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J’ai mal pour le Mali et je suis meurtri pour le Burkina (Par Mamadou NDAO)

CONTRIBUTION

Le décompte macabre au quotidien me rappelle le célèbre roman d’Albert Camus « La peste ». La comparaison n’est pas fortuite car comme la peste dans ses péripéties à Oran en 1940, cette barbarie qui est la peste des temps modernes s’est emparée de deux pays frères d’Afrique de l’Ouest que tout par leur passé lie au nôtre.

Comment en est-on arrivé là aujourd’hui, dans un silence quasi coupable des africains, que dis je de la communauté internationale ; silence lézardé de temps à autre par la longue liste des morts, civils comme militaires, que nous annonce en boucle RFI ?

Pendant que l’émotion est à son comble, et que la tristesse et la désolation charrient leurs lots de récrimination vis-à-vis des dirigeants complétement désemparés, qui cherchent vaille que vaille à maquiller cette sale guerre sous le prisme d’une guerre asymétrique, la motion est en panne.

Avant d’être asymétrique faudrait-il d’abord qu’elle soit une guerre, me rétorque à juste titre un de mes frères du Burkina. En effet, une guerre obéit aux normes du droit de la guerre, c’est tout le contraire de ce qui se passe, qui n’est ni plus ni moins que du banditisme. Cette folie qu’on observe aujourd’hui au Burkina et au Mali est suffisamment grave pour mériter que les opinions publiques se prononcent et agissent ouvertement. Malheureusement elles sont plus promptes à brocarder des régimes qu’à faire face à l’innommable. L’heure est grave comme on dirait à une autre époque.

Des bandits ont pris les armes pour mettre par terre l’Etat et ses symboles dont le plus important est le territoire sur lequel ils ont décidé avec des complicités réelles d’ériger des « No man’s land », afin de faire main basse sur les richesses. Pis ils s’en prennent aux forces de défense et de sécurité qu’ils déciment jusque dans les capitales et, pour narguer tout le monde, ils vont jusque dans une caserne militaire au Burkina Faso en plein cœur de Ouagadougou, ou à l’hôtel Radisson de Bamako pour perpétrer leur forfaits.. Défiance ne pouvait être plus manifeste.

Face à cela, on nous propose une solidarité internationale à géométrie variable, très prompte à se mettre en branle lorsqu’il s’agit d’autres bandits qui écument le golfe de Guinée. OUI, à cet endroit-là il y a des intérêts stratégiques à préserver.

Tout, y compris dans le lexique formaté de cette communauté internationale relayé par les médias occidentaux, participe à tracer des lignes de césure entre les victimes occidentales de pareils actes, pour lesquelles on indexe aussitôt les actes terroristes avec une certaine connotation. En revanche, lorsqu’il s’agit de 33 burkinabés militaires civils ou enseignants ou 20 vingt maliens on parle d’attaque Djihadiste pour en faire un épiphénomène circonscrit au sahel. Que recouvrent ces deux réalités ? Cette dichotomie pernicieuse ? Deux choses extrêmement vexantes qui accréditent la thèse selon laquelle une vie humaine à Kidal ou dans la province du Soum n’est pas d’égale dignité avec la vie d’un passant en occident tombé sous les coups d’un extrémiste.

Hélas, nous aussi on reprend les mêmes clichés. Le comble c’est que nos institutions régionales sous régionale, voire les organisations de la société civile sont prises dans ce piège. Ce qui se passe au Mali au Burkina est bien plus grave que la crise politique en Guinée Bissau. Bientôt ce conflit va s’élargir, et si on y prend garde risque de plomber tous les projets panafricains en chantier et notamment la ZLECAF. En observant la réaction de la CEDEAO dans ces deux cas, on ne peut qu’être dépité.

Bien sûr les pyromanes d’hier qui ont acté la division du territoire malien, en faisant de KIDAL une zone de non droit, et installé la terreur à Ouaga, sont disqualifiés pour être les sapeurs-pompiers d’aujourd’hui.

Pour se donner bonne conscience, ils mettent en place des pseudos stratégies, de fausses solutions aux vrais problèmes. J’ai mal lorsqu’un ami malien ne peut plus circuler librement chez lui, lorsqu’un enseignant burkinabé déserte sa classe par ce qu’il est en insécurité.

Les africains hélas s’emmurent dans un silence complice de cette barbarie qui telle une pieuvre est en train d’enlacer de ses tentacules toute la sève nourricière de notre sous-région. A qui le tour demain ?

La menace est là et bien réelle. La mise en place du G5 Sahel sans le Sénégal qui je le rappelle a perdu des hommes au Mali est une bêtise. C’est ma conviction, il faut revenir sur cette énormité. La preuve toutes les initiatives prises sans le Sénégal dans ce cadre ont échoué (Barkane, Minusma, et bientôt le « Sabre »).

Il ne sert à rien de faire la politique de l’autruche, en détournant le regard sur ce spectacle hideux qui n’épargnera personne, car l’objectif ultime de ces brigands est de mettre à genoux les fragiles démocraties dont on s’est doté au prix d’énormes sacrifices.

Lorsque je pense aux meurtrissures de mes amis et frères Chérif Moumina Sy, actuel ministre de la défense du Burkina, Ahmed Newton Barry, Luc Adolphe Tiao dernier Premier Ministre sous Blaise Campaoré… tous brillants journalistes ; sans oublier William Tapsoba , J’ai Mal. J’ai mal pour mes frères du Mali Hamèye Cissé, Sadou Yattara, et ma sœur Rokia Ba Touré.

Que Faire, lorsque des enjeux géopolitiques et de pouvoirs sont portés au pinacle par des forces occultes ? La société civile dernier rempart ne doit-elle pas prendre position et agir pour le retour aux fondamentaux de l’Etat démocratique : la conquête du pouvoir par les Urnes et non par les armes. C’est le moins qu’on peut attendre d’elle, car l’histoire retiendra.

Les erreurs du passé doivent être dépassées au profit de consensus forts, la survie de l’Etat et de ses institutions est en jeu. Personne n’échappera au CHAOS.

 

Mamadou NDAO

Citoyen panafricain Liberté 6 Dakar

 

 

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