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Chapitre 26 : la bataille de Badr (confrontation)

CHRONIQUE DE SIDI

La langue de vipère d’Abu Jahl avait fini par convaincre les Quraysh d’engager la bataille contre le Prophète Mouhamed (PSL) et ses compagnons. A la tête d’une armée de plus de mille hommes, les Mecquois étaient décidés à en découdre, malgré les assurances d’Abu Soufian qui disait ne plus être en danger. Abu Jahl avait convaincu tout le monde de rallier Badr et, à défaut d’en découdre avec les musulmans, de festoyer et de montrer la force des Quraysh à toutes les tribus d’Arabie. Les 313 musulmans, avec à leur tête Mouhamed (PSL), partirent à leur rencontre.

Les Médinois arrivèrent en premier à Badr où il y avait de nombreux puits. Le Prophète Mouhamed (PSL), après une brève inspection des lieux, décida de cantonner près du premier puits qu’ils avaient atteint. Seulement, il n’eut pas le temps d’installer toute sa troupe. Un homme, parmi les ansar, l’interpella et voulut savoir pourquoi il avait choisi cet endroit.  « Campons-nous ici parce que Dieu te l’a ordonné, et ne devons-nous ni avancer ni reculer ? Ou est-ce par ton propre jugement que tu as choisi cet endroit comme le meilleur pour avoir l’avantage sur l’ennemi ? ». Le Prophète (PSL) répondit que c’était son choix propre et non une recommandation du Seigneur. « Alors, ce n’est pas le bon endroit pour établir le camp. Il vaudrait mieux avancer davantage, jusqu’au puits le plus proche de l’ennemi, où nous pourrons camper et creuser un bassin rempli d’eau. Puis nous fermerons les autres puits, de sorte que nous aurons notre réserve d’eau et qu’ils n’en auront pas».  Mouhamed (PSL) trouva l’idée ingénieuse et sans attendre il ordonna son exécution prompte. Toute une leçon de vie. Les responsabilités n’annihilent pas l’humilité. Une légère pluie se mit à tomber et fit beaucoup de bien aux musulmans qui étaient déjà à l’œuvre. Une bénédiction du Seigneur qui avait choisi son camp. «Et quand Il vous enveloppa de sommeil comme d’une sécurité de Sa part, et du ciel Il fit descendre de l’eau sur vous afin de vous en purifier, d’écarter de vous la souillure du Diable, de renforcer les cœurs et d’en raffermir les pas! [vos pas] », (Sourate 8 – verset 11).

Les Quraysh ne tardèrent pas à arriver à Badr à leur tour. Chaque camp avait des espions dans l’autre. Ceux des Quraysh avaient rendu-compte du nombre peu important des musulmans qui se faisaient tout de même remarquer par leur grande volonté d’en découdre. Du coté des Médinois, Ammâr et Abdullah furent envoyés inspecter le camp des Quraysh. Ils renseignèrent de la panique qui dominait le camp adverse où une petite étincelle suffisait à faire décamper tout le monde. Malgré l’imminence de la bataille, le Prophète (PSL), qui pensait toujours pouvoir éviter la confrontation, envoya un émissaire aux Quraysh à qui il demandait de rebrousser chemin.  Et quand Umar ibn al-Khattab transmit le message du Prophète (PSL), la panique gagna davantage les troupes Quraysh. Les musulmans n’étaient que trois cent et pourtant, ce sont eux qui demandaient aux mille soldats Quraysh de rebrousser chemin. Mouhamed (PSL) devait avoir une infaillible assurance pour être aussi directif. Ainsi, les notables Mecquois se réunirent. Il était question d’étudier la proposition du Prophète (PSL) qu’Utba ibn Rabî’a avait d’emblée acceptée. Convaincu par Hakîm ibn Hizâm qu’il fallait éviter la guerre, Utba, qui était un notable respecté, parla aux Quraysh. «Écoutez-moi et ne combattez pas cet homme (le Prophète (PSL) et ses compagnons. J’assumerai toute la responsabilité. Vous pouvez m’imputer cette lâcheté. Parmi ces gens, beaucoup sont vos parents. Si nous gagnons, nombreux sont ceux d’entre nous qui, en regardant autour d’eux, y verront le meurtrier de leur père ou de leur frère. Cela causera beaucoup de rancune et d’hostilité dans nos rangs. Vous ne pourrez pas les tuer tous avant qu’ils n’aient tué un nombre équivalent parmi vous. Mais vous pouvez aussi perdre la bataille. Que cherchez-vous à venger, à part la mort d’un homme et la caravane qu’ils ont pillée ? J’en assumerai moi-même la responsabilité. Si Mouhamed (PSL) est un menteur, les loups parmi les Arabes vous en débarrasseront. S’il est un roi, vous bénéficierez du royaume de votre neveu. Si, au contraire, il est vraiment un prophète, vous serez les plus heureux des hommes qu’il soit l’un des vôtres ». Ce discours véridique d’Utba n’eut pas le temps d’attendrir tous les  Quraysh. Abu Jahl revint à la charge et battit en brèche cette argumentation. «La lâcheté de Utba est apparue maintenant qu’il a vu Mouhamed (PSL) et ses compagnons. Nous ne repartirons pas tant que Dieu n’aura pas jugé entre eux et nous. Utba ne croit pas à ce qu’il dit. C’est seulement qu’ayant vu qu’ils sont peu nombreux et que son fils est parmi eux, il craint que son fils ne soit tué», avait-il rétorqué. Et pour davantage pousser les Quraysh à le suivre, il fit sortir des rangs un soldat dont le frère a été tué par les musulmans et réclama vengeance. A ce derniers discours, il détermina la plupart des Mecquois à livrer bataille.

Les deux camps faisaient face. Les musulmans étaient impressionnés par les Quraysh qui étaient trois fois plus nombreux. Ils n’eurent pas le temps de prendre peur. Le Seigneur qui avait choisi son camp, manifesta son soutien. Le Prophète (PSL) leur avait assuré la victoire et tout le monde voulait participer à la première bataille victorieuse de l’Islam. Une rude bataille éclatait ainsi entre des forces inégales. Un musulman pour trois Quraysh. La détermination des Médinois ne tarda pas à se concrétiser. Il s’en suivit une totale déroute des Mecquois dont les survivants prenaient la poudre d’escampette sans se retourner. Abu Jahl ne survécut pas à la bataille qu’il avait déclenchée. Quand la poussière se dissipa, son corps agonisant fut trouvé par Abdullah, un chétif berger. Ce dernier posa son pied sur son cou. « Ennemi de Dieu, n’as-tu pas été humilié ?» lui dit-il avant de lui porter le coup de grâce.

A lire chaque vendredi

Par Sidi Lamine NIASS

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