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Casamance : comment le trafic du bois met la forêt en danger

La région de Ziguinchor est considérée comme un des derniers bastions forestiers du Sénégal. Mais ce statut, l’action anthropique est en train de le lui faire perdre. Une perspective inquiétante qui mobilise les acteurs pour freiner la destruction de la forêt.

(Correspondance) – La journée de l’arbre a été célébrée dimanche dernier sur toute l’étendue du territoire national. Plus qu’un acte symbolique de reboisement à caractère folklorique, il s’agit de sensibiliser sur un vrai drame qui menace l’écosystème de notre pays. Car, le désert avance à pas de géant, aidé dans sa marche destructrice par l’action anthropique. Dans la région de Ziguinchor, l’irresponsabilité et l’insouciance humaines sont en train de menacer sérieusement la forêt ou ce qui en reste. Le phénomène est beaucoup plus perceptible dans le Fogny. Dans cette localité du département de Bignona, la forêt est en train de disparaître sous la menace d’une ruée favorisée par la situation sécuritaire précaire qui y prévaut. Le Fogny est devenu, avec l’insécurité, un no man’s land où exercent en toute impunité les coupeurs de bois. La proximité avec la Gambie favorise le développement d’un trafic qui a pris, depuis des années, des proportions dangereuses. Il suffit de se rendre à la frontière entre le Sénégal et ce petit pays anglophone pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts sur la forêt. Les villages frontaliers, de part et d’autre, sont devenus des dépôts de bois en attendant l’acheminement du produit vers la lointaine Chine. C’est donc une véritable économie de guerre articulée autour de la coupe abusive de bois qui s’est développée dans cette zone qui échappe au contrôle de l’autorité publique. Un scénario apocalyptique que l’on retrouve également dans la zone des palmiers, localité correspondant à la commune de Djignaky, dans le département de Bignona. Là-bas aussi, la forêt est devenue une source de revenus. «La forêt est agressée par tout le monde, y compris les combattants du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc)», reconnait-on dans la zone.

Le département de Ziguinchor n’échappe pas à cette agression. Au contraire, dans cette zone, l’exploitation de la forêt vire parfois au drame. La tuerie de Boffa qui a fait quatorze morts et le carnage de Diagnon qui a coûté la vie à une dizaine d’exploitants forestiers sont malheureusement la traduction de l’enjeu autour de la forêt en Casamance. Le département d’Oussouye, à cause du poids d’une tradition qui fait de l’arbre une incarnation du mysticisme en pays Diola, fait exception à la règle. Mais, la menace est là, bien réelle. D’où l’impérieuse nécessité de s’attaquer au mal. L’organisation d’une journée de l’arbre trouve donc toute sa pertinence dans une telle région.

Dimanche dernier, tous les acteurs se sont retrouvés à Koudioubé, dans le département de Bignona pour engager la croisade. «Il faut l’engagement de tous les acteurs aux côtés des forces de défense et de sécurité pour renforcer considérablement la protection du capital forestier de notre département et de toute la région, contre la coupe et le trafic illicites de bois, les défrichements incontrôlés et les feux de brousse», a plaidé le président du conseil département de Bignona, Mamina Camara. Cette préoccupation cadre avec la politique forestière mise en œuvre dans la région. Laquelle a permis, si l’on en croit l’inspecteur, chef du service régional des eaux et forêts, la production de milliers de pépinières, la plantation massive de centaines d’hectares, la restauration de 144 hectares de mangrove, la construction d’une dizaine de diguettes, etc.

 

 

 

 

 

 

Mamadou Papo MANE 

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