Embouteillages et contraintes horaires : Les chauffeurs dans le dur

Ce couvre-feu de 12 jours constitue un véritable dur pour les chauffeurs de taxi. Ils ont perdu le nord à cause des embouteillages et des contraintes horaires qui impactent négativement leurs affaires.

A cause du couvre-feu, Fallou Diop, chauffeur de taxi, ne peut plus verser quotidiennement les 10 000 francs à son employeur. Rencontré à Colobane, il affirme que le président a pris une décision «irréfléchie» sans pour autant comprendre l’enjeu d’un secteur aussi important que le transport. Issa Dione est taximan. Originaire du département de Tivaoune, Issa est ce qu’on appelle Sirouman. Il n’a pas un véhicule qui lui est propre. Ainsi, il démarrait sa journée à 17 heures, après la descente du titulaire, et descendait à 2 heures. Mais, avec le couvre-feu, il est pratiquement au chômage. «Il est impossible de travailler entre 18 et 20 heures. Non seulement, il y a trop d’embouteillages, mais les clients sont rares», se désole Issa Dione qui espère que le couvre-feu ne sera pas prorogé. Modou Ndiaye,  secrétaire général d’un syndicat de chauffeurs de taxis, déplore le «manque à gagner énorme».

Au niveau du Rond-Point Tally bou bess de Pikine et de la gare routière de Colobane, c’est la même rengaine. Les chauffeurs ne cachent pas leur frustration. Abdou Diop, chauffeur d’une Mercedes 508, communément appelé Ndiaga Ndiaye, rumine sa colère. «Nous ne sommes pas contre le couvre-feu. Mais franchement, l’heure, 21 heures ne nous arrange pas. Ce n’est pas du tout bon», peste-t-il. Abdou Diop affirme que le transport ne nourrit plus son homme, surtout en cette période. «Nous souffrons terriblement des embouteillages. Partout, il y a des chantiers. En temps normal, on descendait à 23 heures parfois minuit et on pouvait faire cinq aller-retour entre Dakar et Guédiawaye. Aujourd’hui, on n’est plus en mesure de le faire à cause de ses chantiers du Brt  et de l’autopont de Pikine. Le couvre-feu, c’est la catastrophe. S’il dure, nous risquons d’avoir des problèmes avec nos patrons», poursuit-il. Aziz Seck de Colobane, un autre conducteur de «Ndiaga Ndiaye» flingue le chef de l’Etat et son ministre Mansour Faye. «Macky Sall n’aime pas le transport. Aujourd’hui, il nous l’a démontré par sa mesure impopulaire de couvre-feu qui démarre à 21 heures. Car aujourd’hui, nous sommes déjà fatigués des tracasseries sur les routes, de la cherté du carburant, des embouteillages avec des chantiers qui ne s’achèvent jamais. On agonise avec le couvre-feu », assène-t-il. Toutefois, certains taximen profitent de la forte demande aux heures de pointe pour doubler les tarifs.

Face à ces désagréments, les syndicalistes exigent la révision des horaires du couvre-feu. Alassane Ndoye, secrétaire général d’un syndicat affirme que personne ne travaille plus correctement. En effet, d’après lui, les horaires favorisent les accidents, puisque le chauffeur ne conduit plus sereinement car il est obnubilé par son versement et le client, pressé de rentrer chez lui, le harcèle. «Ce couvre-feu constitue un véritable problème de sécurité», indique Alassane Ndoye qui plaide des concertations entre les transporteurs et l’Etat. Abdou Karim Seck affirme qu’il faut ramener le couvre-feu de 23 heures à 05 heures pour permettre aux populations de rentrer en toute quiétude. Mais ce n’est pas seulement les nouvelles mesures qui constituent un casse-tête pour les taximen qui déplorent également les tracasseries liées au non port du masque par certains clients. Modou Ndiaye affirme que les policiers ou les gendarmes leur imputent la responsabilité et les taxent jusqu’à 6 000 francs.

 

 

 

 

 

Théodore SEMEDO

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Rédacteur en chef de walfnet.com

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