Mali : jour de manifestation contre la CEDEAO

A la demande du chef de la junte, des Maliens vont manifester leur hostilité à la Cedeao pour avoir imposé des sanctions contre leur pays. Sans adopter une position commune, l’Onu indique que l’isolement du Mali n’arrangera en rien la situation intérieure.

A moins d’un report de dernière minute, une manifestation «de grande ampleur» est prévue aujourd’hui, 14 janvier, à Bamako, la capitale du Mali, suite à l’appel lancé lundi dernier par le chef de la junte et président de la République, le colonel Assimi Goïta. Dans un message à la nation, il a demandé à ses compatriotes de se mobiliser contre les sanctions de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) prises contre leur pays. «Il revient à chacun de taire les divisions de quelque nature que ce soit et de se retrouver autour de l’essentiel qu’est le Mali, notre patrie. Aussi, j’en appelle à une mobilisation constante et à une résilience face à la situation», avait-il déclaré. Le point culminant de la manifestation sera «un grand meeting» à la place de l’Indépendance, à Bamako.

La manifestation va regrouper, entre autres, plusieurs organisations de la société civile, des partis politiques et des syndicats d’enseignants hostiles à l’organisation régionale. «Ces sanctions ne sont pas dirigées contre la junte, mais contre la population et son soutien à ce régime de transition. Tout le monde sait qu’une transition de cinq ans n’est pas tenable mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut de vraies réformes. Sanctionner le Mali pour une question de délai, c’est totalement injuste et inhumain», a déclaré à Radio France internationale (Rfi) le président de la Coordination nationale des organisations paysannes du Mali (Cnop), Ibrahima Coulibaly.

Réunis dimanche dernier, 9 janvier, à Accra, les chefs d’Etat de la Cedeao ont imposé des sanctions financières, commerciales et diplomatiques contre le Mali pour contraindre la junte de respecter ses engagements initiaux d’organiser des élections présidentielles le 27 février prochain pour remettre le pouvoir à un régime civil. Il s’agit du gel des avoirs maliens à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), de la fermeture de ses frontières, du rappel des ambassadeurs des pays membres et du gel des transactions avec le pays. Les sanctions font suite à la décision de la junte de se maintenir au pouvoir pendant cinq ans avant d’organiser des élections présidentielles.

La position de la Cedeao est soutenue par une bonne partie de la communauté internationale outrée par l’entêtement des dirigeants maliens de prolonger la durée de la transition qui était censée durer 18 mois à partir du coup d’Etat d’août 2020. Mardi dernier, l’Union européenne (Ue), présidée par la France, a exprimé son «soutien ferme» à l’organisation régionale. Parmi ses autres soutiens de taille figure les Etats-Unis dont l’ambassadrice à l’Onu, Mme Linda Thomas-Greenfield, a estimé que la proposition de la junte de rester au pouvoir pendant cinq ans ne fera que prolonger «la douleur» du peuple malien.

En revanche, la junte malienne a les faveurs du régime militaire de la Guinée, de l’Algérie, de la Chine et de la Russie. Ces deux derniers pays ont bloqué mardi dernier une résolution de l’Onu destinée à soutenir la Cedeao dans son bras de fer avec la junte malienne. Plusieurs représentants africains n’ont pas aimé l’attitude de ces deux membres permanents du Conseil de sécurité qui ont usé de leur droit de véto. «Nous sommes déçus», a déclaré à la presse l’ambassadeur du Kenya à l’Onu, Martin Kimani, à l’issue de la réunion du Conseil de sécurité. Selon lui, à l’exception du Gabon, du Ghana et du Kenya, les autres pays africains étaient favorables au projet de résolution proposé par la France qu’ils ont jugé «relativement doux».

 

 

 

 

 

 

Mamadou CISSE

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