ACCAPAREMENT DE TERRES Vers l’effondrement de Senhuile-Senethanol

Le très controversé projet de biocarburant de Senhuile-Senethanol est en train d’imploser, selon un rapport de chercheurs italiens qui ont enquêté sur ce projet. Avec la bataille juridique des actionnaires, les conflits, les communautés agropastorales, la protestation des 71 travailleurs licenciés, c’est la confusion générale. Et l’avenir de ce projet, qui s’est accaparé de 20 mille hectares à Ndiael et dont l’installation a coûté plusieurs pertes en vies humaines, est plus que jamais flou.

 

Fin de la saga de Senhuile ? Tout porte à le croire. Lancé en 2010 par des investisseurs italiens et sénégalais pour produire des biocarburants, le projet Senhuile, qui bute depuis sur la résistance des populations des zones où il s’est successivement implanté, Fanaye puis Ndiael, est sur le point d’imploser si on croit un rapport de chercheurs italiens. Ce document de 37 pages, lancé par des groupes italiens, sénégalais et internationaux qui ont travaillé ensemble pour démontrer que le projet Senhuile est illégitime et nuisible, fait état de plusieurs problèmes qui risquent de signer l’arrêt de mort du projet. En effet, le management de Senhuile-Senethanol est aujourd’hui miné par une grave crise qui va sans doute faire mal à l’entreprise. Ce, après le licenciement de son ex-Président directeur général, Benjamin Dummai, qui a par la suite été emprisonné pour détournement de fonds estimé à 500 mille dollars, soit près de 300 millions de francs Cfa. Il est remplacé par Massimo Castellucci, administrateur de Tampieri Financial Group en Italie depuis 2008, et de Senhuile à Dakar depuis décembre 2013. Alors que la nouvelle gestion est en train de se réorganiser, «arrive la dernière bombe», selon le rapport. Le 18 mars 2015, Benjamin Dummai, sorti de prison cinq mois pour raison de santé, passe à la contre-attaque. D’accusé, il devient plaignant. Selon le document, il accuse la nouvelle direction de Senhuile, et les gros bonnets du Groupe financier Tampieri de «augmentation fictive du capital social à des fins frauduleuses», «blanchiment d’argent», «fraude», «émission fictive d’actions», entre autres. Des accusations dont devraient répondre les concernés en aout prochain. Et l’issue d’une telle vendetta pourrait être fatale à l’entreprise.

En plus de ce conflit fratricide, l’entreprise doit aussi faire face aux 37 villages de son site et qui n’en veulent pas et la protestation des travailleurs licenciés. Car, selon le rapport, la décision de licencier 71 personnes, également justifiée par la nécessité de «redresser» les mauvais choix de la «vieille gestion», a suscité les protestations des travailleurs. Ce, même si le nouveau Dg, Massimo Castellucci, a déclaré, en avril 2015, n’avoir licencié que 12 travailleurs pour des raisons économiques.

Même si Tampieri a passé la dernière année à investir massivement dans un travail de relations publiques pour gagner la confiance et l’estime des populations dans les villages qui entourent le site du projet, les chercheurs italiens ont relevé une contradiction flagrante entre les discours de l’entreprise et ce que vivent les gens sur le terrain.

Rappelons que c’est en 2010 que Senethanol a signé un bail pour 20 mille hectares de terres avec la communauté rurale de Fanaye, pour cultiver la patate douce pour la production de bioéthanol destinée au marché européen. Mais, les tensions politiques déchaînées dans la communauté et provoquées par l’arrivée d’investisseurs étrangers ont dégénéré en un conflit violent le 26 octobre 2011. Le Sénégal entier a été bouleversé par la nouvelle de deux personnes tuées et vingt blessés graves. Ainsi, le projet a été rapidement suspendu par le président d’alors, Abdoulaye Wade, en réaction aux décès. Il sera de nouveau approuvé et délocalisé dans la zone périphérique de la réserve naturelle du Ndiael, le 20 mars 2012, par un double décret de Wade. Arrivé entre temps au pouvoir, Macky Sall, qui avait basé une partie de la campagne électorale contre l’accaparement des terres dans le pays, décide de suspendre le projet, pour revenir sur ses pas seulement trois mois plus tard.

Seyni DIOP

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