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PROLOGUE : Après la pluie, le beau temps

 

CHRONIQUE DE MAREME

5 ans plus tard

 

 

Aicha : tout est bien qui finit bien

Je regarde avec amour mon mari, assis sur la moquette en train de jouer avec les enfants. Je suis chez Abi, nous avons l’habitude de nous retrouver le dimanche pour passer un bon moment de communion en famille. Cinq ans maintenant que le mirage des malheurs est passé. Je vis en paix et heureuse avec cet homme que j’adore plus que tout.

Après son procès, Malick et moi avons fait un grand voyage spirituel. Nous avons fait le tour des grandes maisons religieuses où j’ai découvert une richesse inestimable matériellement et moralement. Chaque cité a son histoire, sa beauté et surtout son aura religieux qui te procurent un bien être intérieur indescriptible.  Malick et moi avons été plongés dans un tourbillon de spiritualité d’une semaine avec des récitals de Coran, des bains bénis, des offrandes…. Ces petits pèlerinages dans ces lieux saints m’ont permis de connaitre l’importance de ces cités religieuses qui, non seulement renforcent ta foie, mais aussi et surtout t’apportent cette paix de l’esprit et cette légèreté du cœur. Nous avons fini notre voyage en Mauritanie où nous avons rencontré ce grand sage qui, d’après Maman, m’avait sauvée quand Wilane m’avait enlevée.  Cette année, je pars à la Mecque et j’ai hâte.

Au retour de ce voyage spirituel, j’ai enfin trouvé comment j’allais dépenser l’argent ‘haram’ de la drogue que Wilane m’avait légué. Car, malgré le fait que les marabouts se débrouillaient à travers quelques activités (l’agriculture, le commerce ou l’élevage) et qu’ils recevaient souvent des dons de leurs disciples et de bienfaiteurs, on voyait nettement que cela ne suffisait pas à nourrir ces milliers de gens qui se réfugient dans leurs foyers à la recherche d’une vie meilleure. Ces sociétés religieuses sont de vraies organisations humanitaires et jouent le même rôle ou encore plus qu’elles. Leurs dépenses journalières sont tellement énormes que je me demande comment elles font pour les supporter. Bref, avec l’aide de ma mère, j’ai commencé à financer des projets de femmes et en moins d’un an, le succès a été tel qu’on a ouvert ‘Adiana Bank’ (la banque du paradis). Aujourd’hui, j’en suis à 58 agences éparpillées dans toute l’Afrique. Cette réussite figurante, on le doit surement au taux d’intérêt peu significatif que la banque donnait (seulement 2 %) et surtout au fait qu’elle ne demandait pas de garantie financière. On arrivait à gérer les dépenses (salaires, courant et autres)  à travers les frais de dossiers et le petit intérêt. Bref nous sommes devenue la coqueluche des PME surtout celle des femmes dont beaucoup ont réussi à développer leurs projets.

Aaaaiiiiicccchhhhaaaa. Le cri me transperce les tympans tellement il est fort. Malick et moi, nous nous regardons inquiets avant de quitter avec empressement le salon. Les cris de Menoumbé se répètent, là on ne marche plus on court. Arrivée dans la chambre, je le vois tenant le ventre de sa femme Astou (petite sœur de Malick) complétement désespéré. Il y a de ces femmes qui, enceintent, ont le ventre tellement gros qu’on croit même que ça va exploser. Alors qu’Astou rit des grimaceries de mon frère, ce dernier est complétement en mode panique.

Malick (moqueur) : Ne me dis pas que c’est parce que ta femme va accoucher que tu nous dérange.

Menoumbé (sssppppiiiipppp) : Va là-bas toi shim. On fait quoi Aicha demande t’– il apeuré.

Malick (kéh, kéh, kéh) : Regardez-moi cette tapette rék, cheuteu teu teupe. Il sort son portable de la poche et commence à prendre des photos. Je vais immortaliser ces moments pour quand tu vas ouvrir ta grande bouche là.

Astou (mine froissée) : Tu peux me porter s’il te plait.

Menoumbé (se précipitant vers elle) : Oui mon poisson. Mais dès qu’il la soulève et fait deux pas, il la redépose. Ce qui me donne une envie folle de rire, seulement je n’ose pas. Par contre mon mari éclate littéralement de rire ; il est devenu pire que Menoumbé. Son bonheur a détérioré son comportement. Aujourd’hui il est le sosie de mon frère en blagues et en moqueries.

Astou (criant) : Qu’est – ce qu’on attend là ?

Menoumbé (se précipitant encore vers elle) : Oui mon sucre d’or. Il la soulève et la repose encore. C’est mieux que tu marches.

Astou (caprice) : Tu ne peux plus me porter, c’est ça ?

Moi (venant à la rescousse de Menoumbé) : Tu connais mon frère non ? Il peut te faire tomber facilement et….

Malick (me coupant en rigolant) : Chi madame masselà, wahal wakh dji rék (dit la vérité). Tu es une baleine petite sœur et tu veux que ton mari squelettique là te soulève. Bayil fontou (arrête tes gamineries) et marche ah.

Astou se met à pleurer et Menoumbé attaque Malick qui se dépêche de sortir de la chambre. Plus gamins que ces deux-là tu meurs. Avant que mon frère ne franchisse la porte, sa femme nous fait un cri électrifiant. On comprend que ça ne blague plus : direction l’hôpital.

Hé Allah ! Je me rappelle la première fois que Malick m’a dit qu’il soupçonnait ces deux-là de sortir en cachette. J’en ai ri jusqu’aux larmes car le couple est tellement atypique : l’eau et le feu. Astou est placide et d’une douceur déconcertante. Depuis que je la connais, je peux dire le nombre de fois que je l’ai entendu parler tellement elle est silencieuse. Tout le contraire de Menoumbé qui est une vraie pie. Comme on dit, les contraires s’attirent. Bref quand Malick les a confrontés et qu’ils ont avoué  sans vergogne, j’étais en état de choc. Mon frère sortait avec Astou depuis plus d’un an et moi je n’en savais rien, j’étais vexée. Il a prétexté que les circonstances n’étaient pas réunies pour qu’il en parle car après le baptême c’était mon kidnapping puis ma disparition… Pendant une semaine, j’ai fait semblant d’être fâchée contre lui. Après la réconciliation, nous avons décidé d’aller voir la mère de Malick pour demander la main d’Astou. Je n’oublierais jamais ces paroles : « Je ne donnerais pas la main de ma fille à un illettré de surcroit pauvre comme Job. »

Je vous laisse deviner la suite. Mon mari est entré dans une guerre totale avec sa mère qui malgré les pressions est restée campée sur sa position. Finalement le mariage s’est fait sans son consentement et sans elle. C’était triste mais nous savions tous qu’elle finirait par revenir à de meilleurs sentiments. C’est une mère après tout, elle a beau crier et faire du chantage affectif, elle finit toujours par reprendre son enfant. La bonne nouvelle dans cette histoire  est que Menoumbé a repris les études. Les paroles acerbes de tante Sokhna l’ont affecté au point de le pousser à se surpasser. Dès sa première année de finance terminée, il a commencé à travailler à la banque et en trois ans, il a vite gravi les échelons. Comme on dit : l’amour donne des ailes. Il voulait que sa femme n’ait pas honte de lui. Et, surtout, prouver à la mère de celle – ci qu’il  n’est pas un vaut rien. Cela m’a permis de le placer à un poste acceptable dans la banque et en moins de deux ans, il a prouvé qu’il le méritait. Aujourd’hui, sa compétence n’est plus à démontrer et il est le directeur des finances. Ces collègues l’appellent requin et il est plus que choyé par sa belle – mère. Il faut dire que Menoumbé l’arrose tout le temps de billets de banque neufs. En ce qui concerne Malick, tout va pour le mieux du monde. Il a su redresser facilement son entreprise et me rembourser en moins d’un an le prêt que je lui avais fait. Notre couple se porte à merveille et nous n’avons jamais été aussi bien. Il nous arrive des fois d’avoir de petites disputes comme tout couple mais rien de méchant qui puisse nous éloigner l’un de l’autre trop longtemps.

Abi est devenue plus qu’une coépouse, c’est ma sœur de cœur. Des fois même, je me retrouve à jouer les raccommodeuses dans son couple. Même si son atelier de couture s’est largement agrandi, elle a tout le temps des problèmes financiers à cause de sa générosité excessive. Ce qui fait que tout le temps, moi ou Malick, nous sommes obligés de la dépanner. Mais cela fait un an maintenant que nous avons trouvé la solution en enlevant le compte de la boutique de ses mains. Aujourd’hui c’est Oumi, la grande sœur de Malick qui la gère. Cette dernière a fini par divorcer pour le bienêtre de ses enfants que les disputes incessantes et incendiaires de leurs parents affectaient au plus haut point. Dans un couple quand le mal être domine l’angoisse de la séparation, le divorce est inévitable. Le mariage est une institution sous-tendue par des principes fondamentaux que sont : le respect, la tolérance, la confiance et l’amour.  On peut ne pas avoir les quatre réunis mais quand aucun n’y est plus, alors vaut mieux laisser tomber.

 

Malick (chuchotement) : A quoi tu penses bébé. Je me tourne vers mon mari qui me regarde si amoureusement.

Moi (m’approchant de lui pour l’enlacer) : Rien de spécial, je remercie Dieu de m’avoir mis sur ton chemin.

Malick (me donnant une bise très suggestive) : C’est moi qui le remercie, je suis l’homme le plus comblé au monde.

Moi : C’est rare de trouver son âme sœur et je prie pour tout être sur terre de  trouver la sienne.

Malick (m’enlaçant plus fort) : En tout cas moi, pour rien au monde je ne vais la laisser m’échapper. Tu….

Menoumbé (tapant les mains devant nous) : Hé maye lène gnou, soof guène torop yène gnare (ne nous cassez pas les oreilles, vous êtes fatiguants vous deux).

Malick (souriant) : Va voir où ta femme en est et laisse nous tranquille.

Menoumbé (grimace) : Hors de question que j’entre dans la salle, vos trucs de blanc-là, je vous les laisse.

Tante Sokhna (venant derrière mon frère) : Ah bon ? Si, dès le début, tu fuis tes responsabilités, je me demande comment ce sera demain.

Menoumbé (paniqué) : Astahfiroulah, hé maman pourquoi tu dis ça ? Je blaguais seulement car….

Tante Sokhna (regard de braise) : Alors suis-moi. Elle tourne les talons et mon frère le suit comme son toutou. Nous nous retenons avant d’éclater de rire, tellement c’est rigolo.

Moi (me retournant vers mon mari) : Alors tu disais ?

Malick (mimique ravageuse) : Je disais merci.

Moi (moqueuse) : Merci ?

Malick (sérieux) : Oui merci de m’avoir ouvert ton cœur, merci de m’aimer et de me procurer ce bonheur immense d’être ma femme mais aussi et surtout de me faire sentir homme. Je comprends Paul Coetho quand il dit : « L’amour est une chose mystérieuse, plus nous la partageons et plus il se multiplie». Alors je te dis merci car tu m’as permis de le ressentir, de le subir et de le vivre tous les jours. Je t’aime.

Moi (émue) : Comme la fleur qui a besoin du soleil pour ne pas faner, moi j’ai besoin de toi pour exister. Tu es devenu ma raison d’être, mon univers et je t’aimerai pour toujours et à l’infini…………………………………………………..FIN

 

 

 

 

Par Madame Ndèye Marème DIOP

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