Entretien avec… MOUSTAPHA SECK, SELECTIONNEUR DE L’EQUIPE NATIONALE LOCALE DU SENEGAL

Il est peint comme un homme de défi. Et d’année en année, Moustapha Seck réalise des performances qui le propulsent au devant de la scène nationale. En effet, après avoir fait monter le Guédiawaye football club (Gfc), l’année dernière, en Ligue 1, le jeune technicien d’une quarantaine d’années, est descendu en National 1 pour entraîner le Tengueth Fc. Comme il l’a réussi pour Gfc, Moustapha Seck a fait monter cette équipe de Rufisque en Ligue 2. Propulsé sur le banc de touche de l’équipe nationale locale du Sénégal, il a remporté ses deux premiers matches contre la Gambie. Dans cet entretien accordé à Wal Fadjri, il revient dans cette double confrontation contre la Gambie et se projette sur la Guinée, que le Sénégal va affronter en octobre prochain.

 

Wal fadjri : Avec le recul, quelle analyse faites-vous de la double confrontation remportée contre la Gambie ?

Moustapha SECK : Il y a eu une bonne organisation, en amont comme en aval. Nous sommes en cours de championnat. Ceci nous a permis d’avoir des joueurs bien en jambe. Vous aurez ainsi remarqué que pendant la préparation, il y a eu des listes publiées avec un certain nombre de changements effectués dans le groupe. C’est lors de la dernière semaine que nous avons opéré des changements portant sur la composition du groupe qui a affronté la Gambie, en aller comme au retour.

Peut-on savoir ce qui a été déterminant dans la préparation pour obtenir ces deux victoires ?

Le plus important, c’était de nous mettre dans de bonnes conditions de préparation. Et la Fédération sénégalaise de football n’a pas lésiné sur les moyens pour nous mettre dans de bonnes conditions de préparation. Des journées de formation et de stage ont été initiées et réalisées au niveau du Centre Jules François Bocandé, afin de créer une homogénéité, une entente et une dynamique au sein de l’équipe. Tout ceci a donné, comme effet positif, la régularité notée dans la composition du groupe. Et notre cri de guerre était de remporter la manche aller et celle du retour. Avant et après le premier match, à Dakar, on a insisté sur la diététique pour aborder le match de Banjul.  Ce qui est extrêmement important. De ce fait, nous logions à 5 mn du terrain d’entraînement et à 5 mn des réfectoires. Cela nous a permis de nous préparer avec beaucoup de quiétude. 

Vos joueurs ont-ils appliqué vos consignes tactiques à la lettre ?

Nous sommes en cours de championnat, qui en est à sa dernière ligne droite. Certains joueurs avaient déjà des capacités physiques pour pouvoir jouer. Ils avaient un important volume de jeu. Donc, ce qu’il fallait faire en équipe nationale, c’était de renforcer le plan technique et exercer un travail tactique, ajouté à la dynamique de groupe. Il y a eu un répondant très enthousiaste. Des joueurs qui ont adhéré rapidement à notre philosophie de jeu, qui est passée par une bonne cohésion, une dynamique et une entente dans le jeu.

Exergue : «Avant et après le premier match, à Dakar, on a insisté sur la diététique pour aborder le match de Banjul. Ce qui est extrêmement important».

Vous avez réussi le 2 sur 2. Peut-on dire que vous avez trouvé le noyau dur pour l’équipe nationale locale du Sénégal ?

A la seule différence des autres catégories, dans la sélection que je dirige, le joueur, pour y être retenu, doit jouer dans le championnat national. Il faut aussi être un Sénégalais, contrairement aux joueurs des autres catégories, qui peuvent évoluer dans des championnats étrangers, mais qui restent sélectionnables comme c’est le cas chez les moins de 17 ans. En revanche, une équipe n’est jamais fermée. Nous allons vers une phase transitoire extrêmement difficile.  C’est la fin de la saison et pour le prochain match de préparation, ce sera le début de la prochaine saison. Au cours de l’intersaison, beaucoup de choses peuvent se dérouler comme le fait d’aller faire des tests dans d’autres clubs.

Peut-on savoir les dispositions que vous avez prises pour faire face à cette éventualité ?

On a, bien sûr, élaboré un programme pour pallier ce manquement. Il ne reste qu’à la Fédération sénégalaise de football de le valider. Si c’est fait, nous allons reprendre le travail tout juste après la Korité. Mais ce sera difficile, car certains joueurs sont sollicités pour des tests dans des championnats étrangers. Ce qui fait qu’il faut compter sur ceux qui sont prêts à intégrer la sélection.

Peut-on connaître le nom de ces joueurs ?

Non, il y a le secret professionnel qui m’impose à ne pas révéler l’identité de ces joueurs. J’espère que vous le saurez le moment venu.

Exergue : «Quant un journaliste pense que tel joueur ne doit pas intégrer cette sélection-là, il ne joue plus son rôle de journaliste. Il joue plutôt un rôle d’entraîneur».

A l’issue du match aller, à Dakar, en conférence de presse, vous aviez fustigé le comportement de certains journalistes à l’égard de l’équipe.  Pourquoi ce coup de gueule ?

Je pense que le football est devenu aujourd’hui une activité où il y a beaucoup de composantes. Les entraîneurs sont là pour entraîner les joueurs, les dirigeants pour diriger et essayer de mettre les moyens pour permettre à l’équipe d’être dans des meilleures conditions de performance. Mais sans la presse aussi, ça ne va pas marcher. Parce que la personne l’ambda qui est au fin fond du Sénégal, grâce au travail de la presse, il peut savoir ce qui se passe au niveau de leur sélection nationale. Et je parle bien du football en général. Donc, je pense qu’il y a beaucoup d’avancées dans ce sens, parce qu’aujourd’hui, il y a plusieurs quotidiens, plusieurs télévisions… Maintenant, comme il y a la possibilité d’informer, comme le disait Youssou Ndour, juste et vrai, cela veut dire qu’informer c’est restituer. Mais quant à vouloir faire une analyse, en se prenant comme le coach, il y a problème. Si le journaliste adopte pour cette posture, il n’est plus dans son rôle.

Et en quoi ces analyses et autres propos de journalistes dérangent-ils votre groupe ?

Tout dépend de la gestion du groupe. Je pense qu’aussi bien les supporters ont un rôle déterminant à jouer dans la performance d’une équipe nationale ou d’un club, cela est aussi valable pour les journalistes. Vous les journalistes avaient une partition très importante à jouer dans la performance de la sélection. Par contre, j’estime que vous devez être un peu moins critique, même si, il faut le reconnaître, il y aura toujours des critiques à apporter par un journaliste. Ça, c’est clair, parce que, à mon avis critiquer, c’est pour trouver des solutions alternatives par rapport aux critiques apportées. Mais quant un journaliste pense que tel joueur ne doit pas intégrer cette sélection-là, il ne joue plus son rôle de journaliste. Il joue plutôt un rôle d’entraîneur.

Par rapport à l’intégration des joueurs, peut-on savoir les difficultés sur lesquelles vous avez butées?

Il y a certaines choses qu’on ne saurait étaler sur la place publique. Chaque entraîneur a sa philosophie, sa touche personnelle. Mais nous sommes dans un pays où le football cherche à s’organiser. Comme dans tous les autres pays de football, il y a une philosophie à développer. Regardez le football sénégalais, il est très formalisé. Il y a un style de jeu qui se dégage. Beaucoup d’équipes jouent de la même façon. Maintenant, le football national par rapport au football international, c’est à un autre niveau. Le joueur qui doit intégrer une sélection, doit présenter toutes les qualités qu’un bon sportif doit avoir. C’est-à-dire ; il doit être prêt sur le plan physique, sur le plan technique et tactique. Mais, même si ces qualités se retrouvent en lui,  cela ne signifie pas qu’il va être un grand footballeur.

Peut-on connaître les critères qu’il faut remplir pour être un grand joueur ?

Il faut que ledit joueur ait cette capacité de s’adapter, d’intégrer une organisation, parce que le talent tout simplement n’est pas trop déterminant. Il y a le caractère qui est plus que déterminant. En tout cas, il faut noter que la composition d’une équipe nécessite beaucoup de choses  il y a d’abord la qualité individuelle du joueur, il y a aussi cette qualité de polyvalence sur le plan du jeu, pour ne citer que ces exemples. Pour la composition d’une équipe, cela mérite beaucoup de choses, beaucoup de facteurs. Mais c’est d’abord la qualité individuelle du joueur qui prime sur tout. Sa qualité à pouvoir mettre sa qualité individuelle dans le collectif. Il y a aussi ses qualités à pouvoir se sublimer, à se transcender, quelles que soient les situations de crise et d’espace dans le football. Il y aussi les qualités de polyvalent dans le jeu qu’il faut avoir. Ce qui veut dire, en termes clairs, qu’un joueur n’est jamais sélectionné, parce qu’il a tout simplement de beaux yeux. Non. Il faut être bon et meilleur que les autres, pour prétendre être en équipe nationale.

Avec ce bon groupe que vous détenez, espérez-vous faire de bons résultats, une fois qualifier au Chan 2016 ?

Il se sera prématurité de parler de remporter le Chan. Je pense l’impératif qu’il faut faire, c’est de voir comment remporter ces deux matches contre  la Guinée pour pouvoir se qualifier à cette compétition, qui va se jouer au Rwanda.

Exergue : «Un joueur n’est jamais sélectionné, parce qu’il a tout simplement de beaux yeux. Non. Il faut être bon et meilleur que les autres, pour prétendre être en équipe nationale».

Aviez-vous un aperçu de cette équipe Guinéenne ?

Jusqu’au moment où je vous parle, je ne connais aucun joueur de la Guinée, à part Khadim Ndiaye qui y joue. Maintenant, vous parlez de la manière dont je vais aborder le match, je pense que ce n’est pas  indiqué. Parce qu’on ne va pas en guerre, en révélant ses plans. En tout cas, techniquement et tactiquement, on va se préparer comme une équipe qui doit aller à un match de football.

En tant qu’entraîneur national, quelle lecture faites-vous du championnat sénégalais?

Le football sénégalais progresse. Je ne parle pas tout simplement de la Ligue 1. Il y a aussi la Ligue 2 et les National 1 et 2. Mais le niveau et la qualité  de jeu de cette année, montrent qu’il y a de bons joueurs à tous les niveaux. Ça m’arrive parfois de regarder le Nationale 2. Je vois que le gab qui est entre ces différents niveaux, n’est pas extrêmement important. D’autant plus qu’on voit des joueurs de valeurs sûrs du  National 2 qui, aidés un pe et encadrés, pourront être de bons joueurs de la Ligue 1. Donc, il y a des avancées. Le niveau commence à progresser. Chapeau bas aux entraîneurs qui sont en train de faire un bon travail, même si certains sont dans les conditions qui ne leur permettent pas d’être très performants. Il faut travailler leur matière grise pour pouvoir former de bons joueurs et mettre en place une bonne équipe.

Vous êtes peint comme un homme de défi. Après Gfc que vous avez fait monter en Ligue 1, vous êtes descendu d’un cran pour coacher Tengueth Fc que vous venez de faire monter en Ligue 2. Quel est votre secret ?

Je n’ai pas choisi Tengueth  Fc. J’ai été limogé de Gfc. Donc, je suis devenu l’entraîneur de Tengueth Fc ce n’est pas une question de challenge. Un entraîneur entraîne, quelle que soit l’équipe de n’importe quelle division. Un entraîneur cherche toujours à être sécurisé, à travailler dans des conditions qui pourraient lui permettre au moins d’avoir des résultats. Aucun entraîneur, aujourd’hui, ne peut décréter des victoires. Pourquoi chercher à aller dans certains clubs alors que l’environnement ne peut pas te pousser à travailler dans certaines conditions ? Si les règles sont définies avant, et que c’est clair dans la tête de chacun, on pourra travailler paisiblement. Maintenant, dire que je m’engage à relever ce challenge et impérativement il y aura des résultats, ça c’est vouloir se donner une importance que l’on n’a pas. Si maintenant certains disent que Moustapha Seck a de la chance, c’est très bien. Que cette chance continue.

Ancien entraîneur de Ngb et As Pikine, que vous inspire la situation actuelle de la Ligue 1?

Mathématiquement, Pikine n’est pas encore relégué. Mais sa position est un peu délicate. C’est pour dire aussi qu’il y a un certain nivellement de valeurs entre les clubs sénégalais. Parce que dans les grandes nations de football, il y a deux à trois clubs qui sortent chaque année du lot. Rares sont les miracles qui se produisent pendant cinq à six ans. Voir un club sortir de l’ordinaire pour venir semer la zizanie et prendre le championnat, ça arrive. Mais vous allez en Angleterre, il y a le Big for, en Espagne, il y a le Fc Barcelone et Real Madrid. Même en Afrique, vous avez Asec d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Donc, il y a trois clubs ou deux qui sont là-bas avec un certain niveau supérieur par rapport aux autres. Mais comme ici nous avons les clubs qui ont les mêmes niveaux, alors ça pose des problèmes. Aujourd’hui, l’As Douane est un promu qui peut gagner le championnat. Niary Tally peut aussi remporter le trophée. C’est pour dire que dans le football, il n’y a pas de hasard. Seul le travail paye.

Propos recueillis par Ndéné BITEYE et Ousmane DICKO

 

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