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30 ans après, Baydeuk n’a pas changé de «visage». Il est resté une cité perdue. À l’origine, c’est le contexte socio-économique de la ville de Mbour qui a conduit à l’implantation de ce quartier d’habitation spontanée. Situé derrière le stade Caroline Faye -juste à l’entrée de Mbour- «Bay deuk» en wolof «défricher pour habiter» est né du fait de l’exode rural. «L’espace a été réservé pour la construction d’un lycée technique. Cheikh Tine est le premier à y habiter. Mais, en 1996, on lui affecte une parcelle à Médine, où il a déménagé. Cheikh est d’ailleurs l’actuel chef de quartier de Médine», renseigne Djiby Sow, président de l’Association And suxali Baydeuk. Même si un autre notable du nom de Lamine Maria revendique la paternité du quartier. À Baydeuk, c’est l’ambiance des grandes cités populeuses. De petits regroupements se forment devant les maisons.
D’un côté, les jeunes s’affairent autour du thé, de l’autre des vieux se font une partie de belotte. L’origine de ce quartier est presque connue de tous. Elle est surtout liée, d’après le président de And suxali Baydeuk, à l’économie. À en croire Sow, les principales grappes de convergence de l’économie mbouroise que sont la pêche et le tourisme étaient à leur apogée, à l’époque. Car le quai de Mbour était le premier port de débarquement du Sénégal avec 60% des débarquements de la pêche artisanale. S’y ajoute que beaucoup de touristes visitaient la station balnéaire de Saly, qui était rattachée à la ville de Mbour. Par conséquent, les revenus qui provenaient de ces deux activités avaient aussi développé les autres secteurs de l’économie comme l’artisanat, le commerce, … «Cet essor économique a influencé le flux d’arrivées de populations venues de l’intérieur du pays, notamment du Saloum, du Baol… à la recherche d’un gagne-pain à la sueur de leur front», indique notre interlocuteur. Qui précise que ces ruraux étaient essentiellement constitués de charretiers qui assuraient le transport hippomobile (il n’y avait pas de taxi en ce moment). Il y en avait parmi eux aussi des travailleurs du bâtiment, des veilleurs de nuit, bref de tous les corps de métiers d’artisans.
Djiby Sow poursuit en soutenant que ce sont ces progrès économiques qui ont conduit à une augmentation de la démographie de la ville de Mbour. D’où «la nécessité de nouveaux espaces d’habitation qui valorisent le mètre carré, devenu inaccessible aux citoyens moyens. Car, à l’époque, Mbour s’arrêtait à la fameuse station Shell au quartier Relais. L’actuel stade Caroline Faye se trouvait à la périphérie de la ville et derrière il y avait une forêt». C’est ainsi que ces ruraux qui n’avaient pas assez de moyens, avaient alors initié l’érection de huttes de fortunes derrière le stade Caroline Faye. Les autorités laissant faire, les huttes ont poussé comme des champignons. C’est comme ça qu’est né Baydeuk, il y a plus de 30 ans. Depuis lors, «chaque maire qui arrive est préoccupé par cet espace rural au cœur de la ville en expansion, considéré comme une plaie pour les Mbourois». Certains Mbourois d’origine sont également venus y élire domicile.
Le premier combat auquel les riverains de Baydeuk se sont livrés a été celui du lotissement de ce bidonville. Baydeuk était une cité sortie de terre sans aucune forme. Les maisons étaient entassées comme des sardines à telle enseigne qu’il était impossible pour les sapeurs-pompiers d’y accéder en cas d’incendies. Une situation qui n’a pas laissé indifférent le Collectif And Suxxali Baydeuk. D’après son président, la lutte pour le lotissement a été longue. C’est à l’issue d’une marche en 2009, à la veille des élections locales, que la cause a été entendue. Car, c’est en ce moment que la sénatrice Anne Marie Dione est venue leur rendre visite et a récupéré le dossier pour le remettre au président de la République sortant, Abdoulaye Wade, via Pape Diop, président du Sénat. C’est ainsi, d’après toujours notre interlocuteur, que le préfet Mamadou Dia a été instruit pour diligenter le lotissement sous les auspices de l’inspection des Impôts et Domaines dirigée à l’époque par Serigne Fall, alors président de la délégation spéciale. La communauté rurale de Malicounda a cédé 70 ha à la commune de Mbour qui ne disposait plus de surface habitable. Ce qui a permis le relogement d’une partie de la population non bénéficiaire du lotissement dans la nouvelle cité dortoir de Faloh.
«Les populations ont perdu plus de 20 millions en frais de bornage»
Après le lotissement, la sénatrice Anne Marie avait aussi décroché une audience auprès du président de la République pour les habitants. Au cours de cette rencontre, selon Djiby Sow qui y a participé, Abdoulaye Wade avait signé séance tenante le document sur l’électrification immédiatement remis à Karim Wade. Et le dossier de l’eau avait été remis au Premier ministre, Souleymane Ndéné Ndiaye. Ainsi, une petite partie du quartier a été électrifiée, et la Sde -qui avait opéré des mesures dans tout le quartier- a estimé le devis à 100 millions de francs. Toutefois, jusqu’à présent, rien n’a été réalisé. Suffisant pour interpeller les nouvelles autorités. «C’est pourquoi, nous demandons à Macky d’appliquer la résolution sortie de cette audience pour nous permettre de bénéficier d’adduction d’eau et compléter l’électrification qui avait été débutée par l’ancien régime», lance Djiby Sow.
«Nous fustigeons les 50.000frs de frais de bornage que nous avons payés à la mairie, car pour ce lotissement la mairie n’a déboursé aucun franc. Tout le travail est effectué par des volontaires du quartier, qui ont fait le travail des bulldozers. Ils ont été rémunérés par deux parcelles chacun à Faloh. Donc, c’est injuste de payer des frais de bornage à la mairie», dénonce Djiby Sow. Qui fait remarquer que les populations étaient souvent victimes de manipulations et d’arnaques. À en croire le président du collectif And suxxali Baydeuk, lors du lotissement du quartier nommé Liberté, une partie de la population avaient payé 20.000 francs de frais de bornage auprès des «arnaqueurs», sans bénéficier de parcelles. Une seconde fois, en 1999, des agents municipaux aidés par le chef de quartier Lamine Maria sont venus recenser et faire payer 30.000 francs pour des frais de bornage. Il a fallu une vérification au niveau du trésor, d’après lui, pour se rendre compte que c’était une arnaque. «Ces cotisations avaient été évaluées à plus de 20 millions au total. Il y en a qui n’ont pas reçu jusqu’à ce jour leur argent. Pour certains, ils ont perdu leur reçu au cours d’incendies», raconte Djiby Sow.