Que demande le peuple Sénégalais… (Par Yakhya DIOUF)

CONTRIBUTION

 

On n’a pas besoin de porter le titre de président de la République, de ministre ou de député pour comprendre ce que demande le peuple. Ceux-là qui arborent fièrement et ostensiblement ces casquettes sont avant tout, des citoyens comme nous autres. Il n’existe pas d’école d’où l’on sort avec ces titres. Le hasard a fait qu’ils soient à ces stations, provisoirement, en attendant que la providence en décide autrement. Mais pendant qu’ils sont là, ils ont l’obligation d’écouter le peuple grâce à qui, ils sont là où ils sont.

Que demande le peuple sénégalais ?

Il ne me paraît pas, particulièrement laborieux, d’apporter des éléments de réponse, pour le citoyen qui sait prendre le pouls de son peuple. Mais au paravent, je voudrais tenter de cerner les rapports qui, à l’heure actuelle, unissent les Sénégalais à leurs politiciens ; autrement dit, quelle perception ont-ils de leurs dirigeants.

Quand ceux-ci ne disent plus la vérité au peuple au point que la confiance qui, naturellement devrait les lier s’étiole, il y a nécessairement crise et c’est le cas. Entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font il y a toujours un grand gap. C’est cette appréhension qui fait, au Sénégal, qu’il n’y a pas dépolitisation, mais bien désaffection. Encore ces politiciens, a-t-on l’habitude d’entendre. On ne les voit que quand ils ont besoin de nos suffrages, en période électorale pour disparaitre, ensuite, comme fumée au vent, dans la nature.

L’homme politique est devenu tour à tour comédien, spectateur, commentateur de la vie politique que lui modèlent les médias. Il n’en est plus l’auteur par manque d’imagination, tellement ils sont absorbés par les lambris dorés. A de rares exceptions près, qui donnent le meilleur, comme le pire.

C’est cette attitude qui éveille chez nous concitoyens, l’intuition que les partis politiques évacuent sciemment ou par ignorance, les vrais problèmes – ceux qui pourraient créer de vrais clivages – excellents dans le diagnostic, mais répugnent aux solutions, qui succèderaient accords et désaccords. Bref, qu’ils semblent tous s’être ralliés à la célèbre maxime du Docteur Queuille : «Il n’est pas de problème assez urgent qu’une absence de décision ne puisse résoudre».

Pour quoi dire finalement ? Que les hommes politiques ou «politiciens» sont coupés des Sénégalais même si leur patron estime «comprendre» les jeunes. Vraiment, ils n’apportent pas de réponses crédibles aux problèmes auxquels le peuple est confronté quotidiennement. Ou, pire, que le peuple ne les croit plus, capable d’en apporter les réponses adéquates. Ils sont directement mis en cause sur leur responsabilité d’homme public. C’est de leur capacité à agir sur les choses qu’il est question.

Mais agir sur quelles choses ?

L’emploi, pour combattre efficacement le chômage massif des jeunes. Sous ce rapport, je suis tout à fait en phase avec le Président qui oppose une fin de non-recevoir aux syndicalistes qui réclament la retraite à 65 ans. Et les jeunes qui ne demandent qu’à être insérés dans le tissu économique, et qui ont toutes les qualifications requises ? Seulement, là, il faut savoir raison garder ; l’Etat, à lui seul, ne peut pas absorber toute la masse de jeunes qui frappent aux portes de l’emploi. C’est là que le privé doit aussi jouer son rôle ; il ne pourra le faire que lorsque l’Etat créera les conditions de son épanouissement. Celles-ci ont pour noms fiscalité favorable, infrastructures, énergie suffisante et disponible, entre autres.

Aussi, la santé publique doit-elle constituer un enjeu majeur pour nos gouvernants. Son budget doit être constamment revu à la hausse. «La couverture maladie universelle» dont on parle, doit être une réalité palpable. Les agents de santé de quelque bord qu’ils se situent doivent faire l’objet d’un traitement digne de leur rang, tant au plan de leur vie quotidienne que celui du travail, par une nette amélioration des conditions d’exercice. Sans eux, rien n’est possible. La santé avant tout.

L’éducation, axe majeur de tout développement économique et social ! «… De tous les métiers, au monde, j’en choisirais un seul : L’éducation» disait en substance Jules Ferry.

De ce point de vue, une attention toute particulière doit lui être accordée, tant au plan des infrastructures, du personnel que des innovations pédagogiques. Ne jamais mépriser les enseignants, car comme avertissait Jean Pierre Chevènement : «Un peuple qui néglige ses enseignants, est un peuple qui se suicide».

Par ailleurs, la crise économique et sociale qui sévit dans le pays, surtout au niveau des couches sociales les plus défavorisées doit préoccuper davantage les gouvernants. «La bourse de sécurité familiale, oui, c’est bien mais» «peut mieux faire» comme dirait le maitre d’école.

En conséquence, la rudesse de la vie qui se traduit par les denrées de première nécessité en termes de prix, doit être améliorée. Riz, huile, sucre, gaz disponibles et à des prix accessibles à tous. Les produits agricoles qui entrent directement dans la nourriture des populations et qui sont cultivés en zones rurales doivent pouvoir être acheminés dans les centres urbains à travers des pistes de production de plus en plus carrossables, pour éviter leur pourriture dans les lieux de culture.

Les Sénégalais ont aussi besoin de paix. Les échéances électorales en perspective laissent planer beaucoup de doutes et du coup, entrainent des incertitudes quant à leur déroulement, en toute transparence et dans la sérénité absolue. Pour y arriver, il faut que les intérêts du Sénégal passent avant tout intérêt personnel ou partisan. Sous ce rapport, l’injustice sociale doit être combattue, sur toutes ses formes ainsi que la corruption tant sur nos routes que dans l’administration.

Voilà ce que demande le Peuple. Il va falloir que les gouvernants répondent. Il va falloir choisir les priorités bien sûr. Il va falloir proposer. Il va falloir «oser», comme l’a écrit Alain Minc dans la «Grande illusion». Ne plus se contenter d’attendre, cyniquement, que l’oiseau nous tombe tout rôti dans le bec. Parce qu’il n’y aura pas d’oiseau, sinon un oiseau de malheur. 

Yakhya DIOUF, 

Inspecteur de l’Enseignement

 Elémentaire à la retraite 

Téléphone : 77 554 10 64 

 Email : yakhyadiouf56@gmail.com

 

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