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L’enseignant, le président et… le marabout

 CHRONIQUE DE MOUSTAPHA

 

Etre enseignant. C’est sans doute le rêve nourri par beaucoup de jeunes Sénégalais. C’est qu’après la famille –et peut-être l’école coranique pour certains, l’enseignant est le premier à exercer une certaine influence sur l’enfant. Mais elle semble lointaine, l’époque où l’enseignant était à la fois le père (ou la mère) et l’idole des élèves. Le monde a changé. La société sénégalaise aussi. Combien d’enseignants sont accusés de viol ou d’attouchements sexuels sur de jeunes filles qu’on leur a confiées en toute confiance ? En réalité, l’enseignant n’est plus celui-là qui dispense de la connaissance par passion. Certes, il existe encore de nombreux enseignants qui exercent leur métier dans la plus grande dignité, mais beaucoup d’entre eux sont de véritables chasseurs de primes. Et rien d’autre. Que l’on se comprenne bien. Ce serait trop simpliste et même injuste d’imputer la responsabilité de la crise du système éducatif aux seuls enseignants. Mais force est de reconnaître que les enseignants doivent aujourd’hui se regarder dans une glace. Ne serait-ce que pour tirer les leçons de leurs grèves cycliques qui ont fini de donner d’eux une très mauvaise opinion.

Il faut toutefois se garder de faire de l’enseignant un bouc-émissaire sur lequel tirent l’Etat, certaines associations de parents d’élèves ou d’organisations de la société civile qui ne donnent pas à l’école le quart de ce que peut lui donner celui-là entre les mains de qui l’enfant passe la plus grande partie de son temps. En réalité, pour espérer trouver une solution à la crise qui mine le système éducatif, l’Etat devrait, peut-être, penser à y aller étape après étape. Et notre conviction, c’est qu’il faudra mettre de l’ordre dans le milieu des syndicats d’enseignants. Car même le ministère en charge des organisations professionnelles aurait du mal à dire, avec exactitude, combien de syndicats compte le Sénégal. Résultat : A chaque fois qu’il y a négociations, l’Etat a en face une multitude d’interlocuteurs. Chacun se disant plus légitime que l’autre. Or, tout le monde le sait. Il y a des syndicats qui pèsent et des syndicats qui comptent. Seulement, de nombreux syndicats refusent aujourd’hui de se peser. Pourtant, il est bien possible de mettre de l’ordre dans ce milieu. Dans des pays comme l’Allemagne par exemple, il n’existe qu’un syndicat d’enseignants, du préscolaire au supérieur. Une telle option a au moins deux avantages : il permet d’avoir un syndicat fort en face d’un Etat qui sait avec qui négocier. Quel Etat s’aventurerait à ne peut pas respecter des engagements pris avec un syndicat qui pourrait perturber le système éducatif, du préscolaire au supérieur ? En réalité, l’émiettement syndical ne profite ni à l’Etat ni aux enseignants. La preuve a été donnée cette année par les deux «Grands cadres» qui ne s’entendent sur rien. Enfin presque. Puisque même si un groupe d’enseignants avait accepté de reprendre le chemin de l’école, de réelles menaces continuaient de peser sur l’année scolaire. Ironie du sort, ce sont les marabouts jadis traités de «citoyens ordinaires» qui sont venus sauver l’année scolaire. Là où le gouvernement avait fini de montrer toutes ses limites. Finalement, ils ne sont pas si ordinaires que ça ! Mais Touba et Tivaouane n’ont sauvé qu’une année. Encore que ! Mais l’école, elle, reste plongée dans une grave crise.

En réalité, après avoir expérimenté, en vain, les «Assises de l’Education», les «Accords réalistes et réalisables», il est peut-être temps pour le gouvernement et les syndicats d’enseignants d’explorer d’autres pistes. L’Etat devra, pour ce faire, respecter ses engagements, et tous ses engagements. Et les enseignants devront, pour leur part, changer de méthode de combat et rompre d’avec ces grèves qui ressemblent plus à des prises d’otages qu’à autre chose. Mais pour obliger les enseignants à changer de méthode, l’Etat devra aussi prendre toutes ses responsabilités dont la première est le respect des accords signés. Sinon les enseignants sénégalais pourront toujours fait comme la Confédération générale du travail (Cgt) de France qui, répondant au président François Hollande qui lui rappelait qu’«il faut savoir arrêter une grève», lui a tout bonnement lancé : «Il faut savoir arrêter une grève… quand on a obtenu satisfaction.»

Par Moustapha DIOP

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