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Une audience avec Macky et patatras

CHRONIQUE POLITIQUE

Six mois que le président de la République n’a pas pris langue avec son opposition la plus représentative. Depuis leur dernière rencontre qui remonte au 28 mai dernier, lors du lancement du dialogue national, il a passé le témoin à son ministre de l’Intérieur chargé de trouver des plages de convergence avec ses opposants sur toutes les questions électorales susceptibles d’alimenter la controverse. Mais comme Abdoulaye Daouda Diallo est juge et partie sur ces questions à l’origine de tous les contentieux électoraux, le dialogue ainsi enclenché a débouché sur une impasse. Et un dialogue de sourds de s’installer depuis quatre mois. C’est après s’être heurtée plus d’une fois à un mur à propos de ses revendications pour un processus électoral consensuel que l’opposition regroupée dans le front Mankoo wattu Senegaal avait décidé d’organiser une marche de protestation violemment réprimée sur instruction de la principale source de blocage du dialogue national, à savoir le ministre de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo.

En invitant ses opposants à une audience prévue ce jeudi à 17 h, Macky Sall ne cherche pas, pour autant, à reprendre la main. Il continue de faire confiance au premier flic du pays qui se trouve être en même temps le maire de la commune de Boké Dialloubé, dans le département de Podor. Une double casquette qui constitue son talon d’Achille puisque, de ce seul fait, il ne peut être impartiale dans le débat politique. Ce que veut le président de la République, c’est apaiser les relations tendues entre les leaders de Mankoo wattu Senegaal et leur premier interlocuteur sur les questions électorales en vue de les ramener à la table des discussions et, à défaut d’étouffer dans l’œuf la marche de protestation prévue le 21 décembre prochain par l’opposition, faire en sorte qu’elle ne débouche pas sur des scènes de violence regrettables pour l’image du pays à l’étranger, comme celle du 10 octobre dernier. Par la même occasion, il aura beau jeu de se présenter comme celui qui aura répondu avec promptitude à l’appel au dialogue lancé à la classe politique par le khalife général des mourides, à l’occasion du grand Magal de Touba.

L’opposition qui réclame la démission du ministre de l’Intérieur n’aura pas gain de cause sur ce point. En revanche, il lui sera concédé la création davantage de commissions d’inscription sur les listes électorales quand bien même cela ne voudra rien dire si l’on sait que de nombreuses commissions déjà créées ne fonctionnent pas, faute de moyens adéquats. Les quelques moyens informatiques dont elles disposent, tombent si souvent en panne qu’ils renseignent sur l’état d’impréparation des structures du ministre de l’Intérieur chargées de piloter le dossier des cartes d’identité biométriques Cedeao. Mamadou Diop «Decroix» et les membres de sa délégation auront satisfaction à propos de la fixation des dates de la fin des opérations d’inscriptions sur les listes électorales et de la tenue des législatives de 2017, ainsi qu’ils le réclament à cor et à cri. Et ce sera presque tout.

C’est pour de si maigres résultats que le front Mankoo wattu Senegaal qui avait réussi à réunir, pendant des mois, dans un cadre d’unité d’action toute l’opposition radicale, va se disloquer. Certes, dès demain, des leaders de cette coalition vont prendre leur bâton de pèlerin en vue de colmater les brèches, ainsi qu’ils s’y sont engagés. Mais la division est telle qu’un nouveau Mankoo a déjà vu le jour et qu’on s’attend à ce que d’autres cadres unitaires soient créés sur les flancs du Mankoo originel. Triste sort pour des opposants désormais dans l’incapacité de créer un rapport de force en leur faveur dans le combat pour la préservation des acquis démocratiques. Le président Macky Sall peut se frotter les mains pour avoir réussi, à travers une simple audience, à installer une profonde division dans les rangs de sa seule opposition digne de ce nom.

PS : S’il est parvenu à diviser à ce point l’opposition, par contre, le président de la République n’a pas réussi à installer la zizanie chez les magistrats qui sont déterminés à s’opposer à la prolongation du mandat du premier président de la Cour suprême, l’obligé de Macky Sall, Mamadou Badio Camara pour ne pas le nommer. Que la mesure ait été étendue au procureur général et aux présidents de chambres de la Cour suprême ainsi qu’aux présidents et procureurs généraux des cinq Cours d’appel, n’a en rien entamé leur détermination. Et cela devrait inquiéter les autorités politiques.

Par Abdourahmane CAMARA*

 * Directeur de publication de Walf Quotidien

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