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Que vaut la parole d’un renégat

CHRONIQUE DE WATHIE

Ils sont nombreux, très nombreux les Sénégalais qui pensent que le président SALL ne s’aventurerait pas à briguer un troisième mandat. Qu’il n’y songe même pas. Pour ces observateurs, le leader de l’APR a été très clair sur cette question et a totalement écarté toute éventuelle candidature en 2024. Seulement, au regard de ses nombreux engagements partis en fumée noirâtre et nauséabonde, la seule parole de l’ « apériste » en chef ne peut servir de gage. D’autant que, depuis bien avant sa réélection, Macky SALL balise le chemin menant à cet autre énième reniement.

« Le 3e mandat est un faux débat. Je n’y pense même pas. J’ai déjà pris des engagements fermes dans ce sens ».D’aucuns se focalisent sur cette déclaration du président SALL pour extirper son nom des probables candidats à la prochaine présidentielle. Des propos certes assez explicites pour fonder une conviction. Mais qui, venant de quelqu’un qui avait jadis promis de faire un mandat de cinq ans et de  gouverner avec une équipe de 25 ministres, n’ont aucune crédibilité. Macky SALL a déjà montré la voie qu’il entend entreprendre et celle-ci est loin de faire croire. Le « Fast-Track » qu’il entonne, en remplacement du « Sénégal émergent » désuet, aurait recommandé une expertise devant mettre en exécution sa vision, même floue. Pourtant, il ne s’est pas uniquement délesté de son Premier ministre, en rayant la Primature, l’antichambre des candidats à la présidentielle, de l’architecture étatique. À la tête des départements ministériels, il a nommé, pour l’essentiel, des directeurs généraux qui sont loin d’avoir fait leur preuve. Bien au contraire. Sa volonté, ériger un énorme gouffre à même de contenir les ambitions de ses collaborateurs à qui il est défendu de parler de succession. Aucune personnalité de son camp n’émerge et le leader de l’APR, seul maître à bord, peut tranquillement envisager une entourloupe nationale.

En appelant les Sénégalais aux urnes le 20 mars 2016 pour un référendum devant modifier la Constitution, le président SALL était loin de révéler à ses concitoyens ses véritables motivations. Car, le scrutin référendaire qui était censé verrouillé la Constitution en ne permettant à personne de faire trois mandats successifs, a ouvert la boite de pandore. Les électeurs avaient approuvé que « les ressources naturelles appartiennent au peuple ». Tout comme, ils avaient donné leur onction pour un statut du chef de l’Opposition. A l’arrivée, plus de trois ans après, seule  l’augmentation du nombre des députés, une autre mesure politicienne, est matérialisée. Un clan a mis la main sur les ressources naturelles et l’opposition n’a aucun statut. Ce qui intéressait Macky SALL, ce sont les nuances et non-dits concernant le mandat du chef de l’Etat qu’il a rendus plus qu’inextricables. Entre « mandats successifs et consécutifs », la bataille entre juristes et puristes de la langue de Molière s’annonce rude. Au lendemain dudit référendum,  le Professeur Babacar GUEYE observait : « Quand on a rédigé la Constitution, on a dû oublier certainement de prévoir des dispositions transitoires (…) Ce qui fait que le Président Macky SALL, en 2024, peut envisager de briguer un troisième mandat comme l’avait fait le Président WADE. Par contre, il n’est pas trop tard pour rectifier la donne puisqu’une révision constitutionnelle peut être opérer pour définitivement clore le débat». Il n’en fallait pas plus pour que tout le monde lui tombe dessus. «Comment Macky qui n’aura même pas un deuxième, peut envisager un troisième », lui avaient rétorqué certains.

Ce qui était valable pour Me WADE l’est aussi pour Macky SALL ont tendance à ressasser les contempteurs du régime qui estiment que les Sénégalais ne se laisseront pas faire. Seulement, le contexte d’avant 2012 est loin d’être celui d’aujourd’hui. L’ancien président de la République avait laissé l’opposition s’organiser à travers des Assises nationales regroupant l’essentiel des forces vives de la Nation. Et quand il s’est agi de contrer sa volonté de briguer un troisième mandat, l’opposition était fin prête. En lançant le dialogue dit national, au lendemain de sa réélection aux relents de forcing, Macky SALL a coupé l’herbe sous les pieds de ses véritables opposants. « Si, aujourd’hui, Macky Sall voulait avoir un 3e mandat, je ne vois pas ce qui peut l’en empêcher. Pour que le peuple puisse l’en empêcher, il lui faut être organisé. Qui sont ceux qui s’opposent ? On parle aujourd’hui du Pds et le lendemain on parle de retrouvailles. N’y a-t-il pas un deal derrière ? Ne sont-ils pas en train de recréer la grande famille libérale ? Ils l’ont déjà annoncé, il y a 10 ans. Ils avaient dit qu’ils allaient régner ici pendant 50 ans… », observe Serigne Mansour SY Jamil, dans les colonnes du quotidien EnQuête. La plupart des hommes politiques qui se réclament aujourd’hui du camp de l’opposition voyagent avec Macky SALL dans le même bus libéral. La dernière présidentielle est une illustration parfaite.

 

Après avoir fait le contraire de tout ce qu’il avait promis, Macky SALL estime avoir clos ce débat tout en limogeant tous ses collaborateurs qui lui denient le droit de se renier. Confortant ainsi ceux qui trouvent que  « ay wakham diaroul door khalé » (sa parole ne vaut pas un kopeck).

 

 

 

 

 

Mame Birame WATHIE

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