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Les chefs d’Etat africains et la tentation du troisième mandat

La dernière sortie du Président ivoirien sur la possibilité, pour lui, de briguer un troisième mandat en 2020 est l’arbre qui cache la forêt.

Nombreux sont, en effet, les chefs d’Etat sortants qui sont tentés par ce mandat que d’aucuns considèrent comme de trop. Petit tour d’horizon du continent. 

C’est un phénomène de mode qui, tel une maladie virale, est en passe de se propager dans tout le continent. En effet, beaucoup de chefs d’Etat, inspirés par leurs «tailleurs» constitutionnels, ont déjà ou sont en passe de briguer un troisième mandat. Et là, le stratagème est de haute voltige. Il ne s’agit plus de tripatouiller la Constitution pour se faire réélire à un énième mandat. La nouvelle recette est simple : une fois élu, on s’empresse de proposer au référendum une nouvelle Constitution qui «verrouille» le nombre de mandats à deux. Cela fait style et classe aux yeux d’une communauté internationale regardante sur les notions évanescentes de démocratie et de bonne gouvernance. Sauf que, à l’arrivée, dans la computation, on ne se prévaudra plus de la nouvelle mais de l’ancienne Constitution pour remettre les compteurs à zéro. Le plus téméraire d’entre tous est, sans conteste, Pierre Nkurunziza. Le Président burundais, élu, pour la première fois, en 2005, a été réélu en 2010. Considérant que son premier mandat n’était nullement impacté par la limitation, l’ancien rebelle des Fdd de Melchior Ndadaye a, contre vents et marées, brigué le mandat qu’il considérait comme le premier jusqu’en 2015 avant de se présenter, à nouveau, devant les électeurs burundais pour un deuxième mandat. Pas suffisant pour combler les appétits insatiables de celui qui se croit investi d’un rôle messianique.

 

Devant céder le pouvoir en 2020, il a fait voter, récemment, un texte par référendum. En mars 2018, Nkurunziza est nommé «guide suprême éternel» du Cndd-Fdd. Auparavant, en janvier 2018, lors de la campagne électorale pour le référendum, le pouvoir burundais fait arrêter des opposants. Le référendum constitutionnel a lieu le 17 mai 2018. Au terme d’une campagne violente où les opposants sont traqués, menacés, arrêtés voire tués et certains médias fermés, les modifications constitutionnelles sont approuvées à 73,3 % avec une participation de 96 %. D’autres, par des procédés plus light, s’y mettent aussi, chacun à sa façon. En RD Congo, Kabila a opté pour le glissement. Chaque fois que l’échéance électorale approche, il en fixe une nouvelle, au grand dam de l’église et de la communauté internationale. Jusqu’à la signature, l’année dernière, de l’accord dit de la Saint-Sylvestre dans lequel le fils du tombeur de Mobutu s’engage à organiser des élections générales en fin 2019. Sauf que l’équation sur sa participation, interdite en l’état actuel du droit positif congolais, demeure. Dernièrement, un membre de son parti a laissé entendre qu’il sera de la partie. Ce qui n’est pas sans raviver les tensions dans ce pays dirigé d’une main de fer par un Kabila confortablement installé dans le viseur de la Cour pénale internationale (Cpi) et du Département d’Etat américain.

 

En République de Guinée, à un peu plus de deux ans de la fin de son second mandat, le Président guinéen entretient encore le flou sur ses intentions réelles. Il refuse de se déterminer clairement sur une éventuelle modification de la Constitution qui lui permettrait de briguer un troisième mandat. Par doses homéopathiques, le Professeur fait des sorties à même de lui baliser le terrain. Dans une interview accordée au journal The Economist, le locataire du Palais Sékoutoureya a estimé que la limitation des mandats constitue un frein à la réalisation de nombreux et ambitieux projets des chefs d’Etat africains. Ce qui en dit long sur ses intentions. Si Condé avance masqué, ce n’est pas le cas pour le Président ivoirien. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, Alassane Dramane Ouattara n’a pas exclu de briguer un troisième mandat. «La nouvelle Constitution m’autorise à faire deux mandats à partir de 2020. Je ne prendrai ma décision définitive qu’à ce moment-là, en fonction de la situation de la Côte d’Ivoire. La stabilité et la paix passent avant tout, y compris avant mes principes», a-t-il laissé entendre. En Mauritanie voisine aussi, le Président Aziz ne crache pas sur l’éventualité d’un troisième mandat. Comme pour lancer un ballon de sonde, des religieux se sont prononcés favorablement pour.

Pour simplement dire que, sur les bords de la Lagune Ebrié, sur les dunes de sable de Nouakchott, comme ailleurs sur le continent, les paris sur le mandat restent infiniment ouverts.

Ibrahima ANNE

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