Burkini ou bikini, quel tissu pour le Gaulois

CHRONIQUE DE WATHIE

«Au Canada, on devrait être au-delà de la tolérance. Tolérer quelqu’un, c’est d’accepter qu’il ait le droit d’exister mais à condition qu’il ne vienne pas nous déranger trop, trop, chez nous», Justin Trudeau Premier ministre canadien.

Le Conseil d’Etat français a invalidé, ce vendredi 26 août, l’arrêté pris à Villeneuve-Loubet qui déclare le port du burkini pas respectueux « des bonnes mœurs et de la laïcité ». Mais, si la plus haute juridiction administrative française décriminalise le port du burkini, elle est  loin d’avoir mis un terme à la discrimination, à l’ostracisme et à la stigmatisation dont sont victimes ceux qui manifestent leur appartenance à l’Islam. Car, plus que les signes, c’est la religion musulmane, qui se développe chaque jour un peu plus en Hexagone, qui indispose avant tout les Français plus bikini que burkini.

Le 28 juillet dernier, David Lisnard, maire de Cannes, prend un arrêté interdisant les plages aux femmes vêtues d’un « burkini ». Un terme défini par Wikipédia comme étant « un maillot de bain pour femme couvrant le torse, ainsi qu’une partie des membres et de la tête».  Mais pour  le maire de Cannes, un camarade de parti de Nicolas Sarkozy, le burkini est : «une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse, alors que la France et les lieux de culte religieux sont actuellement la cible d’attaques terroristes, est de nature à créer des risques de troubles à l’ordre public (attroupements, échauffourées, etc.) qu’il est nécessaire de prévenir». Une théorie tirée par les cheveux qui va pourtant faire des émules. Le tribunal administratif de Nice, qui a débouté ceux qui s’opposaient à cette mesure, va donner des ailes à certains élus locaux. Les arrêtés interdisant le port du Burkini se multiplient. Le sujet prend le dessus sur tous les autres. Et la France remontre son véritable visage de rejet, de discrimination et de stigmatisation.

«J’étais juste sur la plage avec mes enfants. J’étais vêtue de mon foulard, d’une tunique et d’un legging. Je ne comptais pas de toute façon aller me baigner. Des policiers sont venus me dire : vous n’avez pas une tenue correcte. Ils me demandent de mettre mon foulard en bandana pour être plus laïque ou sinon que je devais quitter la plage. Ce que j’ai refusé de faire, alors ils m’ont verbalisée de onze euros ». Siam, une Toulousaine de 34 ans, partage sa mésaventure sur les ondes de RMC. Comme des milliers d’autres Françaises musulmanes, Siam est depuis quelque temps sous les feux de la rampe. Elles sont désignées comme des femmes, dominées et mal fagotées, qu’il faut libérer ou à défaut empêcher que d’autres, comme elles, ne soient «emprisonnées». C’est dans ce contexte de méfiance et défiance que le Conseil d’Etat français a été saisi pour indiquer définitivement la voie à suivre concernant cette affaire.

Seulement, la France qui en période pré-électorale, ne peut absolument pas se détourner d’un tel sujet. « Dénoncer le burkini, ce n’est en aucun cas mettre en cause une liberté individuelle. Il n’y a pas de liberté qui enferme les femmes ! C’est dénoncer un islamisme mortifère, rétrograde ». C’est en substance la réaction de Manuel Valls après la décision du Conseil d’Etat. Pour le Premier ministre français, «cette ordonnance du Conseil d’Etat n’épuise pas le débat». Et, il a tout à fait raison. Cette institution a beau être la plus haute juridiction administrative française sa jurisprudence aura du mal à prospérer dans cette France où la tolérance semble avoir été extirpé du dictionnaire national.

Si les politiciens s’accrochent au sujet, refusant de le reléguer, c’est, d’une part, parce qu’ils savent qu’il peut rapporter gros à la prochaine présidentielle. Que ce soit militant de gauche, de droit, du centre ou des extrêmes, on cherche à toucher la fibre patriotique des électeurs en pointant d’un doigt accusateur l’autre. Alors que l’ancien président, Nicolas Sarkozy, candidat à la prochaine présidentielle, marque de plus en plus de terrain, Manuel Valls s’accroche au burkini, faisant de son interdiction une affaire personnelle. D’autre part, la croisade contre les «signes religieux ostentatoires» est un moyen pour les Français de cacher la véritable représentativité des musulmans en France. Avant ce dernier morceau de tissu, c’est contre le port du voile et de la burqa que les Français se sont fait entendre, dénonçant par la même occasion les nombreuses prières « qui obstruent les rues ». Prétextant l’intégration, les compatriotes de François Hollande, qui ont imposé à de nombreux pays leur langue, cherchent à uniformiser leur société qui ne saurait prendre en compte aucune communauté, surtout musulmane. «La France n’enferme pas le corps de la femme, la France ne cache pas la moitié de sa population, sous le prétexte fallacieux et odieux que l’autre moitié craindrait la tentation», écrit Marine Le Pen sur son blog. Il faut bien être Français pour interdire le burkini et tolérer le bikini.

 

Par Mame Birame WATHIE

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