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Entretien avec CHEIKH BAMBA DIEYE (suite et fin) : «L’argent public a servi à recruter et à recycler les transhumants»

EXCLUSIF

Dans ce deuxième jet de l’entretien qu’il a accordé à Wal Fadjri, Cheikh Bamba DIEYE diagnostique

le train de vie de l’Etat qu’il trouve onéreux. L’ancien maire de Saint-Louis déplore

les nombreuses dépenses du régime de Macky SALL qui, selon lui,

n’impactent en rien sur le quotidien des

Sénégalais,dont les priorités

sont loin d’être celles

du gouvernement.

WALF : Etes-vous épinglé par le rapport de l’IGE ?

Cheikh BAMBA DIEYE : Moi, Cheikh Bamba DIEYE, épinglé ! Je vous rappelle une chose. Lorsqu’on était maires, nous avions une belle initiative avec Lux Dev en collaboration avec le Forum civil pour asseoir la transparence, plus de bonne gouvernance et de crédibilité dans la gestion de nos collectivités locales. Nous étions impliqués au même titre que Monsieur le maire de Fatick de l’époque (Macky SALL, Ndlr) et il est sorti dernier. Il est sorti dernier en matière de transparence et de bonne gouvernance. Fouillez les archives, vous verrez. Demandez au Forum civil, il est sorti dernier.

A quelques mois des prochaines législatives, pensez-vous que les députés font leur travail ?

Vous savez mieux que moi, tous les Sénégalais savent que ce qui se fait n’est pas conforme à leurs attentes. Il y a urgence que les élections se passent et dans les bonnes conditions pour que nous puissions avoir des députés à la hauteur de leurs missions. Un bon député, il n’y a pas très longtemps, a été capable de sauver la mise à notre pays sur des questions essentielles. Il s’agit de la Nation et de sa sécurité. C’est pourquoi je n’accepte pas et je ne peux pas tolérer cette démarche électoraliste et archaïque qui nous fait honte. Vous savez pourquoi cela me fait honte ? Parce que quand tu as des vis-à-vis, il faut qu’ils soient à ta hauteur en termes de stratégies, de pratiques, etc…, pour que ceux qui nous regardent puissent être fiers et les Sénégalais puissent être fiers de leurs représentants.

Fallait-il donc augmenter leur nombre ?

Les gens pensaient à cinq députés. Apparemment, il y avait un accord sur dix. Encore que… Mais, ce qui n’est pas acceptable, c’est qu’on nous mette devant le fait accompli.

Et du Hcct, vous pensez quoi ?

Comme beaucoup de créations, le Hcct pose problème dans ce pays. Les Sénégalais se posent la question de savoir où est la prévision pour pouvoir remplacer à temps la machine de radiothérapie parce que, gouverner c’est prévoir. Les Sénégalais ne se posent pas la question ou ne sont pas suffisamment regardants par rapport aux actes que pose ou va poser l’Etat du Sénégal dans le même laps de temps.

Vous prenez l’argent public qui a servi à recruter ceux qui devaient avoir beaucoup de problèmes pour pouvoir justifier leur gestion d’hier et pour recycler les transhumants. On vous dit que Djibo Kâ 400 millions, Innocence Ntab Ndiaye 300 millions, Awa Ndiaye 300 ou 400 millions. Cela fait plus d’un milliard de francs. Vous créez à côté le Hcct, vous faites la somme et vous vous dites : qu’est-ce qui se passe ? Dialogue des territoires, Dialogue social, Hcct… Quelle est la rationalité de l’action posée ? Vous n’êtes pas loin de 8 milliards quand vous additionnez le tout. Et c’est pourquoi on pose les questions. Les Sénégalais se disent : voici des structures qui ne servent à rien du tout. Quand vous vous éparpillez dans des «inutileries», vous perdez au change par rapport à vos priorités.

Ne dit-on pas que la démocratie n’a pas de prix mais a un coût ?

Est-ce que vous êtes sérieux ? En réalité, si on regarde ce qui se passe et la manière avec laquelle cela se fait, je dis que l’on est en train de dépenser vos maigres ressources dans des «inutileries».

Vous pensez que Macky le fait pour ferrer ses alliés ?

Là vous me donnez raison quand je dis qu’il a trahi l’ensemble de ses engagements. En définitive, il ne s’agit pas de l’argent de Macky Sall pour que cela serve ses intérêts et de ferrer quelqu’un. C’est l’argent des 14 millions de Sénégalais qui ont des vraies priorités en attente. Et jusqu’à présent rien n’est fait. C’est pourquoi je dis que nous, acteurs politiques, et nous autres Sénégalais, devons refuser cette distance qui existe entre nous et la manière avec laquelle notre argent est géré. C’est là où le mal est parce que, de 2012 à maintenant, on n’avait pas besoin de ce Hcct ni du Dialogue des territoires encore moins du Dialogue social et je ne sais quoi encore.

Vous êtes aussi responsable pour avoir aidé Macky Sall à accéder au pouvoir

Il faut dissocier la lutte politique et les fautes de gestion. La lutte politique a pour fondement la recherche d’un mieux-être pour les populations et personne ne peut nous refuser le droit de nous battre pour le mieux-être des Sénégalais. On le fait en toute bonne foi. La conséquence d’une lutte politique qui entraîne l’élection d’un homme entraîne de fait une responsabilisation individuelle de chacun par rapport à l’acte qu’il fait. Nous tous serons éternellement interpellés par rapport à l’obligation que nous avons d’être toujours dans le combat pour un mieux-être de notre pays. J’ai pris sur moi la responsabilité de mobiliser plusieurs millions et de les mettre dans un combat citoyen, de renoncer au gain de ce combat citoyen parce que j’estimais à l’époque que ce qui se faisait n’était pas conforme aux lois de la République. J’estime avoir fait ce que mon pays attend de moi. Jusqu’à présent, je suis resté conforme à cet engagement, toujours en alerte et à la recherche de la bonne solution. A priori personne n’est mauvais, c’est à l’aune des actes posés que nous nous déterminons pour assurer la mission de construire ou de rompre notre relation. Et c’est pourquoi, lorsque nous allons vers des nouvelles échéances électorales, nous demandons comme premier postulat que les termes soient clairs. Et que les Sénégalais nous aident aussi à obliger l’Etat du Sénégal et particulièrement Macky Sall à laisser les gens libres de leurs mouvements. Parce que le Sénégal a surtout besoin d’avoir des personnalités politiques comme Cheikh Bamba Dièye à l’Assemblée nationale pour des raisons évidentes de protection et surtout de veille vigilante par rapport aux intérêts de la République. Et par rapport à cette quête, toute situation qui peut porter atteinte à cette liberté et à la capacité à choisir des Sénégalais doit être combattue par les Sénégalais bien avant les politiques.

«On vous dit que Djibo Kâ 400 millions, Innocence Ntab Ndiaye 300 millions, Awa Ndiaye 300 ou 400 millions. Cela fait plus d’un milliard de francs. Vous créez à côté le Hcct, vous faites la somme et vous vous dites : qu’est-ce qui se passe ? Dialogue des territoires, Dialogue social, Hcct… Quelle est la rationalité de l’action posée ? Vous n’êtes pas loin de 8 milliards quand vous additionnez le tout»

Est-ce que ce n’est pas parce qu’on élit des présidents par défaut ?

Je ne partage pas votre point de vue. Je pose le débat en termes de responsabilité de l’électeur sénégalais. Il n’y a jamais de président par défaut. Il ne faudrait pas nous dédouaner de notre responsabilité.

N’avez-vous pas soutenu Macky parce que vous vouliez vous débarrasser de Wade ?

Du tout. Cela découlait d’une prise de position sur plusieurs mois.

Qui voulait que Wade dégage

Non, il ne faudrait pas faire de la simplification. A force de faire de la simplification, on amène les citoyens à simplifier tout. On est pour ou contre alors que c’est beaucoup plus profond que cela. Parce que je n’ai pas d’objet à faire valoir pour que mon action politique se résume à qu’il dégage ou non.

Au second tour, tous les opposants ont été contre Wade

C’est la logique élémentaire. Il y a eu des fautes graves par rapport à la Constitution, par rapport aux engagements et à l’Etat de droit. Et quinze Sénégalais sont morts pour cela et ce n’est pas rien. C’était très grave ce qui s’est passé. Personne n’a gagné sinon le peuple. Cela été trop dur pour beaucoup de Sénégalais. Ces jours ont été les plus sombres de la République. Donc il ne faut pas minimiser. Chaque acte posé par rapport à cela était très profond et très politique. De ce point de vue, refusons d’individualiser les problèmes. Pensons plutôt à la Nation, à la démocratie, à l’Etat de droit et au respect des libertés. Et de ce point de vue, quel que soit l’individu que nous avons en face de nous, nous le regardons en tant que X ou Y mais simplement à l’aune de ce qu’il fait. Et c’est comme cela que je voudrais que les acteurs politiques, la presse, la société, en général, que nous analysions les choses. Nous sommes dans l’obligation d’être très élevés parce que ce que nous faisons est très important, c’est la chose la plus importante, d’ailleurs : la manière avec laquelle on va gérer le pays.

Regardez la manière inique et complètement destructrice de notre système démocratique lors du référendum. A tous les niveaux, nous avons enregistré des reculs inacceptables : déficit de transparence, déficit d’équité, utilisation abusive de l’argent, etc. C’est cela la grande menace.

Vous ne vous souciez pas de l’article 80 de la Constitution ?

Si je l’avais fait, je n’allais pas poser les actes que j’ai posés.

Cheikh Bamba Dièye n’a pas peur de la prison ?

Non, ce n’est pas que j’ai peur ou non. Dans un Etat normalement constitué, cela ne devrait pas se poser sur la tête de personne.  Mais, personne ne nous empêchera d’assumer nos responsabilités qui sont de chercher le bien-être des populations. Il y a des précédents dangereux qui pèsent sur les élections à venir et nous en avons déjà les signes évidents. Tout ce que nous avons critiqué, les menaces pensantes lors du référendum sont en train de revenir à vitesse grande V. Dans quelles conditions d’équité et d’équilibre ces élections vont se tenir ? Dès à présent, la guillotine politicienne fonctionne et se nourrit du sang des citoyens.

(FIN)

Propos recueillis par Mame Birame WATHIE,

Charles G. DIENE

& Adja M. BADJI

(Stagiaire)

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