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Grâce présidentielle pour Khalifa SALL : Les bourdes Macky SALL (Par Pape SAMB)

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 «Le jour où j’en aurai la volonté ou le désir, je le ferai comme j’ai eu à le faire». Une petite phrase, mais une grosse bourde. Probablement, la bourde de l’été 2019. Dans une interview accordée à la Radio France Internationale (Rfi), le samedi 24 août 2019, en marge du sommet du G7 qui se tenait à Biarritz, en France, le président Macky Sall a évoqué le sujet de la grâce en faveur de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall. Loin d’un acte isolé, cette énième bourde de Macky Sall semble être la suite logique d’un faisceau d’incohérences, d’actes manqués et de boulettes énormes, qui ont ponctué le processus d’acharnement du président Macky Sall sur Khalifa Sall depuis que ce dernier s’est refusé d’être un de ses béni-oui-oui. Macky Sall s’est, depuis lors, juré d’avoir sa peau.

D’habitude, ce sont les musiciens qui rivalisent d’ingéniosité pour sortir «le tube de l’été». Maintenant, c’est notre Macky Sall national qui monte sur la scène pour nous gratifier des bourdes de l’été. Celles de l’été 2019 sont grosses comme ça. Il faut arrêter le massacre ! Retour sur les inconséquences, nombreuses, de Macky Sall, qui en font l’émule de Gaston-la gaffe.

La primeur des informations de taille aux médias étrangers

Ils ont semblé s’être passé le mot. Tous les chefs d’Etat sénégalais, de Léopold Sédar Senghor à Macky Sall, en passant par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, ont toujours snobé la presse sénégalaise, pour réserver, en exclusivité, la primeur des informations de taille sur la Sénégal qu’ils gouvernent aux médias étrangers, qui plus est, hors de nos frontières. Des scoops que les médias locaux reprennent mécaniquement pour le compte de leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. Une anomalie à corriger par un chef d’Etat moins complexé face à la presse occidentale et qui ne souffre pas du complexe d’infériorité face aux Toubabs.

Déjà, le mardi 13 novembre 2018, le président Macky Sall était dans les studios de France 24. Au cours d’une longue interview, il s’est prononcé sur les affaires Khalifa Sall et Karim Wade. Dans son propos, Macky Sall a distribué des «le premier, le second», pendant près de sept minutes, en refusant de nommer Karim Wade et Khalifa Sall. Il n’avait pas écarté ce jour-là une amnistie pour Karim Wade et Khalifa Sall en cas de réélection en 2019, en vue d’engager une nouvelle phase pour la reconstruction nationale.

Des vacances loin du pays, la destination Sénégal mise à mal

Un coup dur pour le consommer local chanté à tue-tête par les autorités, mais sans conviction, mais aussi pour le secteur touristique sénégalais avec des réceptifs hôteliers qui ne seraient pas trop malheureux de profiter de nuitées réservées par les membres du gouvernement du Sénégal pour y passer leurs vacances. Les images, virales sur le web, montrant le couple présidentiel sénégalais en grande étreinte, enlacé et tout sourire, dans un jardin du Rocher de la Vierge d’un hôtel de Biarritz, ont fait le tour du monde. C’est dans cette cité balnéaire de la côte basque française où Macky Sall et son épouse Marème Faye ont passé quelques jours de vacances d’été féériques, et fait le farniente au moment où le Sénégal s’empêtre dans de très grandes difficultés liées à des pluies torrentielles, dévastatrices et mortelles, mais aussi à des accidents de la route qui ont décimé des familles entières, et des noyades en séries.

Outre le moment (mal) choisi pour aller se la couler douce loin des yeux de «Goorgoorlu», le lieu même retenu pose problème. Après avoir passé tout son temps à nous bassiner avec ses histoires de «destination Sénégal» à promouvoir, le président Macky Sall a été très mal inspiré d’aller passer  ses vacances à l’étranger. D’ailleurs, il a la manie de s’absenter du pays au mauvais moment. C’était le cas en 2012 où, à peine élu, il part en safari en Afrique du Sud. Tout juste après, des pluies diluviennes ont arrosé, ou plutôt dévasté, le Sénégal provoquant des inondations monstres. Macky Sall avait dû écourter son voyage pour rappliquer dare-dare à Dakar et, à la coupée de l’avion, le 28 août 2012, décréter la dissolution du Sénat, dont le budget (8 milliards F Cfa) devrait être reversé dans la lutte contre les inondations.

Bis-repetita en 2015 quand, alors qu’une pénurie d’eau s’installait insidieusement au Sénégal, il préféra aller faire une virée de deux semaines au Canada et aux Etats-Unis pour participer, respectivement, au Sommet du développement durable consacré à l’évaluation finale des Omd et à l’adoption d’un nouveau programme de 17 objectifs articulés autour du paradigme de développement durable (Odd), puis à la 70ème Session de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies. De retour au Sénégal après ce voyage inopportun, pendant que les Sénégalais avaient le gosier sec et étaient confrontés à la crasse, le président Macky Sall n’avait rien trouvé de mieux à faire que de proférer des menaces contre ses compatriotes qui avaient osé manifester leur courroux en son absence. Le fait de les menacer en disant, de façon très maladroite, que «si les gens pensent qu’en brûlant des pneus ils peuvent ébranler l’Etat, ils se trompent» est hors de propos. Encore une grosse bourde. C’est irresponsable de prononcer un discours avec un ton comminatoire à l’endroit de populations sénégalaises assoiffées et révoltées pour être restées pendant 21 jours de pénurie d’eau durant la crise de  Keur Momar Sarr, et qui attendaient empathie et réconfort de leur président revenu de voyage. Ces populations avaient plutôt besoin d’être rassurées et de voir leur président compatir à leur sort que de se sentir abandonnées, piétinées et bafouées par leur chef.

Alors que les populations de Dakar et de sa banlieue, mais aussi une bonne partie des localités du pays étaient restées pendant une vingtaine de jours consécutifs sans eau, avec la crise de Keur Momar Sarr, le retour au bercail du président Macky Sall, qui était absent du pays dans ces moments difficiles, comme il en a l’habitude, était très attendu par les Sénégalais qui avaient besoin d’être consolés, réconfortés et regonflés à bloc par leur président. Mais, rentré au pays, le président Macky Sall s’est répandu en menaces et s’est défoulé sur les populations sénégalaises, de façon très maladroite et en termes peu respectueux. Pathétique ! Mais, il n’en avait cure. Droit dans ses bottes et emmitouflé dans un uniforme de commando, le «commandant» Macky Sall, à la tête d’une légion extravagante, flanquée d’une Mimi Touré, avec son accoutrement excentrique (pantalon en treillis militaire et un mouchoir de tête) a débarqué de son hélicoptère sur le théâtre des opérations de Keur Momar Sarr, dans une mise en scène grotesque et ridicule, et qui n’a finalement servi à rien car les tuyaux étaient toujours à sec (…)

La grâce présidentielle, un instrument de chantage ?

Survivance de la grâce royale qui, sous l’Ancien Régime aux rois de France, était constitutif du pouvoir de suspendre ou de modérer les peines associées à une décision de justice en dernier ressort, la grâce présidentielle s’apparente à une suppression ou à une réduction de la sanction pénale. La condamnation reste néanmoins inscrite au casier judiciaire et diffère ainsi de l’amnistie, qui est étymologiquement un «oubli». Ce pouvoir tire son origine des pouvoirs régaliens du chef de l’Etat. Il peut éventuellement s’accompagner d’un pouvoir d’amnistie.

Au Sénégal, c’est l’article 47 de la Constitution, qui confère au chef de l’Etat le pouvoir d’attribuer la grâce. Des partisans de Khalifa Sall ont nourri l’espoir que cette disposition constitutionnelle profitât à leur leader à l’occasion de la Tabaski de 2019. En vain. Le nom de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall, condamné à 5 ans d’emprisonnement ferme et placé sous mandat de dépôt depuis mars 2017 pour détournement de deniers publics, n’a pas figuré sur la liste des 426 détenus graciés à l’occasion de la «première fête musulmane», moment par excellence de pardon entre croyants et d’exaltation d’Allah. A certains soutiens de Khalifa Sall issus de l’opposition qui l’ont interpellé sur une possible grâce, le président Macky Sall avait expliqué que le rabat d’arrêt déposé devant la Cour suprême l’empêchait d’accéder à cette requête. Cet écueil levé, le nom de Khalifa Sall aurait pu se retrouver sur la liste de la Direction des affaires criminelles et des grâces. Il n’en fut rien.

Pire, il se susurre que le président Macky Sall aurait exigé une demande en due forme écrite par l’ex-maire de Dakar, ainsi que des conditions humiliantes. «Hors de question !», aurait répondu Khalifa Sall qui, pour rien au monde, ne voudrait aller à Canossa. Plutôt purger dignement l’intégralité de sa peine que de se plier aux desiderata d’un pouvoir qui, après l’avoir jeté en prison et l’avoir presque tué politiquement, veut à présent le réduire à néant moralement. Pourtant, au plus fort des relations fraternelles entre Macky Sall et Khalifa Sall, le premier affublait le second du sobriquet affectueux de «Domou Baye». L’homonymie fortuite de leur patronyme («Sall») étant un facteur de rapprochement et de fraternité (…)

Khalifa Sall, un adversaire à abattre

Avec l’emprunt obligataire de la ville de Dakar, ce fut des bâtons dans les roues du maire Khalifa Sall à n’en plus finir. C’est en début mars 2014 que le Conseil municipal de Dakar avait béni un emprunt obligataire de 20 milliards de F Cfa sur le marché de l’espace Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Ce fut un grand préjudice causé par le refus de l’Etat d’autoriser cet emprunt obligataire qui portait sur la somme de 20 milliards devant aider à restructurer Dakar avec des projets pour bâtir des infrastructures au profit des couches les plus les démunies de Dakar. Interpellé sur le sujet lors de son procès, voilà ce que Khalifa Sall a déclaré à propos de l’emprunt obligataire : «L’Etat m’avait, à trois reprises, servi un avis de non-objection. Ce qui me donnait un quitus au niveau de l’Uemoa pour le décaissement de ces 20 milliards F Cfa. A ma grande surprise, la veille de l’obtention de cet emprunt, le ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Ba, m’a appelé pour une renégociation», a révélé Khalifa Sall devant la barre. «Une rencontre qui a vu la présence du représentant de l’Usaid qui était le garant de la Ville de Dakar pour cet emprunt. Seulement, la réunion n’avait pas permis de décanter la situation. J’étais outré par ce qu’on m’avait proposé. Je ne révélerai jamais la teneur de nos discussions. Parce que j’ai une certaine culture républicaine», disait Khalifa Sall selon qui «ces 20 milliards devraient aider à restructurer Dakar». Finalement, le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Bâ, a refusé d’autoriser l’ouverture d’un compte séquestre devant accueillir les fonds issus de l’emprunt.

Entre Macky Sall et Khalifa Sall, avec les vicissitudes de la politique, le désamour s’est installé progressivement après que le maire de Dakar a refusé de se ranger derrière «le futur candidat du Parti Socialiste à l’élection présidentielle de 2017». Pour le casus belli entre Khalifa Sall et Macky Sall, on n’a pas besoin de faire un dessin. Pour avoir désavoué la politique d’alliance avec Macky Sall dictée par la direction du Parti socialiste, Khalifa Sall venait de signer son arrêt de mort politique. Et l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar est passée par là. Qui veut tuer son chien l’accuse de rage. Devant les 29 milliards du Prodac avec Mame Mbaye Niang, les 94 milliards de Mamour Diallo et les 6 000 milliards d’Aliou Sall dans l’affaire Petro-Tim, le «petit» 1 milliard 800 millions de Khalifa Sall ressemble à de la petite monnaie. Las de l’éjecter de son siège d’édile de la ville de Dakar aux élections locales de 2014, le pouvoir a cherché à lui coller un motif fatal. Et la caisse d’avance de la ville de Dakar a été le prétexte tout trouvé pour en finir avec Khalifa Sall livré pieds et poings liés à la justice.

Avant les législatives du 30 juillet 2017, devant ses alliés, Moustapha Niasse, leader de l’Alliance des forces de progrès (Afp) et Ousmane Tanor Dieng, premier secrétaire du Parti socialiste (Ps), Macky Sall avait prévenu les candidats-députés des risques encourus en cas de défaite de son camp. «Je ne vous sens pas dans la campagne. Au lieu de se tourner vers l’essentiel, les gens sont dans des querelles, sachez que, c’est à vos risques et périls. Il faut gagner Dakar ou on va tous périr. Je vous avertis, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre Dakar face à un candidat qui n’a pas sa liberté de mouvement ! C’est inadmissible». Macky Sall faisait ainsi allusion à Khalifa Sall, emprisonné depuis le 7 mars 2017. Le maire que les Dakarois ont élu en 2009, sous la bannière de la coalition «Benno Siggil Senegaal» et réélu en 2014 avec la liste «Taxawu Ndakaaru», jouissait jusque-là de la confiance de ses mandants et électeurs, malgré les menaces de pontes du parti au pouvoir, en l’occurrence le ministre d’Etat Mbaye Ndiaye, qui l’enjoignait de rallier l’Apr sous peine de se voir chasser de la mairie. Il est vrai qu’une victoire de la coalition «Manko Taxawu Senegaal» imposerait à Macky Sall une cohabitation inédite avec l’opposition.

La popularité du maire Khalifa Sall, même en prison, faisait si peur au président Macky Sall au point que ce dernier descendit dans l’arène des législatives avec son implication maladroite à travers une campagne déguisée sous le prétexte d’inaugurations de chantiers inachevés, d’ouvrages obsolètes ou secondaires qu’un préfet pourrait faire sans tambours ni trompettes. Même si, à l’arrivée, la coalition présidentielle «a gagné la bataille de Dakar», avec des résultats (préfabriqués ?) sortis à 3 heures du matin, pour rafler les 7 sièges de députés mis en compétition à Dakar, cette victoire est tellement entachée et suspecte pour être crédible. Mais, et c’est plus grave, la coalition présidentielle a perdu moralement car, comme l’a souligné avec une rare pertinence Moussa Taye, conseiller politique de Khalifa Sall, «les témoins pourront toujours dire que les armes n’étaient pas égales car une des règles fondamentales du duel est le code d’honneur. Un code d’honneur pour ceux qui ont le sens de l’honneur. Le président Macky Sall a déjà perdu, car il a enfreint les règles du jeu. Il a utilisé sa position pour combattre un adversaire. Manque d’élégance, manque de loyauté».

Au cours du marathon que constituait son procès, avec des déconvenues judiciaires qui s’enchainaient comme des perles, Khalifa Sall tombait de Charybde en Scylla. C’est après deux reports successifs, les 14 décembre 2017 et 3 janvier 2018, que le procès du maire de Dakar Khalifa Ababacar Sall et des sept autres agents de la ville a été ouvert le mardi 23 janvier 2018 au palais de justice de Dakar. Le 30 mars 2018, il est condamné en première instance. Une peine confirmée en appel le 30 août suivant. Au lendemain de sa condamnation en appel, à cinq ans de prison ferme, Khalifa Sall est révoqué de ses fonctions de maire de la capitale sénégalaise, le vendredi 31 août 2018, par un décret présidentiel. Le jeudi 17 Janvier 2019, le bureau de l’Assemblée nationale radie en catimini l’ancien maire de Dakar de son mandat de député. Début janvier 2019, la validation par le Conseil constitutionnel des 53 000 parrainages de Khalifa Sall n’est qu’une illusion. Le 3 janvier 2019, Khalifa Sall voit ses pourvois rejetés par la chambre criminelle en cassation, le président de l’audience, Mamadou Baal, les ayant jugés «irrecevables ou mal fondés». Le 13 janvier 2019, le Conseil constitutionnel arrête la liste des candidats à l’élection présidentielle du 24 février 2019 et déclare irrecevable la candidature de Khalifa Sall.

C’est alors que les conseils de Khalifa Sall s’agrippent à la bouée de sauvetage que pouvait être «le caractère suspensif du rabat d’arrêt». Annoncé comme un recours suspensif, censé permettre à Khalifa Sall de participer à l’élection présidentielle de février 2019, malgré sa condamnation, le rabat d’arrêt avait été introduit pour dénoncer des vices de procédure lors de la cassation. Mais, le mardi 16 juillet 2019, la Cour suprême, la plus haute juridiction sénégalaise, rejette le rabat d’arrêt introduit par la défense de l’ancien maire de Dakar. Ce dernier a ainsi épuisé tous ses recours légaux. C’est la fin et l’épilogue du feuilleton judiciaire pour Khalifa Ababacar Sall, incarcéré depuis mars 2017 dans l’affaire dite de la caisse d’avance, et qui a fait, pendant deux années, l’actualité des prétoires et de l’arène politique au Sénégal.

A l’audience du 16 juillet 2019, de son marteau de juge de la Cour suprême, Mamadou Badio Camara, a porté le coup de grâce à Khalifa Sall : «Rabats d’arrêt rejetés !». L’ex-maire de Dakar comptait sur cet ultime recours pour annuler toute la procédure qui lui a valu une condamnation à 5 ans de prison pour une mauvaise gestion liée à la Caisse d’avance municipale. En vain ! Sa condamnation désormais définitive, ouvre la voie à une grâce présidentielle. Selon les proches de Khalifa Sall, cette décision ne fait que «prouver le caractère éminemment politique du dossier. Le pouvoir a toujours nié la légitimité du rabat d’arrêt, or son examen par la Cour suprême prouve sa légitimité. Cela signifie que Khalifa Sall n’était pas définitivement condamné et qu’il aurait dû pouvoir se présenter à la présidentielle», martèle Moussa Taye, conseiller politique de l’ancien maire de Dakar. Cette décision de la Cour suprême marque donc la fin du combat judiciaire pour l’ex-socialiste, «mais pas la fin du combat politique», prévient Moussa Taye. Selon ce dernier, Khalifa Sall «continuera de refuser de négocier. Il ne demandera ni grâce ni amnistie. Il est prêt à aller au bout de sa peine». Condamné à cinq ans de prison, l’ex-maire de la capitale a déjà passé plus de deux années à la maison d’arrêt de Rebeuss, à Dakar.

Ouvert le mardi 23 janvier 2018, le procès de Khalifa Sall a vite été plié. Le mardi 16 juillet 2019, toute la procédure a été bouclée, avec la condamnation définitive de Khalifa Sall. Un coup d’accélérateur pour boucler une procédure enclenchée depuis 2017 et sceller ainsi définitivement le sort de l’ex-maire de Dakar. La diligence suspecte et la précipitation inhabituelle (ne parle-t-on pas tout le temps de lenteurs judiciaires ?) autour de cette affaire, menée en mode «fast tract» montrent clairement que le pouvoir voulait en finir vite avec cet empêcheur de voler les élections en rond.

Macky Sall, un monarque ?

C’est clair, Macky Sall se prend pour un monarque, plus qu’un certain Me Abdoulaye Wade, en usant et en abusant de la grâce présidentielle (…) Le président Macky Sall donne le tournis aux Sénégalais quand il prend le bâton contre les opposants là où les challenges à relever sont ailleurs. Le second et dernier mandat qu’il il inaugure devrait être placé sous le sceau de la réconciliation nationale pour faire face, ensemble, aux grands défis de l’heure, à savoir la gestion efficace et efficiente du pétrole et du gaz, la lutte contre le terrorisme et contre le réchauffement climatique, l’éducation et l’instruction de nos enfants, etc. Il n’a rien d’autre à chercher sinon que de finir en beauté et de rentrer dans l’histoire. Puisque le président Macky Sall n’est plus en quête d’un nouveau mandat, qu’est-ce qui pourrait encore le faire courir si ce n’est la recherche de la gloire, le besoin d’accomplissement, pour faire allusion à la théorie des besoins dans la Pyramide de Maslow, et enfin, la bonification de son action et l’atteinte du graal comme le couronnement de son parcours, pour sortir par la grande porte et entrer dans l’histoire ? Son souci majeur devrait être, à partir de 2024, de quitter la scène sur de bonnes notes, en laissant au peuple sénégalais de derniers et très bons souvenirs.

C’est aussi incompréhensible qu’au moment où le président Macky Sall a engagé un processus de dialogue national avec des forces vives de l’opposition et de la société civile, que des opposants plus ou moins radicaux à son régime, fassent l’objet d’un lynchage médiatique (Ousmane Sonko) de la part d’une certaine presse proche du régime, s’ils ne sont pas tout simplement emprisonnés (Khalifa Sall, Adama Gaye, Guy Marius Sagna). Cet acharnement sur les pourfendeurs du président Macky Sall se fait sans scrupules en n’ayant même pas la décence d’observer les périodes de «deuil national», avec les décès presque concomitants de grosses pontes de la République, comme Ousmane Tanor Dieng (ancien président du Hcct), Jacques Diouf (ex-conseiller du président Macky Sall) ou Amath Dansokho (ex-ministre d’Etat). Des disparitions qui nous rappellent, une nouvelle fois, notre finitude et notre insignifiance dans cette vie sur terre éphémère, dans ce bas-monde finissant qui ne vaut nullement la peine de s’entredéchirer, de s’étriper et de s’entretuer pour des questions et des contingences de politique politicienne.

Conclusion

Aujourd’hui, deux options principales s’offrent à Macky Sall concernant Khalifa Sall : la grâce et l’amnistie. Avec la grâce, c’est la levée d’écrou pour permettre à Khalifa Sall de pouvoir humer l’air de la liberté et, surtout, de retrouver sa chère maman, très âgée, avant qu’il ne soit trop tard. La peine reste maintenue. Si Macky Sall ne veut pas avoir de mauvaises surprises après, la solution de la grâce est idéale.  Par contre, l’amnistie efface les faits et le casier judiciaire de Khalifa Sall s’en retrouve de nouveau vierge. Le danger de cette option, pour Macky Sall, c’est que Khalifa Sall, recouvrant ses droits d’électeur et redevenant éligible, pourrait se présenter à l’élection présidentielle de 2024. Une perspective qui fait froid dans le dos de Macky Sall et Cie, en cas de victoire de Khalifa Sall à la prochaine présidentielle. Macky Sall doit donc surveiller ses arrières et s’aménager une porte de sortie. Ou il s’accroche au pouvoir, en briguant un troisième mandat anticonstitutionnel, ce que nous lui déconseillons, ou c’est le chemin de l’exil. Entretemps, même si le temps lui est compté, Macky Sall gagnerait à huiler davantage ses rapports avec l’opposition, gommer les aspérités entre les deux camps, mettre au pas les irresponsables va-t-en guerre de son entourage qui font monter les enchères, et prendre les décisions judicieuses à l’égard de Khalifa Sall et de Karim Wade dans le but d’apaiser les tensions et de décolérer les partisans de ces deux grandes personnalités de la politique sénégalaise. Paris vaut bien une messe.

 

 

 

 

 

 

Pape SAMB

papeaasamb@gmail.com

 

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