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A force de danser au bord du gouffre…

chronique de Moustapha Diop.

Le terrorisme qui a frappé le Nigeria, le Tchad, le Niger, le Mali, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire… épargnera-t-il le Sénégal ? On peut le croire. Ou l’espérer. Mais à la seule condition que les autorités sénégalaises prennent la pleine mesure du danger et s’engagent à mettre en œuvre les mesures qui s’imposent. Ce, en dotant les forces de sécurité de moyens conséquents pour mener la lutte notamment par un renseignement efficace, mais aussi et surtout en sensibilisant les citoyens, notamment les plus jeunes. Seulement, depuis quelques temps, il y a des signaux qui peuvent inquiéter n’importe quel observateur. Il est certes vrai que la presse sénégalaise parle de moins en moins de menaces terroristes qui pèseraient sur le Sénégal, mais l’inquiétude demeure.

Il y a d’abord ce mystérieux groupe de quatre hommes aperçus dans le Fouta, enturbannés et armés de kalachnikov. En dehors des nombreuses rumeurs parfois contradictoires, aucune information sérieuse n’a été donnée sur ces hommes par les autorités sénégalaises. Sont-ils de nationalité sénégalaise ? Sinon, comment sont-ils entrés ? Que faisaient-ils dans le Nord du pays ? Sont-ils toujours sur le territoire sénégalais ? Autant de questions qui méritent réponses. Même si, au-delà de toutes ces considérations, on peut bien comprendre que les jihadistes tentent d’entrer sur le sol  sénégalais. Mais le plus grand danger serait celui qui viendrait même de l’intérieur du pays. Et c’est à ce niveau qu’il est important de s’arrêter sur les évènements qui se déroulent à Guet-Ndar depuis quelques semaines. Dans ce quartier populeux de Saint-Louis, la mairie a procédé à la destruction de deux mosquées pour des travaux d’intérêt public. On peut bien comprendre que la municipalité de la capitale du Nord veuille offrir un meilleur cadre de vie aux Saint-louisiens,  mais les réactions suscitées par la destruction des deux mosquées de Guet-Ndar montrent que le projet de la mairie n’a pas l’adhésion des populations. Pis, les images de la destruction des deux mosquées diffusées sur plusieurs chaines de télévision en ont choqué plus d’un. Ces images rappellent étrangement les destructions de mausolées à Tombouctou par les jihadistes. A la seule différence qu’à Saint-Louis, c’est l’autorité qui détruit au nom de travaux d’intérêt public. C’est-à-dire pour l’intérêt du plus grand nombre. Toujours est-il que le mal est fait. Et le risque est de mettre dans la tête des musulmans de Guet-Ndar que l’Etat est contre leur religion. C’est d’autant plus vrai que la réaction des jeunes de Guet-Ndar a été de s’en prendre au poste de gendarmerie et à l’école Cheikh Touré considérés comme des symboles de cet Etat qui, à travers un de ses démembrements, a détruit leurs lieux de culte. Pour ne rien arranger, le procureur a placé sous mandat de dépôt treize jeunes manifestants dont deux mineurs. Ils sont poursuivis pour trouble à l’ordre public et destruction de biens publics. Leur procès prévu ce jeudi 17 novembre risque de tourner au combat entre le «bien» et le «mal».

Le Sénégal où règnent la pauvreté et le chômage des jeunes, on aurait pu se passer de ce genre d’images source d’amalgames. Or, tous les experts reconnaissent que la pauvreté et le chômage des jeunes constituent un terreau fertile pour le terrorisme. Ce n’est pas pour rien que Daesh vend à ses jeunes combattants le slogan : «Tu as raté ta vie, tu vas réussir ta mort

Moustapha DIOP

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