Le Sénégal est-il maudit ?

Chronique de WATHIE

Les Sénégalais n’ont pas le temps de voir venir, de prévenir. Les unes après les autres, les calamités, tels des châtiments, leur tombent sur la tête. Ils n’en avaient pas fini avec « Mbass mi »*,  que « Mbeun mi »* est passé précipitant  ce que le confinement ne leur avait pas pris au fond des eaux desquelles n’ont pas survécu beaucoup de ceux qui n’avaient d’autre voie que « Mbeuk mi »*. Après avoir plongé le pays dans une  désespérance devenue nationale, « Macky mi » s’en prend plus fortement à la morale. La tortuosité officiellement admise, il se propose d’acheter la dignité.

En ralliant le camp de Macky SALL, Idrissa  SECK a posé sa dignité d’homme politique sur la balance et l’a estimée égale au CESE. Mais avant d’en venir au dernier balisage du leader de Rewmi, parlons de ce qu’il est aussi censé nous faire éviter de penser : le retour du phénomène de l’émigration clandestine. Comment cela a pu être possible ? Avec tous les milliards que Macky SALL a dit avoir ramenés, comment les jeunes en sont arrivés à cette alternative (barça ou barsakh) qui exclut le Sénégal de leurs perspectives? Ceux qu’ils cherchent à rejoindre au prix de leur vie pourraient croire qu’ils viennent de l’enfer ou alors d’un lieu misérable au point de faire fuir ses habitants qui ne peuvent le façonner, le transformer, y demeurer. Entre le Sénégal est un pays pauvre et les Sénégalais sont maintenus dans la misère, la différence n’est pas qu’audible.

En matière de ressources naturelles, le Sénégal n’a à envier aucun autre pays. Plus que la France qui l’étreint, il regorge de toutes les richesses dont la moitié permettrait à tout Etat d’atteindre les firmaments du développement. Avec à peine 16 millions d’habitants réputés pour leur dynamisme et leur intelligence, le Sénégal  n’a jamais connu de coup d’Etat. C’est un pays admirablement tracé avec plus de  500 km de côtes, de Saint-Louis à Cap Skirring, pouvant permettre toutes sortes d’activités en plus de la pêche. Avec  les fleuves Gambie, Casamance et Sénégal, il a les dispositions d’une île en terre ferme. Il compte un lac d’eau douce en mesure de l’approvisionner  en eau potable. Un autre lac (Rose), une merveille de la nature attirant les touristes comme des mouches. Le pays dispose de 6 parcs nationaux et près d’une trentaine de réserves naturelles. Au sud, le Sénégal est constitué de régions au sol et sous-sol  généreux. L’ancien président ivoirien, Houphouët Boigny, considérait la Casamance (Kolda, Sédhiou et Ziguinchor) comme un grenier naturel pouvant nourrir toute l’Afrique de l’ouest. Tambacounda et Kédougou, avec Sabodola notamment, fournissent des tonnes d’or sans compter les autres minerais. Au mois de septembre dernier, la société aurifère canadienne Teranga Gold Corporation, par le biais de sa filiale Sabodala Gold Operations (SGO), a annoncé avoir produit, depuis 2010, plus de deux millions d’onces d’or, à partir de la mine de Sabodala. Les réserves des mines de fer de la Falémé sont, quant à elles, estimées à 630 millions de tonnes. Au centre du pays, les allers-retours des trains, acheminant tout droit au port de Dakar phosphates, zircon et autres minerais, sont continus.

Comment un pays, avec de telles caractéristiques, peut se retrouver parmi les vingt-cinq nations les plus pauvres de la planète ? Pauvre au point de conduire ses jeunes dans une désespérance les amenant à arpenter le chemin du suicide tracé par des pirogues en partance pour l’Espagne. Macky SALL semble ne vouloir donner à personne la possibilité de répondre à ces questions.  Focalisé sur son maintien au pouvoir, le leader de l’APR ne s’occupe que de politique. Dans cette dynamique, loin des préoccupations des Sénégalais, il multiplie les manœuvres, comme pour être cité parmi les plus fins tacticiens politiques de la planète. Ainsi, alors que tous les observateurs trouvent le retour du poste de Premier ministre plus que pertinent, Macky SALL, lui, cherche à éviter toute sorte de dauphinat.  Même pour les ministres, il lui faut des cancres et des  ignares loin de penser au fauteuil présidentiel. La politique ayant pris le dessus sur la logique et le bon sens, Macky SALL s’en prend désormais à la morale. C‘est l’autre sens à donner au ralliement d’Idrissa SECK au camp présidentiel. Les deux fils putatifs de Me Abdoulaye WADE cherchent à prouver aux Sénégalais que la parole a peu de valeur, qu’on peut la torpiller en défendant une chose lundi et son contraire le mardi suivant. Dans une autre chronique, écrite tout juste avant la dernière présidentielle, nous disions : « L’image d’un Idy drainant d’immenses foules est loin d’être  nouvelle. Mais souvent, le leader de Rewmi mobilise pour baliser la voie à un autre ». Le silence ne l’a pas métamorphosé, Idrissa SECK est resté le même qui à quelques jours de la présidentielle de 2007 est allé rendre visite à Me WADE pour lui éviter un deuxième tour. Son dernier reniement n’est guère dicté par l’argent. Idy pouvait continuer à se faire entretenir sans se précipiter du haut des falaises. Ce qu’il cherche, c’est faire des émules. Si Malick GAKOU est séduit par la perspective, Khalifa SALL demeure une proie encore plus difficile à conduire dans l’enclos de Macky. Ainsi est gouverné un pays qui a tout mais presque rien pour ses fils.

 

 

 

 

Mame Birame WATHIE

 

 

*l’épidémie

*les inondations

*l’émigration clandestine

 

 

 

 

 

 

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Rédacteur en chef de walfnet.com

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