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Chapitre 20 : Intermède carcéral

 CHRONIQUE DE MAREME

Malick : déchéance

Nous sommes arrivés  au Commissariat vers 10 h. J’étais tellement en colère que j’en tremblais. Tout de suite j’appris que c’est le père de Marianne qui a porté plainte et aussi que sa sœur a fait une déposition qui, j’en suis sûre, n’étais pas en ma faveur. J’ai appelé maitre Ndour, un des spécialistes du cabinet dans ce domaine. Heureusement pour moi, je fus amené au commissariat de Colobane où le commissaire est un ami et avec mon statut d’avocat, j’ai eu droit à quelques privilèges. On ne me confisqua pas mon portable et j’avais une cellule à moi seul même si elle  n’était pas d’un luxe. Mon interrogation dura presque deux heures de temps et plus je répondais aux questions plus je me rendais compte que je n’aurai jamais dû ressortir avec Marianne. Après cela on me ramena à ma cellule. Le commissaire me confia que Marianne était réveillée et qu’en ce moment même ses hommes étaient en train de l’interroger pour savoir ce qui s’était réellement passé. Je fis un ouf de soulagement étant sûre qu’elle allait leur dire la vérité.   Ce n’était plus qu’une question d’heure.

Durant tout le temps qu’à durée l’interrogation, je n’ai pas arrêté de penser à comment va réagir Aicha fasse à tout ça. J’ai l’impression dès fois que notre couple est maudit, que nous ne sommes pas nait pour rester ensemble. A chaque fois qu’on se retrouve surgit alors un problème qui nous sépare, encore. N’empêche je sais au plus profond de moi qu’il m’est impossible de vivre sans elle. J’ai cette femme dans la peau et dans le cœur, je ne pourrais me passer d’elle et je sais que c’est réciproque. Ce que je ressens et vis avec Aicha va au-delà de l’amour, un sentiment si intense et si profond que je ne peux l’expliquer moi-même. Alors qu’importe ce que l’avenir nous réserve, je suis prêt à affronter tous les maux sur terre pour rester avec elle.

Dès qu’on me remit dans ma cellule, la première chose que je fais c’est de l’appeler. Mon cœur bat tellement vite que je peine à respirer. Elle décroche à la première sonnerie.

Aicha : Allo. Je ne dis rien tellement je suis stressé. Mon amour comment tu vas ? Continue – t – elle. Ouf.

Moi : Oui ça va ? Et toi ?

Aicha : Devine? C’est qui cette Marianne et c’est quoi cette histoire de meurtre ?

Moi : Je préfère t’en parler de vive voix Aicha. Silence. Allo ?

Aicha : D’accord, je suis presque arrivée de toute façon.

Moi (anxieux) : Ok mon amour. Je raccroche en prenant un grand air. J’espère que je trouverais les mots pour lui expliquer l’inexplicable. On verra !

Je reprends mon portable et décide d’appeler Abi. Elle s’est surement calmée maintenant. Ça sonne mais elle ne décroche pas. J’appelle le gardien pour lui demander si elle était là, il me dit oui. Alors je lui demande de me la passer. Quelque seconde plus tard, je l’entends distinctement parler avec le gardien. Alors que je m’attendais à ce qu’elle réponde c’est Ibou qui reprend me disant d’une voie hésitante que Madame ne voulait pas me parler. Choqué, je reste 5 secondes sans rien dire et raccroche énervé. Haw, elle est vraiment en colère. Elle qui donne tellement d’importance au quand dira-t-on, si elle me rabroue devant notre gardien c’est parce qu’elle est vraiment décidée à me quitter. J’ai merdé  avec elle et je ferais tout pour qu’elle me pardonne. Elle a raison de dire que je ne la respecte pas sinon jamais je n’aurai osé faire ça. Je décide de lui envoyer au moins un message sur WhatsApp  car je saurais quand elle le lira. De toute façon l’écrit exprime souvent ce que la parole ne peut expliquer.

Message :

Je sais que je t’ai blessé et qu’il te serait difficile voire impossible de me pardonner mais je tiens à te dire que tu es une personne trop importante dans ma vie pour que je te laisse partir. Je te demande au plus profond de moi mes sincères excuses pour t’avoir trompé et manqué autant de respect. Donne-moi une dernière chance et je te prouverais que je t’aime.

 

Envoyé. J’attends une minute, je vois qu’elle l’a lu mais ne répond pas. Une veine dance dans mes veines. Mon père m’a toujours dit qu’il ne faut jamais froisser l’orgueil d’une femme. De deux choses : soit elle te quitte ou elle se venge. J’espère que Marianne ne vas pas prendre la seconde option.

Un policier vient ouvrir ma cellule en disant ‘Votre femme vous réclame maitre’. Je le suis en pressant le pas, le cœur battant très fort. Je la retrouve assise en tailleur, les jambes croisées, écoutant le commissaire avec attention. Dès qu’elle me voit elle se jette dans mes bras en m’enlaçant. Un baume de joie m’envahit. Ouf elle n’est pas en colère. Pas pour l’instant. Je lui donne une bise sensuelle et elle me sourit timidement.

Aicha : ça va, il ne t’on pas brusqué ici ?

Moi : Oui bébé, Louis est un ami dis – je en pointant du doigt le commissaire qui me fait un clin d’œil en se levant.

Louis : Bon les tourteaux, je vous laisse discuter mais surtout je ne veux pas de dérapage, c’est compris ? Il éclate de rire et sort du bureau. Je me retourne vers Aicha et l’embrasse fougueusement.

Aicha (reculant) : Tu ne l’as pas entendu ?

Moi (me rapprochant) : Tu me rends fou. Et tes souvenirs ça viennent toujours ?

Aicha (prenant sa tête par la main) : J’ai l’impression que ma tête va exploser tellement ils viennent avec intensité. Toi et moi, on s’aimait vraiment beaucoup.

Moi (offusqué) : On s’aimait ?

Aicha (rire) : L’heure est grave Malick, vient t’assoir et dit moi c’est quoi cette histoire.

Une quinzaine de minutes plus tard je me taisais enfin ayant approximativement tout dit. Elle ne dit rien, se lève et fais quelque pas.

Moi : S’il te plaît ne m’en veux pas. Je ne sais même pas ce qui m’a pris. Je ne t’aurais jamais trompé si tu étais là ou si je savais que tu étais vivante.

Aicha : Est – ce que tu l’aimes ?

Moi (Sans hésiter) : Non.

Aicha (énervée) : Alors pourquoi sortir encore une fois avec elle et même aller jusqu’à penser à l’épouser. Tu ne peux pas avoir ses réactions et dire que tu n’as pas de sentiment pour Marianne.

Moi (me levant et m’approchant d’elle) : Sans toi, j’étais tellement perdu. Je ne réfléchissais plus par rapport à mes actes ou mes dires. Je n’arrivais pas à dépasser la cape de la souffrance et de l’oubli. Marianne a été comme un gilet   de sauvetage. Même si elle ne m’a pas redonnée goût à la vie, c’est grâce à elle si je n’ai pas sombré et si j’ai accepté cette réalité amère.

Aicha (fronçant les cils) : Et Abi dans tout ça ?  Tu aurais pu te confier à elle au lieu d’aller voir ton ancienne maitresse, c’est vraiment louche tout ça.

Moi (cherchant les mots) : Comment confier à sa femme que je n’avais plus envie de vivre à cause d’une autre femme. Comment lui dire que sans toi ma vie était  comme un coquillage vide, sans couleur ni goût. C’est aussi ma femme Aicha alors je ne pouvais me permettre d’épancher mes sentiments de toi sur elle.

Aicha (insistante) : Je suis toujours perplexe car tu avais aussi tes amis, Mouha ou Suzanne.

Moi (sentant les nerfs me lâcher) : Aicha, j’ai rencontrée par hasard Marianne à la Mecque. C’est arrivé naturellement. Elle ne me regardait  pas avec pitié comme les autres et c’est peut – être ça qui a fait la différence.

Aicha (posant les mains sur son visage) : Cela fait combien de temps vous êtes ensemble ?

Moi : Deux mois à peine.

Elle (me regardant droit dans les yeux) : Tu as couché avec elle ?

Moi : Oui, deux fois. Elle fait un rictus amer et s’éloigne encore de moi.

Aicha (soufflant) : Donc tu fais partie de ces hommes qui peuvent tromper leurs femmes.

Moi (essayant de la prendre dans mes bras) : Ne dis pas ça, jamais je ne te tromperais. Elle refuse et me repousse.

Aicha (s’emportant) : Tu t’entends ? Pauvre Abi. C’est vraiment dégoûtant ce que tu as fait et c’est indigne de ta personne.

Moi (irrité)   : Je sais tout ça.  C’est bon.

Aicha (dure) : Non ce n’est pas bon. Sourate 17 / Verset 32 « Ne vous approchez pas de la fornication. C’est une abomination et une voie pleine d’embûches ». Malick, l’adultère est une pratique qui met en danger la sauvegarde de la pureté des relations filiales. C’est parce que la morale n’existe plus dans nos sociétés que la dignité humaine est tout le temps bafouée. Tu es comme toutes ces personnes qui pratique la religion mais qui ne l’applique pas et quand le châtiment divin arrive il s’en offusque. Je souris sans le faire exprès, ce qui la fait encore plus énervée vu le regard noir qu’elle me lance.

Moi : Excuse-moi, je constate juste que tu retrouves vraiment ta mémoire jusqu’à réciter des versets et ça me fait plaisir.

Aicha (très sérieuse) : Je ne blague pas Malick. L’homme véritable est celui qui est capable de supporter les épreuves aussi dures qu’ils soient. Je me crispe, là je suis touché.

Elle se tait et croise les bras. Silence d’aplomb et c’est là que le commissaire Louis choisit  pour ré-entrer  dans le bureau, le visage un peu crispé

Louis (hésitant) : Mon frère, les choses se corsent pour toi. Mes hommes viennent d’arriver et Mlle Cisse a confirmé  les propos de son père.

Moi et Aicha (choqués) : Quoi ?

Louis (ton sérieux) : Elle dit que tu as effectivement essayé de la tuer par ce qu’elle t’a menacée  d’avertir ta femme Aicha, ici présente, de votre relation.

Un vent de panique commence à s’installer mais je prends un grand air en fermant les yeux. Il ne faut surtout pas que je perds mon sang froid.

Louis (reprenant) : Maintenant qu’elle a confirmé, je ne peux plus te permettre certains privilèges comme garder ton portable ou avoir des visites à tout bout de champs. Je dois respecter la procédure. J’espère que tu me comprends.

Moi (toujours déboussolé) : Oui bien sûr lui répondis – je en lui donnant le portable. Je me tourne vers Aicha qui est presque au bord des larmes ce qui me soulage au fond. Voyant que j’hésite à m’approcher d’elle, elle le fait et encercle ses petites mains autour de ma taille

Aicha (voix douce) : Ne t’inquiète pas, on a vu pire toi et moi.

Moi (soupire) : Je te jure devant Dieu que je n….

Aicha (posant un doigt sur ma bouche) : Chut, tu n’as pas besoin de jurer, je te crois.

Moi (soulagé) : Tu ne sais pas à quel point je suis soulagé de ton soutien.

Aicha (sourire) : Je viens à peine de retrouver ma mémoire, mais du peu que j’ai vu, je sais que toi et moi c’est pour la vie alors qu’importe ce qui va se passer, je suis derrière toi. N’empêche tu n’es pas pardonné ok ?

Moi (heureux) : Je sais comment me faire….

Luis (toussotement) : Hum, hum. C’est bon là les tourtereaux ? Quand même. Rire général.

Moi (donnant une bise à Aicha) : Va y, on se revoit demain. S’il te plait convint Abi de venir me voir ; averti ma mère et les autres. Ne t’inquiète pas c’est une question d’un jour tout au plus. Tu verras.

Une heure plus tard, je retrouve mon avocat et Dimitri chef du service d’enquête.

Maitre Ndour (concentré) : Tu viens de faire une erreur de débutant mon cher.

Moi : Et c’est quoi ?

Maître Ndour (moqueur) : Blesser l’orgueil d’une femme. Si j’étais toi, je l’épouse et l’affaire est close. Tu vas y perdre beaucoup de plumes en allant au procès.

Moi (fâché) : Jamais. Je préfère mourir que de lui accorder quoi que ce soit et je suis prêt à assumer toutes les conséquences.

Dimitri (mordant son stylo) : Tu ferais mieux de suivre les conseils de ton avocat. Quand une femme veut montrer sa méchanceté même le diable s’assoit pour apprendre.

Rire général.

Moi (redevenant sérieux) : Trêve de plaisanterie. Je veux tous savoir d’elle durant ces cinq dernières années, absolument tout. Ne laisse aucun détail Dimitri, sort moi tous les cadavres de son placard. Quant – à toi Maitre va la voir et dis-lui qu’elle peut se rétracter avant qu’il ne soit trop tard et que je ne porterais pas plainte pour fausse accusation. Par contre si nous allons au tribunal, tant pis pour elle.

 

Aicha : la mémoire

 

Je quitte Malick, le cœur meurtri. Je suis très angoissée et je ne sais même pas par qui commencer. Finalement, je décide d’aller voir Abi en premier. Dans la voiture, les souvenirs d’elle me reviennent. Ma rencontre avec elle, nos divergences à cause de Malick. J’ai de plus en plus mal à la tête tellement les souvenirs viennent à flot.

Comme imaginée, je  retrouve Abi en piteuse état.  Assise au salon en robe bouffante, elle sirote un thé en regarder vaguement la télé. Ma fille s’amuse à côté d’elle avec ses jouets. Quand cette dernière me voit, elle court se cacher dans les bras d’Abi. Je me demande comment je vais faire pour la reprendre celle – là ?

Moi (hésitante) : Bonjour Abi !

Abi (sourire forcé) : Salut, comment tu vas ? On se fait les salutations d’usage et je réfléchis à comment exposer le problème.

Moi : Je ne sais pas par où commencer.

Abi (tranchante) : Alors ne commence pas.

Moi (cherchant mes mots) : Sa punition est   sévère alors…

Abi (curieuse) : Quelle punition ?

Moi (m’assoyant) : Marianne l’accuse de tentative de meurtre et il est en ce moment même en garde à vue. Abi ouvre grand les yeux. Ouvre la bouche, la referme, la  rouvre, la referme encore avant de la prendre carrément par ses mains. Il a demandé  à te voir. Elle se tait un moment avant de rompre le silence par un éclatement de rire.

Abi (frappant les deux mains) : Niaw (bien fait pour lui). Walay Dieu est efficace dé.

Moi (essayant de garder mon sérieux) : Je sais qu’il t’a profondément blessé mais aujourd’hui plus que jamais, il a besoin de ton soutien.

Abi se levant : Laisse tomber Aicha, je n’ai plus rien à voir avec lui. De toute façon, il t’a toi.

Moi (lui prenant la main) : S’il te plaît Abi, tu es  le socle de cette famille et…

Abi (se dégageant) : Socle mon œil oui. Tu ne me feras pas changer d’avis Aicha alors s’il te plait respecte ma décision. J’ai acceptée depuis longtemps le fait qu’il ne m’aime pas mais là, c’est la goutte de trop

Moi (me levant) : Quand un homme te trompe et que tu ne réagis pas, ne t’attends pas à ce qu’il ne le refasse pas. Là elle me lance un regard si noir que je frissonne mais comme je m’étais lancée, hors de question que je recule. Je bombe la poitrine et reprend : Abi, le mariage c’est comme un champ de blé. Si après avoir récolté les graines tu ne les arrose  pas, ne t’attends pas à ce qu’il germe. Et quand elles auront germées, la plus grande difficulté résidera à les entretenir. Tu fais ton travail, tu enlèves toutes les mauvaises herbes, écrases les vers comme Marianne sur ton passage et tu continues ton chemin. Tu rencontreras quelque fois des tempêtes ou encore des manges mils viendront tous piller mais garde toujours en tête que temps que tu as ton champs, tu auras toujours la chance de faire de bonnes récoltes. Abi recule d’un pas, me regarde de haut en bas avant de dire.

Abi : Tu as retrouvé la mémoire ?

Moi : Oui ; Elle éclate de rire et me prend dans ses bras.

Abi (se redressant) : Et c’est qui le champ ?

Moi (petite moue) : Malick. Encore éclat de rire.

Abi : Do dème.  Je suis contente que tu es retrouvée  ta mémoire. Enfin dit – elle en soufflant grandement. Ok, il est dans quel commissariat ce malfrat ?

Moi (faisant une mimique) : Regardez-moi ça, han. Laisse monsieur poiroter encore quelques jours, ne prends aucun de ses appels et continue d’être fâchée. Quand je le verrais, je vais en rajouter une bonne couche.

Abi (fronçant les cils) : Je ne comprends plus rien. Tu viens que me faire la grande morale  et maintenant ça.

Moi (prenant ma fille) : Il y a une différence entre soutenir et pardonner. Donc pour l’instant, tu le soutiens grandement en allant le voir avec toute la famille. Il dit que tout va se régler au plus tard demain soir donc tu attends son retour pour faire la triste et tout le tralala. Montre lui que tu es plus que dessus par son comportement et qu’il te faudra du temps pour t’en remettre. Réveille sa culpabilité au maximum. D’accord ?

Abi : Tu crois ?

Moi (sourire) : Ça lui apprendra. Regarde comme tes yeux sont bouffis   tellement tu as pleuré. C’est une punition divine, plus jamais il ne nous trompera.

Abi (prenant sa bouche) : Hey Aicha, tu es méchante dé. Notre mari va dormir en prison et toi tu ris.

Moi (prenant mon bébé dans les bras) : Tu as vu où le sourire. Allons chez ma belle – mère lui dire avant qu’elle ne l’apprenne des radios. Et s’il te plaît ne t’inquiète pas, il est dans de bonne mains et comme il dit, tout va rentrer dans l’ordre.

 

Je suis passée à la pharmacie acheter un médicament pour mon mal de tête. De plus en plus je n’arrivais pas à supporter la douleur mais je ne pouvais dérober de mon devoir. En cours de route Abi appela la grande sœur de Malick, Oumi pour qu’elle nous rejoigne en urgence chez notre belle – mère. Abi avait l’air hyper tendue  à notre arrivé à sacrée cœur. Tante Sokhna nous rejoint au salon un quart – heure après notre arrivée. Plus on l’attendait plus les souvenirs d’elle me revenait. Elle ne m’aimait pas, alors pas du tout. Je comprends maintenant le pourquoi de cette froideur à mon égard. J’ai toujours senti la fausseté dans ses gestes et paroles avec moi.

Tante (sourire jaune) : Mes belles filles ! Que me vaut  le plaisir de cette visite surprise. Abi et moi, nous nous regardons et elle comme moi n’osons aborder le sujet. C’est là qu’Oumi entre en trombe dans le salon, le couple soufflé. Sa mère la regarde avec surprise avant de reporter ses yeux d’aigle  vers nous. Gawé lène ma (répondez vite ?). Que se passe t – il encore ?  Cette fois elle plonge son regard de venin vers le mien m’obligeant à baisser les yeux. Je sens que je vais encore y passer. Abi me prend fortement la main et raconte d’un trait ce qui se passe.

Vous vouliez voir un théâtre dramatique en direct ? Nous avons été servis. Ma belle – mère nous a sorti un monologue shakespearien digne de ce nom. Cette femme a une manière extraordinaire d’exprimait  la douleur en y mettant toutes les artifices du monde. Mais dans toute cette mascarade, ce sont les insultes colorées qu’elle me lançait en pleine figure, qui commençaient à m’exaspérer. Je me suis levée avec calme pour m’adresser à elle.

Moi : Vous devriez garder votre énergie et votre colère pour demain quand vous serez en face de cette femme qui veut détruire la vie de votre fils. Si vous voulez bien m’excuser car j’ai une migraine affreuse depuis ce matin et j’aimerai aller voir le médecin fini – je en me tournant vers Abi et Oumi.

Tante Sokhna (voix acerbe) : Astahfiroulah, votre mari, mon fils, est en prison et vous ne voulez pas nous accompagner ?

Moi (regard méprisant) : Je l’ai déjà vu  et parlé. Je t’appelle tout à l’heure Abi. Bye finis – je, en tournant les talons. Si je reste une minute je vais l’étriper. Comment Malick peut avoir une mère aussi artificielle, lui qui est si simple et humble ? J’espère que cette histoire va vite se régler sinon moi-même je croirais ce que ma belle – mère a dit. Sa phrase me revient sans cesse. « Quand deux étoiles contraire s’acharnent à prendre la même direction, partout où elles passent, elles provoqueront le Kao ».

Je n’ai pas eu la force d’aller voir un médecin, je suis retournée chez moi et je me suis couchée. Les souvenirs m’envahissent, la rencontre avec Malick, la manière fâcheuse dont  nous nous sommes quittés  la première fois. Mon mariage forcé avec ce maire et toutes les choses monstrueuses qu’il m’a fait. Ma deuxième rencontre avec Malick à cette fameuse soirée de gala. Enfin l’image de Wilane me revient, quand il a voulu abuser de moi, quand je lui ai tiré  dessus. Tout me revient, même Marianne quand elle m’a attaquée sur le hall de l’entreprise et comment j’ai failli perdre mon bébé. Malick et son accident grave de l’avion. Le kidnapping et tout ce qui s’en est suivi….

Sous la couette je tremble et pleure avec désespoir. Peut – être que ma belle-mère a raison. Lui et moi n’avons jamais trouvé  la paix depuis que l’on se connait. Devons-nous continuer à forcer le destin pour rester ensemble ?

 

 

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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