidement à sa place. Heureusement qu’Aicha a gardé son côté très intelligente et s’est vite rattrapé. On ne touche pas à l’orgueil de Ngoor. Il y a le fait aussi qu’elle a changé dans son comportement, son habillement, sa façon de se tenir et de parler. Comme dit Menoumbé, elle sent l’argent. Elle dégage cette puissance attractive que provoque la richesse.

J’étais en train de sortir de la cuisine où j’avais fini de préparer un bon thiéboudieune quand Menoumbé entra en trombe dans l’appartement.

Lui (criant) : Allahou Akbar Yalla ame na (Dieu existe).

Moi (lui faisant une tape) : Arrête de dire ce genre de bêtises sinon un jour…Il m’a tiré vers la sortie avec tellement de force que je me suis tu essayant tant bien que mal de suivre son rythme de course effrénée. Que se passe t – il Menoumbé criais- je en dégageant ma main qu’il tenait. Nous étions déjà en bas et Menoumbé tendit la main vers une jolie 4X4 flambant neuve il y avait même les sachets. Aicha sort, le sourire aux lèvres et viens vers nous.

Aicha : Tu aimes ta première surprise ?

Moi (regardant encore la voiture) : Je te demande pardon ?

Menoumbé (se frottant les mains) : Tékè gawe (la chance nous sourit).

Aicha (me prenant la main) : Allé vient on va faire un tour. Je vais vous trouver un chauffeur en attendant que vous passiez votre conduite.

Moi (me tournant vers Menoumbé) : Où est ton père ?

Menoumbé (kéh kéh kéh) : Dans la voiture, il prend ses aises. Nous nous dirigeons tous vers cette belle voiture noire que les reflets du soleil font scintiller. A l’intérieur, c’est encore plus beau, ça sent le cuir et le luxe à plein nez. Mon mari m’accueille avec un sourire bizarre. Nous nous ressemblons trop et je sais que comme moi, il doit être tenaillé entre le désir de profiter de ce luxe et le fait de savoir que tout ça est de l’argent sale.

Nous quittons les Parcelles Assainies direction inconnue. Une heure plus tard, la voiture s’engage dans un quartier luxueux.

Moi : Où est – ce que tu nous amènes comme ça ma fille ? 

Aicha, me regardant dans le rétroviseur : Nous y sommes presque. Une minute plus tard, elle se gare devant une belle demeure où un gars nous attendait. Le cœur battant très fort, je commence à deviner de quoi il s’agit. Aicha vient se mettre devant son père en ouvrant son sac. Elle en sort un trousseau de clés et le lui tend en disant : Bienvenu dans ton nouvelle demeure. Mes yeux se sont de suite embués de larmes. Quant à Menoumbé, il ne tenait plus sur place. Ngoor regarde la grosse clé qu’elle a sortie du trousseau et hésite à la prendre.

Aicha : S’il te plaît papa, prend la, c’est pour toi.

Ngoor (faisant non de la tête comme pour se convaincre lui-même) : Je ne peux pas ma fille. Tu…. J’ai….Il se tait et me regarde car ne trouvant pas les mots. C’est là que Menoumbé s’approche en colère vers nous et prend farouchement la clé des mains de sa sœur.

Menoumbé : Moyénam diomi wouma rék (c’est quoi ce délire). Sarah gnou nak papa (ait pitié de nous père). Li moye lane ? (qu’est – ce que cela veut dire). Si vous n’en voulez pas ce n’est pas grave, moi dès demain j’épouse deux belles dakaroises et je remplis la maison de gamins en moins de deux Walaahi. Il entre dans la maison suivi par le gars qui se tenait au coin depuis notre arrivée.

Aicha : Je sais que c’est brusque, nouveau et même précipité mais ne dites rien, vous allez juste visiter et après on verra.

Nous sommes finalement entrés dans la maison qui était d’un luxe sans pareil. Il y avait tout dedans, un vrai Paradis. A notre grande surprise, tout était meublé et joliment décoré. Subjugués, nous nous sommes laissés emporter par le vent de l’élégance et de la beauté que nous imposait cette demeure. Après la visite du salon et de ses alentours, c’est autour des chambres. Elles sont gigantesques et sont incorporées chacune de douche. Même chose qu’au salon, tout était déjà meublé avec de grand lit joliment drapé, un écran plasma, un frigo bar, climatisation. J’avais vraiment l’impression de regarder un film de Hollywood.  Mon mari et moi, nous nous sommes regardés et sans le vouloir nous avons rigolé. Le confort matériel est le pêché mignon de l’homme. Aicha nous fit savoir que la maison appartenait à un vieux français mort il y a quatre mois et que se sont ses enfants vivant en France qui l’ont mis en vente. A la fin de la visite, j’étais conquise, il ne restait plus à convaincre mon mari à accepter ce beau présent.

Nous nous sommes installés au salon en attendant que le repas qu’Aicha avait commandé arrive. Menoumbé était comme une pie et Aicha n’arrêtait pas de rire de ses blagues. Je voyais mon mari de plus en plus énervé et mal à l’aise.

Moi : Mon fils, tu veux bien te taire. Ton père a quelque chose à dire.

Menoumbé : Bilay diarouko (Ce n’est vraiment pas la peine). Choquée j’ouvre la bouche et regarde dans la direction de mon mari. S’il continue, il va le tabasser et se sera bien fait pour lui.

Ngoor : Tu ouvres encore ta bouche et je te tue, dit – il menaçant  son fils avant de se tourner vers Aicha. Viens ici ma fille, dit – il en tapotant à côté de lui. Quand celle – ci s’exécuta, il encercla son bras sur son épaule et lui dit : Je suis vraiment touché par tous ces présents, cela démontre à quel point tu nous aimes. Il se tut…

Aicha : Mais ? Parce qu’il y a bien un maïs.

Ngoor : Je ne peux pas accepter tes cadeaux sachant d’où ça vient. Ce Wilane t’a offert tout cet héritage était un grand bandit donc cet argent est haram (illicite). Le Prophète (paix et salut sur lui) nous met en garde contre les dangers du Haram et nous dit : « Allah est bon et n’accepte que ce qui est bon ». Cet argent a été obtenu de manière illicite alors tu dois t’en débarrasser en l’offrant en aumône, en construisant des hôpitaux et mosquées. Rien d’autre.

Aicha : Alors c’est bon parce que depuis que j’ai reçu cet héritage je ne fais que du bien autour de moi. L’ONG où je travaille a aidé des milliers de femmes à retrouver une vie décente en finançant leurs projets professionnels, leurs études et autres. Il y a aussi le fait que j’investis ma fortune dans beaucoup d’entreprises en difficultés et qui sans cet argent auraient mis la clé sous le paillasson. Là je sauve des milliers de pères de familles qui n’allaient plus avoir la possibilité de nourrir leur famille.

Ngoor : C’est vraiment bien tout ça mais tu l’utilises aussi pour tes propres besoins. En tant que père, je te conseille de  t’en débarrasser et reprendre ta vie simple et honnête que tu avais avec ton mari.  Si tu le gardes, il ne t’apportera que la poisse dans ta vie et tu ne seras jamais heureuse.

Menoumbé : Chi papa méti nga torop (tu es trop difficile). Avant tout Dieu est miséricorde c’est pourquoi dans tous les interdit il y a ce qui est permis. Partant de cela on nous dit aussi dans les textes que l’argent harâm concerne celui qui l’a gagné et non celui à qui il a été offert en cadeau ou en héritage. Sauf si le bien en lui – même est illicite comme le porc ou le vin ou l’argent volé de quelqu’un. Tel n’est pas le cas ici.

Ngoor : L’appât du gain te pousse à chercher des excuses sur l’inexcusable. Les textes qui réfutent cela sont nombreux. Asbagn et Ibn Wahb de l’école malikite disent que « tant qu’il y a du haram dans cet argent que tu utilises, tu seras complétement souillée et qu’il faut le donner en aumône ».

Menoumbé : Moi je préfère prendre l’avis de ceux qui rendent licite cet héritage. En dehors des exceptions citées en haut, cet avis est fort car il a été confirmé selon la tradition que le Prophète (paix et salut sur lui) a mangé de la brebis qu’une juive lui a offerte à Khaybar et qu’il a accepté l’invitation d’un autre juif : or on sait que les juifs à cette époque prenaient les intérêts usuraires (ribâ) et autres. Ne me regardez pas ainsi, vous n’êtes pas les seuls à apprendre les textes.

Ngoor (sourire) : Et j’en suis très ravi mais cela ne me convainc pas pour autant car Al – bayhaqi dit….

Moi : Stop, on ne va jamais finir.  Moi ce que je propose c’est d’aller à Kaolack et d’en parler à notre marabout.

Ngoor : D’accord, on fera ce qu’il nous dira de faire. La discussion est close. Menoumbé se lève et vient prendre la main de sa sœur.

Menoumbé : Viens avec moi ma petite sœur adorée et laisse ces vieux jacasser. Gni natou deugue lagne (de vrais porteurs de poisse), nous éclatons de rire et sortons. Je regarde une dernière fois la maison en espérant au plus profond de moi y vivre un jour.

 

Partie Marianne : la désillusion

Je tourne en rond dans mon appartement totalement en furie. J’ai déjà tout cassé dans le salon tellement je suis en colère. Je n’arrive pas à croire que cette femme est revenue. Ce que je redoutais le plus est arrivé.  Il y a trois jours, après que Malick m’a rabroué pour la deuxième fois au téléphone, j’ai appelé Ramatoulaye, une avocate du cabinet que j’ai réussi à me mettre dans la poche depuis un an. Elle m’a dit ne rien savoir mais qu’elle se renseignerait. Là, le verdict vient de tomber et je suis comme terrassée.

Pourquoi après tant d’effort et de sacrifice, elle réapparait. Moi qui commençais à penser qu’elle était morte. Serait – elle une sorcière ? Cette femme est mon plus grand cauchemar.

Quand j’ai appris la disparition d’Aicha, j’ai dansé le mbalakh et je me suis dépêchée de revenir au pays. J’appris par Idrisse que Malick était complétement anéanti par sa disparition. Que même lui qui le détestait tant, avait pitié de lui. Alors j’ai préféré garder mes distances en lui envoyant de temps en temps un mail d’encouragement et de prière. C’est comme ça que je me suis liée d’amitié avec une avocate du cabinet pour avoir un œil sur lui. J’aurais pu allouer cette activité à Idrisse mais cela revenait à recoucher avec lui et je ne voulais plus prendre ce risque car c’est perdre définitivement Malick s’il l’apprenait. Quand ce dernier partit à la Mecque après l’arrêt des recherches de sa femme, je décidais de le rejoindre. J’ai su par mon indique, de l’agence de voyage que le Cabinet faisait appelle pour leur déplacement et je l’ai contacté. J’ai dû payer une belle fortune pour qu’on me dise dans quel hôtel il séjournait. J’y suis descendu et j’ai fait semblant de le rencontrer au hasard. Il a été très surpris et a gobé comme un enfant le fait que je sois devenue si pieuse et si pudique. Ha les hommes, tellement facile à manipuler. Comme les repas se servaient toujours les mêmes heures dans l’hôtel, nous nous voyons tout le temps et je le quittais toujours sans rien demander de plus. De fil en aiguille, il a fait de moi sa confidente en venant me voir pour me parler de son mal être. J’ai détesté l’écouter pleurer la perte de sa femme mais après trois mois cela a porté ses fruits. Nous avons recommencé à sortir ensemble il y a à peine deux mois et  voilà que cette sorcière réapparait.

Comment je vais faire maintenant qu’Aicha est revenue ? Je n’arrive même pas à y croire encore ? Dire qu’il avait déjà téléphoné à mon père pour lui faire part de son désir de me demander officiellement la main dimanche prochain. Non, il ne va pas m’humilier une deuxième fois. Je ne l’accepterais pas. J’essuie mes larmes et me lève du canapé dans lequel j’étais couché depuis une heure au moins. Il me faut réagir et vite.

 

 

A lire chaque lundi…

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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