APPEL AU DIALOGUE NATIONAL : LE PREMIER ACTE MENANT À LA PROROGATION DU MANDAT DES DÉPUTÉS ?

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Ce n’est pas un hasard si le président Macky Sall a attendu d’en finir avec son référendum pour appeler au dialogue national. Cet appel, pour le moins tardif, loin de renseigner sur sa volonté de conciliation, sonne comme le coup d’envoi d’une nouvelle compétition dont les enjeux sont à chercher du côté de l’Assemblée nationale.

C’est un concert de réprobations qui a accueilli l’appel au dialogue du président de la République. «C’est de la politique politicienne», a observé Me Doudou Ndoye. «Pas question que le dialogue soit uniquement entre hommes politiques qui occultent les préoccupations des Sénégalais», a jugé la  Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho). «Les Sénégalais s’attendent à un dialogue franc et sincère. Si c’est un dialogue franc, ça vaut la peine mais si c’est toujours cette quête de prébendes individuelles, c’est inutile de s’engager», a martelé l’Archevêque de Dakar, Mgr Benjamin Ndiaye. Des hommes politiques aux religieux en passant par les acteurs de la société civile, les sentiments les mieux partagés, à l’annonce du chef de l’Etat, ont été le rejet, la méfiance, voire la défiance. Rares sont les voix ne prenant pas échos de la présidence de la République qui ont magnifié l’initiative de Macky Sall. Et si s’asseoir autour d’une table n’exalte pas, à l’heure actuelle, au pays de la «Teranga», c’est, en grande partie, parce que celui qui organise le face-à-face est loin d’inspirer la confiance.

Un appel tardif

Si la démarche du chef de l’Etat n’emballe pas la majorité des acteurs concernés, c’est qu’elle a été amorcée tardivement. «Le président Macky Sall a fait l’Acte III sans consulter l’opposition, la société civile, ou la presse. Il a aussi pris la décision d’organiser un référendum sans consulter personne. Mais après tout ça, s’il nous appelle au dialogue, de quoi va-t-on parler?», s’est interrogé l’ancien président de l’Assemblée nationale Pape Diop. Embouchant la même trompette, Me Doudou Ndoye trouve que «le président Macky Sall devait, avant de nous conduire à une campagne électorale sur la constitution, tenir un dialogue». Même son de cloche du côté des libéraux. Que ce soit le Rewmi d’Idrissa Seck ou le Parti démocratique sénégalais (Pds), on trouve que Macky Sall a mis la charrue avant les bœufs.

Celui qui est mis en cause semble ne guère être préoccupé par le tollé suscité par son initiative. En effet, en annonçant officiellement le 18 mai que des consultations allaient être démarrées le 28 du même mois, le chef de l’Etat a donné du grain à moudre à ses détracteurs qui ont trouvé ce temps assez limite pour se préparer en conséquence. D’autant que, dans son appel, le président Macky Sall a oublié de préciser autour de quoi les discussions vont tourner. Ce n’est pas le seul oubli du leader de l’Alliance pour la république (Apr). Comme s’il voulait que son appel tienne lieu de carton d’invitation, il a également laissé en rade de nombreuses organisations politiques comme syndicales qui n’ont jamais été saisies officiellement. Si le Pds indique avoir reçu son carton d’invitation, six jours après l’annonce du chef de l’Etat, tel n’est pas le cas de la formation politique dirigée par Pape Diop.

Une logique électorale

Le président Macky Sall a modifié la Constitution après avoir mis sur orbite l’Acte 3 de la décentralisation. Et, à aucun moment il n’a été question d’associer tous les acteurs à ces processus qui impactent directement sur la marche de la République. Maintenant qu’il appelle au dialogue, de nombreux acteurs s’estiment laissés en rade car n’ayant même pas été saisis. Autant de considérations qui tendent à renseigner que le chef de l’Etat n’est guère intéressé par un consensus national. Ce dernier adjectif, qui qualifie le dialogue auquel il appelle, semble être destiné à la presse occidentale. Tel le roi d’un jeu d’échec en mouvement, sa démarche s’inscrit dans une logique qui, loin de chercher le rassemblement, vise plutôt à sécuriser son fauteuil de président de la République. La question de la prochaine élection présidentielle a été certes définitivement réglée du point de vue de la date mais, avec les résultats du référendum loin d’être en sa faveur, Macky Sall semble faire cap sur 2017 et les élections législatives. Si à 14 mois de ces joutes électorales, il s’adonne à la soustraction plutôt qu’à l’addition, c’est que le politicien s’aménage une porte de sortie ne menant pas forcément au consensus. En effet, l’élève de Me Abdoulaye Wade pourrait bien, au sortir des discussions, annoncer le couplage de la présidentielle aux législatives. Il ne ferait que suivre les pas de son mentor. En effet, arrivé au pouvoir, Me Wade avait attendu quatre ans pour convier ses opposants à un dialogue national qui avait abouti à un gouvernement élargi dans lequel Djibo Ka avait siégé. Les autres opposants, comme Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng avaient décliné l’appel. Quelques mois plus tard, la prorogation du mandat des députés prenait le dessus sur tous les autres sujets. Et si cette volonté de Me Wade avait pris corps, c’est qu’un certain Macky Sall, alors Premier ministre, avait réellement manœuvré.

Macky Sall, un récidiviste

En effet, en 2005, Abdoulaye Bathily, membre de la mouvance présidentielle, observait que la prorogation du mandat des députés, que le chef de l’Etat s’apprêtait à faire appliquer, était «un coup d’Etat constitutionnel», Macky Sall s’était chargé de lui porter  la réplique. Dimanche 4 décembre 2005, alors qu’il était en visite à Kaffrine, il répondait au professeur en ces termes : «La souveraineté du peuple s’exerce sous deux formes : directement par référendum ou indirectement par le canal de ses représentants à l’Assemblée nationale. La réforme par cette voie indirecte de la constitution n’est pas un coup d’Etat constitutionnel. L’Assemblée nationale est tout à fait compétente pour toute modification de la Constitution pourvu que l’on respecte la majorité constitutionnelle requise des 3/5e». Macky Sall avait ajouté : «Ce n’est donc pas une violation de la constitution que de proroger le mandat des députés. Si le Pr Bathily quitte l’Assemblée nationale le 30 juin prochain comme il en a l’intention, ce ne serait que rendre à César ce qui lui appartient, car il tient son mandat de député de la liste  Sopi ak Cap 2». Ainsi annoncé par le Premier ministre Sall, le projet de loi constitutionnelle n° 2006-11 du 20 janvier 2006 prorogeant le mandat des députés élus à l’issue des élections du 29 avril 2001, sera adopté en Conseil des ministres et voté à l’Assemblée nationale.

Mame Birame WATHIE

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