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PLAFONNEMENT DE L’ENDETTEMENT : Ces risques qui planent sur le Sénégal

Le passage du Sénégal au statut de pays à risque de surendettement faible à modéré peut se révéler douloureux pour le gouvernement. Avec l’élargissent du périmètre de la dette de l’Etat central, le pays n’aura plus la liberté de faire ce qu’il veut puisque ses décaissements extérieurs seront strictement surveillés. Ce qui ne semble augurer rien de bon pour le plan Sénégal émergent (Pse). Mais le directeur du Budget, Moustapha Bâ, dissipe toutes ces craintes. 

On comprend mieux pourquoi le Président Macky Sall fustige les classifications et autres notations qui, selon lui, handicapent les pays africains dans leur stratégie d’endettement. La «dégradation» de la note du Sénégal qui est désormais classé dans la catégorie des pays à risque de surendettement modéré n’augure rien de bon pour ses projets. En effet, le Fonds monétaire international (Fmi) a changé les règles en augmentant le périmètre du stock de la dette de l’Etat à celles des entreprises parapubliques. Avant, le risque était calculé uniquement sur la dette centrale de l’Etat. Mais maintenant c’est celle de l’Etat et des structures autonomes, comme les sociétés parapubliques. Tous leurs emprunts seront désormais comptabilisés alors que l’Etat donnait des garanties. Mais avec cette nouvelle donne d’élargissement du périmètre, l’Etat du Sénégal pourrait très vite frôler le plafond. Une savante technique qui ne fleure rien de bon pour nos Etats. Car, sans le dire, le Pmi pousse, demain, l’Etat à devoir privatiser ces sociétés. Pour continuer à faire des investissements publics, il faudra se délester de sociétés nationales où les gérer de manières orthodoxes, pas comme La Poste. Parce que, si une entreprise comme Senelec emprunte et que l’Etat est obligé de la payer, il n’aura plus intérêt à la garder dans son patrimoine. Pis, avec ce plafonnement, le gouvernement ne pourra plus se réveiller et faire un projet qui n’est pas inscrit dans le budget.

En tout cas, ce changement de catégorie montre que le Sénégal, qui a toujours obtenu plus que ce qu’il cherchait dans les marchés n’est plus le chouchou des bailleurs de fonds. Lesquels exigent du pays une gestion rigoureuse, transparente et strictement limitée aux engagements. Cela, puisqu’ils vont avoir un tableau de tous les décaissements extérieurs. Et dès que le pays atteint le plafond, ils ferment le robinet. Conséquence : le Sénégal ne pourra plus faire le Pse comme il le veut. Un projet cher au chef de l’Etat qui sera désormais exécuté au rythme des bailleurs.

Mais pour le directeur du Budget, qui s’est entretenu hier avec la presse, il n’y a pas péril en la demeure. Pour Moustapha Bâ, tous les projets du Plan d’actions prioritaires (Pap) 2 (2019-2023) du Pse, sont déjà dans le «cadrage», que l’Etat a une marge de manœuvre confortable et qu’il lui faudra justifier de nouvelles ressources pour engager de nouveaux projets. «Les pays à risque de surendettement modéré (tous les pays de l’Uemoa et de la Cedeao, Kenya, etc) ont des indicateurs en dessous des seuils, voire en léger dépassement ponctuel de ces seuils (en raison des emprunts nécessaires à contracter pour réaliser les investissements requis pour le développement économique et social du pays). De plus, des tests de résistance (simulation du Fmi) indiquent qu’en cas de chocs exogènes ou de changement brusque de politique macroéconomique, que les seuils pourraient être dépassés. Dans le cas du Sénégal, ce qu’on pourrait craindre c’est une baisse drastique des exportations, une baisse des recettes fiscales ou un repli prononcé de la croissance», dit-il.  Non sans signaler que si on évalue le cadre macro-économique actuel et futur sur la période du Pap 2, il s’avère que les projections tablent sur une croissance moyenne de 9 % (2019-2023) dont 7 % en 2020, croissance sur la base de laquelle le budget 2020 a été bâtie. De plus, il annonce que les recettes fiscales sont prévues largement en hausse sur toute la période considérée et que cette hypothèse est confortée, d’une part, par les résultats de 2019 où les objectifs de recettes d’un montant de 2 561,6 milliards de francs Cfa ont été atteints avec une progression de 555,98 milliards de francs Cfa par rapport à 2018 (2 005,620 milliards de francs Cfa) et, d’autre part, par la Stratégie de recettes à moyen terme qui permet d’élargir l’assiette. «Les exportations de biens et de services connaissent un trend haussier, ce qui s’est traduit par une baisse continue du déficit du compte courant passant de 8,6 % du Pib en 2012 à 7 % du Pib en 2019 et les perspectives sont très favorables avec des exportations qui seront multipliées par 2,5 à l’horizon 2023», ajoute-t-il.

Selon le ministère des Finances et Budget, le stock de la dette publique totale est arrêté à 7 339 milliards de francs Cfa au 31 décembre 2019 et est projeté à 8 076,6 milliards de francs Cfa en 2020 alors qu’il est plafonné à 9 114 milliards de francs Cfa, la dette contingente incluse. Un plafond que, selon Moustapha Bâ, le Sénégal ne pourra pas crever.

Seyni DIOP

 

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