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Ramata d’Abass NDIONE

L’impression première en lisant Ramata d’Abass NDIONE est celle d’un plongeon dans une terre connue. L’histoire, racontée d’une écriture à la résonance belle et légère quoique soutenue, se déroule en effet au Sénégal : Dakar, cité épluchée de fond en comble tout au long de l’œuvre, ses atours comme ses laideurs, mais aussi, s’éloignant toujours, Diamniado, Thiès, Saint-Louis, Tambacaounda. Plongeon aussi bien dans l’espace que dans le temps : on aura le plaisir de découvrir des pages stimulantes sur l’histoire de la jeune République du Sénégal, sur celle de ses anciens royaumes, et sur celle plus mythique de la communauté léboue.

Il s’agit en même temps d’une fresque qui a l’ambition de rendre le vécu dans la société sénégalaise pour une époque qui va de 1980 à l’an 2000. Ramata KABA, qui alors avait tout pour mener une vie calme et réussie – une famille qui l’aimât et un mari tout aussi adorable, la quiétude financière, le prestige et tout, en plus d’être la première beauté du pays – se sentait pourtant malheureuse. Quelque part, dans les souvenirs répugnants de son enfance, son corps frémissait toujours : on lui avait tranquillement coupé le bout du clitoris. C’est ainsi que dans l’angoisse elle se rappelait ces heures lointaines où on lui apprit à parler comme une femme, à se mouvoir, servir, obéir, se rendre discrète comme une femme. On lui avait inculqué les notions ancestrales après avoir pratiqué sur elle cette coutume avilissante et rétrograde. Mariée, avec des enfants déjà, lorsqu’elle comprit avec stupeur qu’elle était condamnée à ça – c’est-à-dire à ne ressentir que des simulacres de plaisir – elle se mit à espérer un remède, alla trouver le médecin-chirurgien-meilleur ami de son mari pour lui confier son secret, et cetera, et cetera. Non pas une, mais une kyrielle parmi nos réalités seront tournées et retournées dans ce bouquin.

Mais je ne veux vous en faire le récit. Ouvrez le livre ; dès le début, c’est la mort de Ramata Kaba qu’on vous raconte : un épais collier d’or autour du cou, tout son corps ridé immergé sous les vagues de l’océan, elle dort pour l’éternité tandis qu’un saoulard raconte son histoire dans les murs du Copacabana. Écoutez-le bien : il y aura des coups bas, des manigances, un lot de trahisons et de tâtonnements. Il y aura aussi de l’amitié, la vertu, les incessants ruisseaux de l’amour. De superbes scènes racontées avec brio qui vous fendront le cœur – la corruption, l’injustice, le regard noir de l’enfant sans éducation -, et d’autres, étonnamment cocasses qui vous feront mourir de rire, et encore même d’assez salaces peut-être pour effaroucher certains pudibonds. D’une péripétie à l’autre, vous assisterez à la soudaine volteface d’une âme et d’une vie toute faites. Ramata, est à la fois livre pour sonder l’âme de maints personnages, et loupe pour y voir au cœur de nos réalités.

Pour clore, disons que même si la trame m’a semblé à certains points tirée par les cheveux, je crois que c’est un livre plein de rebondissements et de suspense qu’on a du plaisir à parcourir. C’est un livre assez bien écrit. Je salue également l’égard porté à la précision, aussi bien dans l’évocation du décor que dans le tracé du parcours de chaque personnage – même si je mentirais en vérité si je ne disais pas le martyre souffert pour enjamber certaines pages.

Je l’ai trouvé trop long en effet. On aurait pu, en retranchant une centaine de pages, en faire aisément un best-seller.

 

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