Coronavirus : Un vaccin, mille équations

Le vaccin anti-Covid-19 que les autorités vont choisir sera-t-il adapté à la population ? Les Sénégalais vont-ils l’accepter ? Le cas échéant, quel sera le calendrier vaccinal ? Est-ce qu’il y a assez de recul pour évaluer les risques liés à cette vaccination ? Autant d’interrogations que se sont posés des spécialistes, le week-end dernier, en marge d’un webinaire sur la vaccination anti-Covid organisée par le département chargé de la politique de santé du Sutsas.

Le Sénégalais lambda n’est pas le seul à se poser des questions sur l’efficacité ou les risques liés à ces vaccins anti-Covid-19 développés par les laboratoires pour lutter contre la pandémie du nouveau coronavirus. En effet, des acteurs de la santé notamment des spécialistes se posent, aujourd’hui, beaucoup plus de questions qu’ils n’apportent des réponses. «Les vaccins développés çà et là ont-ils été suffisamment testés en Afrique ? C’est ça la question. Au Sénégal, on s’inquiète beaucoup car la mortalité est très élevée. On ne sait pas ce qui va arriver demain. La situation vaccinale dans le monde va très vite. Mais il faut savoir que les Etats-Unis et les pays occidentaux ont déjà mis des stratégies avant de démarrer la vaccination. Où en sommes-nous au Sénégal ? On ne sait pas. Quel calendrier vaccinal ? Sera-t-il annuel ?», s’interroge le vaccinologue, Pr Tandakha Dièye. Pour ce dernier qui s’exprimait, le week-end dernier, en marge d’un webinaire sur la vaccination anti-Covid organisé par le département  chargé de la politique de santé du Sutsas, il faut dissiper les craintes. Parce qu’il y a beaucoup de gens qui émettent des doutes par rapport à ces vaccins. Selon le spécialiste, il faut reconnaitre que les pays africains n’ont pas eu l’occasion de tester ces vaccins. Ce, à cause de lobbyings anti-vaccin par rapport à des essais vaccinaux. Il soutient que beaucoup d’essais ont été menés au Sénégal et les autorités auraient dû en parler largement aux populations. Donc il faut qu’il y ait des phases et une bonne communication, parce qu’il y a des différences physiologiques entre Africain et Européen. Mieux, indique-t-il, il y a des réactions allergiques auxquelles ils s’attendent avec ces vaccins.

D’où son appel pour la mise en place d’une pharmacovigilance pour suivre les personnes qui seront vaccinées. Il rappelle qu’aujourd’hui, on parle de variants britanniques et sud-africains et peu de données existent sur l’efficacité de ces vaccins sur ces variants. D’après Pr Tandakha Dièye, on ne sait pas peut-être d’ici peu de temps si ces vaccins seront efficaces ou pas. Pour lui, il faut peser le bénéfice par rapport aux risques. Pour l’immunologue, quand les gens sont infectés, ils auront une bonne immunité mais personne n’est en mesure de connaitre la durée de cette immunité. Car, elle peut ne pas durer. Pis encore personne ne sait si ces personnes seront immunisées sur tel ou tel variant. «Ces vaccins constituent, aujourd’hui, le seul espoir mais suffisent-ils pour éradiquer cette pandémie ?», s’interroge encore Pr Tandakha Dièye. «Il est important que les populations le sachent. Est-ce qu’aujourd’hui, c’est normal d’avoir un vaccin à un temps record ? Est-ce qu’on n’a assez de recul pour évaluer les risques liés à cette vaccination ? Quel vaccin pour quelle population ? », embraie Dr Samba Cor Sarr, chercheur et expert en éthique de la recherche au ministère de la Santé et de l’Action sociale. Pour ce dernier il faut que le choix du ou des vaccins soit clarifié et veiller à l’équité sur le choix aussi des bénéficiaires. De son avis, il est important d’informer les populations et intégrer l’autonomie de décision. Car, on n’a pas à forcer une personne à prendre le vaccin si cette dernière n’est pas convaincue. «Le consentement est une obligation dans le cadre de cette vaccination. Donc il y a une nécessité de communiquer et d’informer les populations. Il faut mettre en place un système d’assurance. Parce que, ces vaccins, à l’état où on les utilise, les laboratoires ne donnent aucune assurance. Car, ce sont les Etats qui doivent s’engager. Et s’il y a des problèmes, ce sont les pays qui doivent agir. A partir de ce moment, il faut que les Etats clarifient sur comment ils vont prendre en charge les conséquences d’une vaccination si toutefois on rencontre des problèmes après avoir pris une dose», prescrit Dr Samba Cor Sarr.

 

 

 

 

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Samba BARRY

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