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TROIS MOIS APRES LA MUTINERIE DE REBEUSS : le macabre sort des rescapés

Les 13 blessés déclarés de la mutinerie de Rebeuss vivent un calvaire sans fin. Deux d’entre eux, toujours internés au Pavillon spécial, (Abou Wade et Amdy Moustapha Sow), sont en grève de la faim depuis mardi, pour réclamer leur libération, pour «raisons médicales». Certains de leurs codétenus en sont déjà bénéficiaires (Sambaré Sankharé et Ndiol), mais ils sont dans l’attente d’une évacuation promise par le pouvoir. Les uns sont retournés à Rebeuss (Moussa Ndiaye et trois autres) après quelques jours d’hospitalisation, les autres restent introuvables, en dehors de Birane Dieng interné à l’hôpital Principal.

 Ces blessés ont reçu des balles dans des parties sensibles du corps. Il y en a qui ont perdu l’usage de la jambe ou de la main, ou qui sont paralysés ou dans le coma. Alors que la Division des investigations criminelles (Dic) a clôturé l’enquête, aucune mesure n’est encore prise par l’autorité judiciaire. Pas même de mesures conservatoires, comme ce fut le cas, dans le passé, pour des faits moins graves. Plus de deux mois après les évènements du mardi 20 septembre 2016, Walf Quotidien fait le point sur les dossiers des victimes.

MUTILE A VIE

AMADOU DIOP ALIAS «NDIOL», une liberté sans procès comme indemnisation  

Souffrant de «blessures graves», Amadou Diop alias «Ndiol», précédemment incarcéré à la mythique chambre 9 de Rebeuss, a quitté l’hôpital Principal où il était en réanimation, pour être admis au Pavillon spécial. Il a recouvré la liberté au soir du vendredi 11 novembre dernier, après une visite du procureur. Ce dernier a reçu plusieurs balles dans différentes parties du corps, alors qu’il tentait de sauver un voisin de chambre touché par les balles des gardes pénitentiaires. D’ailleurs, une source médicale rapporte que «deux balles sont encore non extraites au niveau de ses reins». En détention provisoire depuis treize mois, Ndiol (né en 1988) a été arrêté pour «complicité de trafic de drogue» et mis sous mandat de dépôt par le doyen des juges, le 12 novembre 2015. Il attendait son procès devant la Chambre criminelle, pour «complicité de trafic de drogue», jusqu’au jour où sera confronté à cette mésaventure qu’il ne soupçonnait jusqu’alors. Il est impliqué dans l’histoire du gang de Petersen démantelé par la gendarmerie, avec 1.130 kilogrammes de chanvre indien. Arrêté avec la somme de 650 mille Frs Cfa, on lui a reproché d’être le détenteur des clés du magasin où la drogue a été trouvée, en plus d’avoir tenté de corrompre des policiers, 2013 à 2015.

MAINTENU AU PAVILLON SPECIAL 

ABOU WADE, un unijambiste en herbe

Incarcéré à la chambre 5 du Pavillon spécial, Abou Wade,  ex-pensionnaire de la cellule n°9 de Rebeuss, a perdu l’usage de ses deux pieds cassés, à cause des balles reçues le jour de la mutinerie. Il a déclenché une grève de la faim, depuis mardi, pour revendiquer une «liberté provisoire pour raisons médicales», comme c’est le cas pour ses codétenus Sambaré Sankharé et Amadou Diol Ndiol. «Il est  devenu handicapé. Il a perdu l’usage de mes pieds car celles-ci ne pourront jamais être guéries. Il a reçu quatre balles au pied. Il file droit vers une amputation», confie un membre de sa famille. Abou Wade, 20 ans, a subi une opération car ayant reçu six balles aux pieds. Il s’est aussi retrouvé avec la jambe fracturée. Placé sous mandat de dépôt le 6 mai 2014, il a reçu notification pour son jugement après trois mois. Alors qu’il s’apprêtait à aller travailleur vers six heures du matin, à la Cité des eaux, il sera mis à l’index par une personne victime d’agression. Il a échappé belle à un lynchage, grâce à l’intervention de la police de Grand-Yoff. Son dossier pendant devant la Chambre d’accusation, «il va bénéficier d’une mesure de libération dans les prochains jours». Mais on ne sait pas, pour l’heure, s’il va s’agir d’un non-lieu ou d’une liberté provisoire.

ALY SANOH, 22 ANS, SOUDEUR METALLIQUE

Le pompier atteint

Initialement détenu au Pavillon spécial, pour avoir reçu des balles à l’épaule et au pied gauche, Aly Sanoo (22 ans, Sénégalais d’origine guinéenne) est retourné à Rebeuss. Il a été touché au niveau des reins, alors qu’il tentait de rejoindre la chambre 10, le jour de la mutinerie, selon les informations recueillies sur place. Orphelin de père depuis 7 ans, ce soudeur métallique domicilié à Khar-Yalla, est incarcéré suite à une histoire de trafic de chanvre indien en même temps que sa sœur accusée d’être complice. Mais celle-ci sera libérée après 7 mois de détention à la Maison d’arrêt pour femmes du Camp pénal de Liberté 6. «C’est quinze jours après que j’ai su que mon fils a reçu des blessures. Sa santé ne lui permet pas d’être en détention», confie sa mère Fanta Keita, une Guinéenne.

AMDY MOUSTAPHA SOW, 32 ANS

Du plomb dans les intestins

Toujours détenu au Pavillon spécial, Amdy Moustapha Sow (32 ans, père de quatre enfants) qui occupait la cellule 44 de Rebeuss a subi une opération, à cause d’une balle logée au ventre. Il tentait de sauver son codétenu, Abou Wade, lorsqu’il a été atteint. «Deux balles sont toujours dans mon ventre. Nous devons être libérés au même titre que nos camarades libérés, comme promis par le procureur. Cela fait 20 jours sans rien. Nous connaissons nos meurtriers et ceux qui détenaient des balles réelles», tonne un proche parent. Selon une source du parquet, son maintien en détention s’explique par le fait qu’il est impliqué dans une autre affaire pendante devant le Tribunal de grande instance de Diourbel. La probabilité de sa libération reste certaine car, selon une source judiciaire, «le parquet ne compte pas s’opposer à sa mise en liberté provisoire».

Tapha Sow a été mis sous mandat de dépôt depuis le 19 mai 2015, pour détournement présumé de 45 tonnes riz, d’une valeur de 12 millions Frs Cfa. Selon l’accusation, il se serait rendu coupable d’avoir acheté du riz volé destiné à être convoyé au Mali, revendu à des commerçants établis à Touba. Dans cette histoire, seul le propriétaire du magasin a été libéré par le juge d’instruction en charge du dossier, après versement d’une caution de 20 millions Frs Cfa. Aujourd’hui, les inculpés attendent de connaître leur sort, six mois après l’audition.

Arrêté pour détention de faux billets

MOUSSA NDIAYE, un ASP dans la promiscuité de Rebeuss

 

Ancien militaire employé à la police de Tambacounda, comme Agent d’assistance à la sécurité de proximité (Asp), Moussa Ndiaye est retourné à Rebeuss, après avoir reçu des soins. Blessé à l’épaule gauche, ce pensionnaire de la chambre 10 de Rebeuss, père de deux enfants, a été incarcéré suite à la son arrestation avec des faux billets de banque, d’une valeur de 10 mille Frs Cfa. C’est un faussaire du nom d’Asse Diaw, arrêté par la Police, qui l’a cité comme étant son fournisseur. Sa maman, Fatou Ndiaye, la voix tremblotante : «On doit lui accorder une liberté provisoire parce qu’il est malade. Il a écrit au juge, mais il n’a pas encore reçu de réponse. J’ai moi-même écrit au ministre de la justice depuis le 10 juillet dernier, mais aucune réponse».

LAZAR  DIAMACOUNE, CONDAMNE A 10 ANS

Un retard de transfèrement payé cher

Incarcéré depuis le 29 octobre 2012, Lazar Diamacoune a regagné Rebeuss, après 15 jours d’hospitalisation. De tous les blessés de la mutinerie, il est le seul condamné qui purge une peine de 10 ans de travaux forcés, pour «trafic de drogue». Son transfèrement au Camp pénal de Liberté 6, pour y purger sa peine, est survenu au lendemain de sa condamnation.

SALIOU GUEYE, MINEUR DE 17 ANS

Touché à la poitrine

Quant au mineur Saliou Bèye, touché au thorax lors de la mutinerie, il vient de boucler cinq mois de détention préventive. Il a été mis aux arrêts suite à un cambriolage dans un appartenant situé à Ouakam où un ordinateur et des téléphones portables ont été volés par ses acolytes, selon l’accusation. Il a été trouvé à l’intérieur de la cellule, la chambre 12, qu’il  occupait à la prison centrale, qui abrite tous  les mineurs de Rebeuss. Selon certaines confidences, un garde l’a trouvé dans son cellule pour l’arroser de balles.

YANKHOBA TOP, 24 ANS

Pêcheur dans les mauvaises eaux

 

Pensionnaire de la chambre 19, Yankhoba Top, pêcheur de métier, s’est retrouvé avec le pied cassé. En ce qui le concerne, il a été mis aux arrêts depuis plus de trois ans, pour agression. Placé sous mandat de dépôt le 5 juin 2013, il attend son procès devant se se tenir à la Chambre criminelle. «Il se torde de douleur au pied droit. Il n’exclut pas d’entamer une grève de la faim, à l’instar de ses camarades restés à Pavillon spécial. Il reconnait formellement celui qui lui a tiré une balle au pied», a déclaré Thillo Top, sœur du détenu.

SAMBARE SANKHARE DIT FAMARA

Autre unijambiste en herbe

Il fait partie du lot des détenus blessés libérés, à la suite d’un bref séjour au Pavillon spécial. Il a recouvré la liberté après sept mois de détention provisoire, pour trafic présumé de drogue. Il s’est retrouvé avec la jambe cassée le jour des affrontements. Sambare Sankharé, plus connu sous le nom de Famara, se trouvait dans la toilette de sa cellule, au moment de la mutinerie. Aujourd’hui, il traîne toujours les séquelles des blessures. Une source proche de la victime renseigne qu’il est au bord d’une amputation, faute de prise en charge médicale après son élargissement.

INTERNE A L’HOPITAL PRINCIPAL

BIRANE DIENG perd la vue et la raison

Le détenu Birane Dieng est toujours interné à l’hôpital Principal. Il a reçu une balle à l’œil, le jour de la mutinerie. «Il a perdu l’usage de l’œil et celui de ses facultés mentales», selon une source médicale», confie une source médicale. En cet après-midi du samedi 8 octobre, il restait le seul blessé encore retenu au Principal. Il a été emprisonné pour drogue.

PMD, INCARCERE POUR VOL

Six mois virent à la paralysie  

Contrairement aux autres détenus libérés par le biais d’une liberté provisoire, PMD a déjà purgé sa peine de six mois, pour vol. Paralysé, il présente des signes extérieurs de troubles mentaux. De temps en temps mis sur chaise roulante, tous ses membres sont inactifs.

IBRAHIMA DIALLO ALIAS «IBOU LE FOU»

Un procès avant tout

On le surnomme «Ibou le fou». Mais il s’appelle Ibrahima Diallo. Il a été mis en prison par le juge d’instruction, depuis le 3 janvier 2014, pour «trafic de drogue». Après un bref séjour à l’hôpital, il est retourné à Rebeuss où il est en détention provisoire, en attendant son procès. «Sa libération est compromise parce qu’ayant déjà reçu notification pour leur comparution en jugement», souligne une source proche du dossier.

IBRAHIMA MBOW FALL, SEUL MORT DECLARE

D’une balle dans la tête

Père d’un bébé de six mois, Ibrahima Mbow alias Ibrahima Fall est le détenu mort le jour de la mutinerie. Agé de 33 ans et domicilié au quartier Thiaroye Guinaw-Rails, il attendait son procès devant le Tribunal d’instance de Rufisque, lorsqu’il a été touché  par balle à la tête par un garde pénitentiaire.

 

Par Pape NDIAYE (Walf Quotidien)

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